L’année où « C. F. » est devenue Catherine Fournier


La mairesse de Longueuil a révélé cette année être la victime de l’ancien député péquiste Harold LeBel. Elle fait partie de nos Personnalités de l’année 2023, catégorie « Justice ».

En 2023, « C. F. » est devenue Catherine Fournier. Près de trois ans après avoir porté plainte contre son agresseur, la mairesse de Longueuil a décidé de se débarrasser de son « mal de coeur » en révélant au grand jour qu’elle était la victime d’Harold LeBel.

La décision « bien réfléchie, éclairée et volontaire » visait à « discuter publiquement et ouvertement de [son] expérience à travers le système de justice », a écrit l’ancienne députée de Marie-Victorin dans une requête au juge Serge Francoeur, de la Cour supérieure du Québec.

Depuis le dépôt de l’acte d’accusation, en 2020, l’identité de la plaignante était protégée par une ordonnance de non-publication. Une partie du procès s’était tenue à Rimouski en la présence de Mme Fournier, qui était alors identifiée sur les documents de cour par les initiales « C. F. ». Dans les médias, il était écrit que l’agresseur entretenait un lien « professionnel » avec sa victime au moment des faits, sans plus. Les deux étaient députés du caucus péquiste à l’Assemblée nationale.

En mars dernier, quelques mois après la condamnation à huit mois de prison d’Harold LeBel, Catherine Fournier a envoyé une requête à la cour pour lever l’interdit de publication qui la touchait. « Il s’agit d’un processus qui me permettrait de faire oeuvre utile et [de] continuer de cheminer », a-t-elle écrit dans sa demande au juge Francoeur.

Le mois suivant, elle dévoilait son nom dans le cadre de la diffusion d’un documentaire sur son passage dans le système judiciaire. Elle en profitait aussi pour exiger des changements à l’Assemblée nationale. Mme Fournier souhaite notamment la création d’un « répondant indépendant » au Parlement, afin que les élus et leurs employés n’aient pas à se confier à leur parti après une inconduite sexuelle.

« Sur les 125 députés, il y a 2 personnes qui m’ont écrit », avait déploré la mairesse dans une entrevue, en avril. « Il n’y a eu aucune prise de parole publique, ne serait-ce que pour [s’interroger] ou ouvrir la discussion sur la place de cette personne-là [M. LeBel] à l’Assemblée nationale, compte tenu des accusations criminelles. C’est un constat que je fais… Puis, tout le monde savait que c’était moi. »

« On a décidé pour moi »

L’élue longueuilloise n’a pas toujours voulu se nommer. En fait, a-t-elle écrit dans une lettre ouverte publiée cette année dans nos pages, la « garantie d’anonymat est ce qui [l]’a convaincue d’aller de l’avant » avec sa dénonciation en 2020.

« J’ai décidé de porter plainte parce qu’on m’a préalablement assuré que mon identité serait protégée, une possibilité que j’ignorais auparavant », a souligné Mme Fournier. Comme jeune députée tout juste élue, Catherine Fournier ne voulait pas « causer de vagues », a-t-elle dit sous le couvert de l’anonymat pendant le procès d’Harold LeBel.

Or, voilà. Dans les faits, la garantie d’anonymat de la députée, qui avait entre-temps quitté le Parti québécois, ne lui a jamais été accordée.

« 62 minutes. C’est le temps que ça aura finalement pris entre l’arrestation de mon agresseur […] et la communication de renseignements permettant de m’identifier dans les médias », a-t-elle écrit après la levée de l’ordonnance cette année. « En fin de journée, un chroniqueur a carrément dévoilé mon nom en direct à la télévision, dans le cadre d’une émission diffusée à heure de grande écoute, partout au Québec. »

« Quand je repense à cette journée, j’ai encore mal au coeur », a-t-elle déploré. « On a décidé pour moi. »

La victime d’une agression sexuelle est automatiquement protégée par l’interdit de publication prévu au Code criminel. Quiconque a nommé Mme Fournier ou diffusé des informations sur elle en 2020 risquait donc d’entrer en contravention avec la loi. En novembre, deux citoyens ont d’ailleurs été accusés d’avoir brisé l’ordonnance, après des enquêtes de la Sûreté du Québec. Sylvain Fortin et Stéphane Vigeant ont tous deux plaidé non coupables. Le procès doit reprendre au mois de janvier.

Pour Catherine Fournier, la vie de mairesse continue. L’élue de 31 ans doit gérer la saga des cerfs du parc Michel-Chartrand et faire face à la pénurie de logements à Longueuil. Elle en appelle tout de même à une « prise de responsabilité » des autorités dans le respect des interdits de publication.

« Figures connues ou pas, il y a de vraies personnes derrière les victimes d’agressions sexuelles », a-t-elle écrit en avril dernier. « Des personnes avec une famille et des amis. Des personnes avec des sentiments, des motivations, des aspirations et des espoirs. Des personnes qui, en demandant le recours à l’ordonnance de non-publication dûment prévue au Code criminel, font un choix qui ne devrait appartenir qu’à elles. »

La finaliste : Ursula von der Leyen

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