La technologie aide à combattre la contrefaçon de billets de banque, mais aussi les faux-monnayeurs

La contrefaçon de billets de banque n’est pas qu’un crime du passé. L’an dernier, les corps policiers canadiens ont saisi plus de 50 000 faux billets, un record — et de loin — pour la dernière décennie. Même si le volume de billets contrefaits est en baisse au pays, le combat se poursuit entre les faussaires et les forces de l’ordre, qui utilisent tous deux la plus récente technologie pour raffiner leurs méthodes. 

Ce crime ancien existe probablement depuis aussi longtemps que la monnaie elle-même, indique le ministère de la Justice du Canada sur son site. Et selon lui, « aucun crime économique n’est plus tributaire de l’évolution technologique » que la fabrication de fausse monnaie et de faux billets.

Au XIXe siècle, à l’époque où chaque banque émettait ses propres billets à son image, il était plus difficile pour le citoyen de repérer les faux tellement il y avait des coupures différentes en circulation. Les billets ont été uniformisés au pays en 1935 avec la création de la Banque du Canada, portant ainsi un coup dur aux faux-monnayeurs.

Mais ils se sont adaptés.

 

L’avènement des imprimantes numériques et d’autres appareils d’impression de plus en plus perfectionnés — aussi de plus petite taille — y est pour quelque chose. Selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC),  l’impression offset est actuellement la technique préférée des faussaires, bien que certains utilisent encore l’impression au jet d’encre et au toner.

À son tour, la Banque du Canada déploie de nombreux efforts pour ajouter des éléments de sécurité à ses billets, rendant leur copie plus difficile, notamment des sections comportant de l’encre en relief et des éléments métalliques qui changent de couleur avec la lumière.

 

Mais l’innovation qui a vraiment changé la donne est la fabrication depuis 2011 des billets en polymère, un plastique qui remplace le traditionnel papier, explique au Devoir Jean-Pierre Ayotte, analyste principal au Bureau du Québec de la Banque du Canada. Il permet de créer des éléments de sécurité innovateurs comme des bandes transparentes, des hologrammes et une impression extrêmement détaillée.

« Ç’a été une avancée technologique “majeure” sur le plan de la prévention de la contrefaçon. Le substrat lui-même est un élément de sécurité. » Là aussi, les faussaires se sont adaptés : certains ont déjà réussi à mettre en circulation de faux billets imitant ceux en polymère.

L’objectif global de la banque est d’avoir un BPM (faux billets par million) en deçà de 30, indique M. Ayotte. « Actuellement, on est à 6. L’idée est de garder une longueur d’avance sur les faussaires, mais en ayant des billets faciles à vérifier pour les consommateurs. » À titre comparatif, le BPM pour l’euro était de 13 en 2022, selon la Banque centrale européenne.

Le sommet de contrefaçon au Canada a été atteint en 2004, avec l’un des taux les plus élevés des pays du G10, fait remarquer M. Ayotte. Depuis, la tendance à la baisse est notable et le BPM diminue : il est passé de 16 en 2018 à 6 en 2022.

Malgré cela, l’année 2022 a été marquée par un record pour la dernière décennie : les forces policières canadiennes ont saisi 53 630 billets contrefaits, alors que lors d’années précédentes, aussi peu que 4000 avaient été confisqués par les policiers ou par l’Agence des services frontaliers du Canada. Puisque ces billets ont été « saisis », cela signifie qu’ils n’ont pas été utilisés lors de transactions, n’ayant ainsi pas d’impact sur l’économie.

 

Mais de faux billets sont aussi détectés par les citoyens et les banques : en 2022, 15 000 billets contrefaits ont été « mis en circulation », mélangés avec les vrais. Une année plus modeste comparativement aux 62 000 détectés de la sorte en 2014.

Si le billet de 20 $ est parfois la fausse coupure de choix des faussaires — car il est le billet le plus en circulation —, c’est le billet de 100 $ qui permet d’avoir un « meilleur retour sur investissement ». Et maintenant que les billets en polymère sont les plus présents au pays,  ce sont ceux-là que les faux-monnayeurs vont tenter de reproduire, ajoute M. Ayotte. « De manière générale, ce qu’on voit, c’est que les faussaires ont tendance à cibler les billets qui risquent de moins attirer l’attention. » 

En 2022, c’est la coupure de 100 $ qui a été la plus populaire (6000 saisis par la police et 26 000 détectés autrement), suivie de celle de 20 $, puis du billet de 50 $.

Des cas récents illustrent que ce crime était bien présent encore en 2023, un peu partout au pays : à Drummondville, des citoyens ont signalé que de faux billets circulaient, et en Colombie-Britannique, un laboratoire a été découvert. Des billets contrefaits et des imprimantes de haute qualité y ont été saisis.

En 2022, la GRC a effectué la plus importante saisie de faux billets de banque des deux dernières décennies au Canada : elle a mis la main sur un million de dollars de billets de 100 $ contrefaits, importés par l’entremise d’un site Internet. Il s’agit là d’une nouvelle tendance : l’achat sur des sites Web, notamment chinois, de liasses de billets canadiens.

La contrefaçon de pièces de monnaie existe aussi, mais elle est moins populaire. Toutefois, en 2022, la GRC a réalisé tout un coup de filet en saisissant 10 970 fausses pièces de 2 $, reconnaissables à cause d’une patte de l’ours polaire qui était déformée.

 

Les achats en argent comptant ont chuté au pays durant la pandémie de COVID-19 — tout comme le nombre de billets mis en circulation par les faussaires. Néanmoins, l’étude la plus récente montre qu’une transaction sur cinq se fait encore en espèces, souligne M. Ayotte, ajoutant qu’il faut s’attendre à ce que la contrefaçon demeure au pays.

La Banque du Canada incite donc les citoyens à se familiariser avec les éléments de sécurité des billets, et à les vérifier au magasin et non pas une fois rendus à la maison. Rien ne les oblige à accepter un billet, dit M. Ayotte. En cas de doute, on refuse.

« À eux seuls, les meilleurs éléments de sécurité du monde ne vont pas empêcher la contrefaçon » si les gens ne les regardent pas, ajoute-t-il. Pour lui, vérifier, « c’est la meilleure ligne de défense ».

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