Le directeur du Bureau du Québec à Tel-Aviv est en Israël depuis le 26 février

Contrairement à ce qu’a affirmé la ministre des Relations internationales, Martine Biron, le directeur du Bureau du Québec à Tel-Aviv est en Israël depuis un mois, en dépit du conflit qui fait rage à Gaza.

Comme quoi, c’est « plus important de faire des affaires » que de se préoccuper du sort « des 14 000 enfants décédés » à Gaza, a réagi la députée solidaire Ruba Ghazal. « Il y a là un enjeu de confiance, de transparence et je dirais même, d’honnêteté intellectuelle de la part de la ministre », a renchéri le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

À la suite de la publication d’un texte de Radio-Canada, le cabinet de Mme Biron a confirmé que le directeur du Bureau du Québec à Tel-Aviv, Alik Hakobyan, est bel et bien en Israël depuis le 26 février. La ministre a pourtant affirmé le contraire jusqu’à vendredi.

« Il n’est pas parti finalement ? », lui a demandé une journaliste. « Ben, personne… ben non », a répondu la ministre Biron. Elle a plus tard dit : « il va peut-être faire des allers-retours, mais il ne va pas s’installer là tout de suite, on va déterminer le moment quand c’est sécuritaire ». « L’idée, quand on va pouvoir y aller, [c’est que] le bureau va être dans l’ambassade canadienne, mais actuellement, on travaille de Montréal », a également attesté la ministre.

Dans une lettre déposée à l’Assemblée nationale le 21 mars, la ministre a aussi écrit que « le chef de poste travaille depuis Montréal ».

Au moment où elle faisait ces affirmations, M. Hakobyan poursuivait son séjour en Israël, qui doit prendre fin le jeudi 27 mars. « Règle générale, on travaille de Montréal. Mais présentement, le chef de poste est à Tel-Aviv », a justifié mardi l’attachée de presse de Mme Biron, Catherine Boucher. Elle a ajouté que M. Hakobyan n’était pas « installé » en Israël et rappelé que Mme Biron avait déposé en janvier une motion, adoptée à l’unanimité, qui exigeait un « cessez-le-feu immédiat » à Gaza. La ministre était absente de l’Assemblée nationale mardi en raison d’une mission en Californie.

Au Salon bleu, le premier ministre, François Legault, a répété que M. Hakobyan était allé « faire une première prise de contact » en Israël. « Je ne vois pas le problème », a-t-il lancé après que M. St-Pierre Plamondon eut insisté sur les contradictions de Mme Biron.

« La ministre ment »

Ruba Ghazal a, de son côté, dit croire que l’ouverture de ce bureau faisait « mal paraître » le Québec à l’international, dans un contexte où « même l’allié éternel d’Israël, les États-Unis, est en train de lâcher le gouvernement d’Israël » en s’abstenant de voter sur une résolution des Nations Unies exigeant un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza.

« Je ne m’explique pas pourquoi la ministre ment. Peut-être qu’elle a un peu honte. Il y a une situation dramatique, humanitaire qui se passe à Gaza et peut-être que pour elle, c’est gênant [d’ouvrir] le bureau et [de faire] comme si rien n’était », a-t-elle dit au Devoir.

« On a au Québec une tradition de paix, de pacifisme et la CAQ est en train de la briser pour faire des affaires avec Israël, comme si c’était urgent. Donc, j’invite la ministre à reculer, à annuler l’ouverture de ce bureau, à suivre ce qui se fait à l’international : beaucoup de pays sont en train de lâcher Israël », a-t-elle ajouté.

Paul St-Pierre Plamondon s’est de son côté dit « choqué » d’apprendre l’ouverture du bureau, en dépit des assurances de la ministre. « Au niveau de la confiance, c’est terrible. Comment avoir confiance maintenant que durant ces déclarations-là, elle savait que le chef de poste était à Tel-Aviv ? », a demandé le chef péquiste. Son parti a demandé au gouvernement de « suspendre le déploiement du bureau du Québec à Tel-Aviv ».

La porte du Moyen-Orient ?

Depuis des mois, la ministre Biron répète que l’antenne du gouvernement du Québec opère à partir de Montréal. « On va attendre que la paix revienne » pour ouvrir le bureau à Tel-Aviv, disait-elle notamment en novembre. Elle répétait le 15 février — et donc onze jours avant le départ de M. Hakobyan pour Israël — que le bureau était « présentement basé à Montréal », et qu’il constituait « la porte d’entrée du Moyen-Orient ». Le site Web du Bureau du Québec à Tel-Aviv circonscrit plutôt la mission de celui-ci à Israël seulement.

« L’argument comme quoi le bureau de Tel-Aviv dessert toute la région, alors que ce sont des pays dans des tensions diplomatiques évidentes, elle devait savoir aussi que ça non plus, ça ne tient pas la route », a souligné M. St-Pierre Plamondon.

Mme Biron a aussi affirmé par le passé que l’ouverture d’un bureau à Tel-Aviv ne constituait « en rien » une prise de position dans le conflit israélo-palestinien. « Je ne sais pas dans quel monde on peut faire cette distinction-là », a réagi Mme Ghazal. « Je comprends qu’on peut avoir des bureaux dans des pays où on n’est pas d’accord avec les dirigeants. Mais quand on a une population à risque de mourir de famine, des enfants qui meurent, des crimes de guerre en ce moment — et non pas juste dans le passé —, je ne vois dans quel monde le fait de continuer de faire des affaires avec le gouvernement qui commet ces crimes-là peut être interprété autrement que comme un appui. »

Pascal Paradis, du Parti québécois, s’est dit du même avis. « Malgré ce qu’en dit la ministre, le fait qu’on déploie le directeur sur le terrain à Tel-Aviv envoie un signal », a-t-il écrit sur le réseau social X. Il a dit de cette affaire qu’elle soulève de « sérieuses questions en matière de franchise et de transparence ».

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