«La soif que j’ai»: noyer sa peine

Le premier roman pour adultes de Marc-André Dufour-Labbé, La soif que j’ai, est une histoire de survie. Celle de Boucher, un vendeur de voitures et père célibataire d’une fille de 1 an qui tente de se maintenir à flot malgré l’alcool qui l’attire sans cesse vers les bas-fonds.

Après avoir publié un livre jeunesse en 2023, Carreauté Kid, l’auteur nous plonge cette fois dans le quotidien précaire d’un Sherbrookois. Celui-ci essaie de prouver à la DPJ sa capacité à s’occuper de son poupon, Flavie, qu’il adore. Mais tout menace de s’effondrer pour Boucher, car il a sa « petite à temps plein et l’alcoolisme en garde partagée ».

En cumulant les beuveries avec ses copains d’infortune, cet homme en perte de repères désire noyer sa peine. Il veut combler le vide immense causé par l’absence de Véro, la mère de Flavie. Laissé à lui-même, il est d’ailleurs taraudé par la peur d’être un mauvais parent. « Évidemment qu’un père monoparental sera jamais un modèle », déplore-t-il.

Avec une langue à la fois crue et colorée, Marc-André Dufour-Labbé signe un livre captivant et rythmé qui aborde la monoparentalité avec un peu d’humour et beaucoup de tristesse. L’auteur, qui travaille dans un centre d’aide pour hommes en difficulté de l’Estrie, donne vie à des personnages qui parviennent à rester attachants malgré leurs maladresses.

À travers ses mauvaises décisions, Boucher tente tout de même d’apporter de la joie à ceux qui en ont besoin. Mais souvent, cet être au grand coeur trébuche dans ses tentatives de réparer les démunis comme lui.

D’une part, il se bat pour la dignité d’occupants d’une résidence pour aînés, mais de l’autre, il leur vend de la drogue. « Je prends en charge le bonheur de vieux délaissés dans le but de compenser le manque d’affection de mon père alcoolo et de ma mère missing in action », explique-t-il à son ami Roy.

Changer ou sombrer

Au fil du livre, l’auteur aborde aussi avec habileté le thème des hommes empêtrés dans une vision de la masculinité qui les empêche d’évoluer. C’est cette mentalité qui fait que Boucher est incapable de sentir Mélanie, la copine de son ami Steve, seulement parce qu’elle ose lui tenir tête.

Plutôt que de s’occuper de sa propre vie, le protagoniste donne donc des conseils peu avisés à son compagnon, qui est, selon lui, « embaumé dans un couple de marde ». « Va falloir que je le déterre pendant qu’il est encore vivant », songe Boucher, sans se soucier de ce qu’en pense le principal intéressé.

Impulsif et colérique, le père célibataire est incapable de « prendre un pas de recul » avant d’agir. Il peine aussi à se concentrer sur le moment présent, comme le souhaiteraient les travailleurs sociaux de la DPJ.

À force de refuser d’affronter ses problèmes, Boucher en viendra à heurter un mur. Il devra alors choisir : « prendre le droit chemin ou le champ ». Son avenir avec sa petite Flavie en dépend.

La soif que j’ai

★★★ 1/2

Marc-André Dufour-Labbé, Cheval d’août, Montréal, 2024, 208 pages.

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