la valse-hésitation du régulateur chinois

Le monde réglementaire n’est a priori pas le plus excitant, mais, en Chine, il peut provoquer des drames. Fin décembre, l’Administration nationale de la presse et des publications en a joué un en trois actes. L’annonce, d’abord : le 22 décembre 2023, cette institution a présenté un texte visant à encadrer les jeux vidéo. Parmi les mesures phares, la limitation des dépenses des joueurs en ligne et l’interdiction de récompenser le nombre de connexions quotidiennes, un outil très addictif pour les jeunes joueurs.

Problème, ces nouvelles règles, qui ont du sens du point de vue du régulateur chargé de limiter l’addiction des jeunes aux jeux vidéo, risquent de coûter cher aux géants du secteur. D’où, dans un deuxième temps, la panique : le jour de l’annonce, Tencent, numéro un mondial des jeux vidéo, recule de plus 10 % en Bourse, et NetEase, le numéro deux chinois, chute de plus de 20 %.

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Troisième étape, le rétropédalage : trois jours après l’annonce, le régulateur rappelle qu’il ne s’agit que d’un projet de loi, qu’il va « étudier avec attention » les commentaires du public, et approuve dans le même temps le lancement de 105 jeux d’un seul coup, histoire de montrer son soutien à l’industrie.

Mais le mal est fait. Les géants du jeu vidéo ont connu une faible reprise en Bourse, mais sont loin de leur niveau antérieur. Car cette nouvelle mesure a fait craindre le retour d’une douloureuse campagne de régulation de la tech qui a fait perdre des dizaines de milliards de yuans de capitalisation boursière aux plus grandes entreprises chinoises : Alibaba, Tencent, Meituan, JD.com… Lancée en 2020 quand l’économie se portait encore bien, elle avait mêlé des mesures plutôt justifiées (lutte contre les pratiques monopolistiques) à un renforcement du contrôle de l’Etat, comme l’interdiction de facto d’entrée en Bourse aux Etats-Unis. Au cœur de cette campagne, l’interdiction pure et simple de l’industrie de l’enseignement privé à distance avait particulièrement choqué.

Une méthode qui fait peur

Début 2023, alors que l’économie était à l’agonie après trois ans de politique zéro Covid, les autorités avaient signalé la fin de cette campagne, la « rectification » ayant été « globalement accomplie », selon un responsable. L’heure était plutôt au soutien au secteur privé qu’à la régulation tous azimuts. Mais cette nouvelle priorité ne semble pas avoir été comprise par tous !

Car la confiance ne se décrète pas. Plus que le contenu même des dernières mesures contre les jeux vidéo, qui n’ont rien d’absurde, c’est la méthode qui fait peur au secteur privé : manque de transparence et de prévisibilité, absence de recours, l’arbitraire est à la fois dans la création des règles et dans leur application. Pour les investisseurs, ce nouvel épisode est un rappel amer du risque politique qui pèse sur l’économie en Chine. En ce début de 2024, la Bourse de Shanghaï est passée sous la barre des 2 900 points, lundi 8 janvier, son niveau… d’il y a dix ans.

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