L’affaire Depardieu fait valser le cinéma français

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Une tribune de soutien qui fait scandale, deux camps qui s’invectivent, le spectre de la politique : l’affaire Depardieu fracture le cinéma français. Carole Bouquet, Nadine Trintignant, Gérard Darmon… Vendredi, des personnalités qui avaient signé une tribune appelant à « ne pas effacer » Gérard Depardieu parue le jour de Noël dans le Figaro, ont fait état de leur malaise.

« J’ai signé », a déclaré la première Carole Bouquet sur Instagram. « Cependant, je ne soutiens pas les idées et valeurs associées au journaliste porteur de cette tribune. Lui donner de la visibilité par l’entremise de Gérard me met, comme vous pouvez l’imaginer, profondément mal à l’aise ».

En cause, un comédien quasi-inconnu, éditorialiste au magazine ultraconservateur Causeur et proche de Julie Depardieu, la fille de l’acteur, Yannis Ezziadi, à l’initiative du texte. L’homme, décrit dans une enquête du Monde comme « proche des sphères identitaires et réactionnaires », n’était pas disponible pour réagir vendredi.

« Nous ne pouvons plus rester muets face au lynchage qui s’abat sur (Depardieu) au mépris d’une présomption d’innocence dont il aurait bénéficié, comme tout un chacun, s’il n’était pas le géant du cinéma qu’il est », affirmait le texte. Parmi ceux qui l’ont signé, le cinéaste Bertrand Blier, les actrices Nathalie Baye, Arielle Dombasle et Charlotte Rampling, les acteurs Jacques Weber et Pierre Richard…

« Naïf »

Et plusieurs à qui la genèse de cette tribune a laissé un goût amer. Notamment la réalisatrice Nadine Trintignant, dont la fille Marie a été tuée par le chanteur Bertrand Cantat en 2003. Elle a dit au Point n’avoir pas su qui l’avait écrite : « Je demande aux personnes que j’ai choquées de ne pas m’en vouloir de ma grave erreur ».

« J’assume », fait savoir le producteur et ex-agent Dominique Besnehard : « je soutiens la présomption d’innocence de Gérard et de tout individu. Et je m’en veux d’avoir été naïf ». Ancien patron de la Cinémathèque française, Serge Toubiana assure aussi ne pas avoir su qui était à l’origine du texte. « J’ai signé parce que j’ai horreur de l’esprit de meute et que la présomption d’innocence doit être défendue ».

Le texte « n’est pas parfait », admet-il a posteriori, car il donne l’impression « que parce qu’il (Depardieu) est un immense acteur, ça pourrait le mettre au-dessus de la loi ». Or « cela ne le dédouane pas, pas plus mais pas moins qu’un autre ». « On a dit que les signataires sont des vieux, des grabataires ! C’est vrai, j’ai vécu mai 1968, la libération sexuelle. Je suis épris de liberté et j’ai le sentiment que la nouvelle génération a d’autres critères de jugement et d’évaluation », analyse-t-il. « Je respecte cela mais je demeure intraitable sur la question que seule la justice peut rendre la justice ».

L’acteur Gérard Darmon, sur RTL, a pour sa part regretté la teneur du texte signé. « Attention de ne pas dire qu’en touchant Depardieu, on touche à l’art. (…) C’est des conneries », a-t-il reconnu. Tout comme Yvan Attal, qui a admis « un malaise ». « Je n’ai pas signé (…) contre les femmes », a-t-il précisé à BFMTV, mais Depardieu « a le droit de ne pas être lynché publiquement (…) il faut laisser la justice parler ».

« Prédateur »

Tombé de son piédestal après la diffusion d’images où il multiplie les propos misogynes, l’acteur de 75 ans, visé par trois plaintes pour agression sexuelle ou viol qu’il réfute, n’a pas fini de diviser. Parmi celles qui s’expriment, Anouk Grinberg ou Sophie Marceau, qui avait dénoncé son comportement de « prédateur » en 2015 et est revenue sur le sujet dans Paris Match. Isabelle Carré a appelé dans Elle à dire qu’il « est grand temps que (le sexisme), ça se termine ».

Clotilde Hesme ou Judith Chemla figurent plus de 600 signataires d’une « contre-tribune » d’artistes publiée par le collectif Cerveaux non disponibles. Charlotte Arnould, qui a porté plainte contre Depardieu, conduisant en 2020 à sa mise en examen pour viol et agression sexuelle, s’en tient elle à la discrétion. La jeune comédienne a juste remercié sur Instagram ses soutiens : « j’accuse les coups (…) c’est pas la grande forme ». Et a répondu au malaise exprimé par Carole Bouquet après avoir signé la pétition : « Il fallait y penser avant non ? ! »

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