La sortie de route est-elle proche pour Ron DeSantis?

Il pensait que les jeux étaient faits pour lui dans l’Iowa, État conservateur sur lequel il avait tout misé dans l’espoir de décrocher une première place lors du coup d’envoi de l’investiture républicaine. Mais, finalement, rien ne va plus pour le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, devenu au début de cette semaine le deuxième choix des électeurs du parti, loin derrière Donald Trump.

À quatre jours de la primaire du New Hampshire, mardi prochain, celui qui avait été présenté, en se lançant dans la course, comme le plus sérieux rival de l’ex-président a opté pour une campagne discrète dans l’État du granite, préférant concentrer ses efforts sur l’étape suivante de cette course en vue de la présidentielle de 2024, soit la Caroline du Sud. Un vide que son équipe de campagne comble depuis plusieurs jours avec des commentaires sur leur candidat, qui serait toujours bien en selle, selon son entourage, et qui n’a aucunement l’intention de quitter la course. Même si plusieurs experts estiment que la chose pourrait très vite devenir inévitable pour lui. 

« Ron DeSantis ne semble pas encore le savoir, mais sa campagne est terminée, résume en entrevue Mark Mellman, conseiller politique républicain, joint par Le Devoir à Washington cette semaine. Les candidats à l’investiture restent généralement trop longtemps dans le processus électoral d’une primaire et Ron DeSantis vient déjà de rejoindre ce club. Il ne gagnera pas dans le New Hampshire, ni même en Caroline du Sud, et l’investiture va lui échapper par la suite », prédit-il.

À la veille du vote dans le New Hampshire, la mathématique est effectivement loin d’être bonne pour Ron DeSantis, qui y est porté désormais par un seul chiffre, à 6 % à peine dans les intentions de vote, selon le dernier coup de sonde lancé dans cet État par l’Université Suffolk pour le compte du Boston Globe. C’était au lendemain des caucus de l’Iowa. Il est laissé dans la poussière par Nikki Haley (36 %), ex-ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, qu’il a pourtant devancée de quelques points dans l’Iowa, et surtout par Donald Trump, qui semble continuer son ascension vers la victoire. Cinquante pour cent des électeurs républicains disent en effet vouloir voter pour lui mardi dans ce coin de la Nouvelle-Angleterre.

C’est d’ailleurs dans cette minuscule marge que l’ex-président a décidé d’enfoncer son opposant mardi soir, lors d’un rassemblement politique à Atkinson, au New Hampshire, en affirmant ne pas vouloir « perdre de temps » à parler de Ron DeSantis et préférant réserver plutôt son attention et ses flèches pour Nikki Haley, plus menaçante pour le populiste dans cet État. 

Compressions dans le personnel

 

Alors que Donald Trump célébrait sa victoire de la veille, le gouverneur de la Floride, lui, a été forcé de prendre des décisions difficiles, devant licencier des membres de son personnel politique dans plusieurs États, y compris dans ceux où les primaires vont se tenir dans les prochains mois. 

Un responsable du principal comité d’action politique de Ron DeSantis, nommé Never Back Down, a reconnu que plusieurs employés, consultants et fournisseurs du candidat avaient été « remerciés » dans la foulée des caucus de l’Iowa, cette semaine, y compris dans la très stratégique « cellule de crise » de l’aspirant président des États-Unis, rapportait le Washington Post cette semaine. Sur le réseau LinkedIn, le directeur des opérations de ce comité dans l’Iowa a annoncé qu’il était devenu un « agent libre », au lendemain des caucus, « en raison de compressions budgétaires indépendantes de [sa] volonté », a écrit George Andrews. 

Par voie de communiqué, le président de Never Back Down, Scott Wagner, a toutefois cherché à minimiser l’impact de ces nouvelles en se montrant rassurant quant à la suite des choses pour son candidat. Il a affirmé avoir « mobilisé plusieurs membres de [sa] solide équipe de l’Iowa dans les prochains États de la primaire, et ce, pour continuer à travailler à faire élire le gouverneur DeSantis ».

N’empêche, le candidat reste timide dans le New Hampshire, où, mercredi soir, l’un de ses meetings politiques a eu lieu dans un vignoble de Derry, devant un petit groupe de 60 personnes dans une cave, ont rapporté plusieurs médias locaux, loin des grands rassemblements qui ont rythmé sa campagne infructueuse de l’Iowa. Vendredi, il était attendu dans un petit hôtel de Nashua pour un souper avec une poignée de partisans, suivi d’un passage dans un pub irlandais de Dover, près de la frontière avec le Maine. 

« Ron DeSantis n’a jamais réussi à séduire les électeurs du New Hampshire en raison de son penchant à toujours déclencher des guerres culturelles pour attirer les regards et les électeurs, genre de chose qui ne fonctionne pas très bien ici, assure en entrevue le politicologue Russell Muirhead, joint au collège Dartmouth, dans l’État du granite. Et je prévois que sa campagne va prendre fin au lendemain de la primaire du New Hampshire. »

Un scénario auquel son équipe et plusieurs de ses alliés ne veulent pas croire, eux qui incitent plutôt leur poulain à envisager cette campagne comme une course de fond pouvant lui permettre de décrocher l’investiture républicaine d’ici le congrès national de juillet prochain en accumulant le plus de délégués possible dans chaque État, plutôt que des victoires symboliques et spectaculaires. Une stratégie qui pourrait être payante à la fin, selon eux.

Espoir d’un plan B

En Iowa, la semaine dernière, un des représentants de Ron DeSantis durant les caucus de l’État a en effet exhorté le candidat à rester dans la course jusqu’au congrès républicain, « parce que la première personne » à remporter l’investiture « pourrait être en prison », a-t-il dit, selon des propos rapportés par une journaliste politique américaine sur le réseau X. Donald Trump, qui mène dans les sondages, fait en effet face à 91 chefs d’accusation dans quatre affaires distinctes et à des procès qui, en cours de campagne, pourraient se solder par des verdicts de culpabilité. Son nom pourrait aussi être exclu des bulletins de vote dans plusieurs États, en raison de sa contribution à l’insurrection du Capitole le 6 janvier 2021, qu’il a encouragée. Une perspective qu’il cherche à éviter en passant par la Cour suprême. 

Mais pour le conseiller politique Alex Conant, qui a supervisé les communications de la campagne présidentielle de Marco Rubio en 2016, même si l’espoir peut faire vivre Ron DeSantis, fragilisé par ce début de campagne, il « ne peut pas être une stratégie » politique viable, a-t-il résumé dans les pages du Washington Post cette semaine. « S’il ne peut pas battre Trump dans l’Iowa, un État où il avait tout mis sur le tapis, il ne le battra nulle part », assure-t-il.

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