Le facteur temps, allié de Legault

Le vent a tourné brutalement pour les caquistes durant l’année, comme l’a admis sans détour François Legault en concluant les travaux parlementaires pour l’ajournement des Fêtes.

La dégringolade de son gouvernement dans l’opinion publique, confirmée par plusieurs sondages qui placent désormais la Coalition avenir Québec (CAQ) derrière le Parti québécois, survient un an après sa réélection majoritaire, qui lui a attribué 89 des 125 sièges à l’Assemblée nationale.

La perte de celui de Jean-Talon au profit du Parti québécois a semblé désorienter M. Legault, qui l’a reconnu avec autodérision début décembre. Il concluait une année forte en rebondissements pour son gouvernement. 

En début d’année, les caquistes croyaient que les vents de face viendraient surtout des critiques au sujet des mégaréformes du gouvernement en santé et en éducation, puis au sujet des négociations avec le secteur public. Les obstacles ont finalement surgi ailleurs : dans la saga SAAQclic, après la hausse du salaire des députés, sur le chemin de la résurrection du troisième lien et dans la foulée de l’octroi d’une subvention pour la venue des Kings de Los Angeles, entre autres.

Voyant en leur chef un réformateur, des caquistes espèrent pouvoir récolter les éloges qu’ils estiment mériter pour avoir osé redresser les réseaux de l’éducation et de la santé. Ils rappellent les paroles tenues par leur chef en 2011, qui, aux balbutiements de la CAQ, affirmait qu’un gouvernement doit faire en début de mandat « des changements majeurs sans regarder les sondages ». 

Déjà l’automne dernier, au sein des troupes caquistes, certains mettaient en avant le temps qu’il reste d’ici les prochaines élections, prévues en 2026. Le petit livre de la politique contient une phrase célèbre de Robert Bourassa : « Six mois, en politique, c’est une éternité. »

Dans une demi-année, les hauts dirigeants de Santé Québec auront été nommés. Le nouvel Institut national de l’excellence en éducation sera à la veille d’être lancé, puisque Québec vise un déploiement pour la rentrée. La population sera alors en mesure de voir si les promesses caquistes se concrétisent.

Des pentes à remonter en 2024

Se ressaisir

Dans l’immédiat, quand le gouvernement aura réglé le dossier des conventions collectives du secteur public, François Legault disposera d’un peu de temps pour se ressaisir avant la reprise des travaux à l’Assemblée nationale, en février.

Les derniers jours de l’année ont semblé révéler les limites de sa faculté à convaincre autrui en parlant « vrai » dans ce dossier.

M. Legault a dit début décembre que la grève dans l’éducation faisait « mal à nos enfants », ce qui a été reçu comme du « chantage émotif » par les syndiqués. Il a ensuite confié avec candeur que ça allait « brasser » avec les syndicats. Puis, il s’est audacieusement avancé sur un retour en classe le lundi suivant, avant d’être contredit par la réalité.

Ces déclarations, et sa présence récurrente dans les négociations, surviennent à la fin de la pire séquence qu’a connue la CAQ depuis son arrivée au pouvoir.

Avec des projections de sièges faites à partir des sondages qui placent plusieurs députés caquistes devant une défaite si des élections avaient lieu actuellement, la marge de manoeuvre du premier ministre commence à se réduire s’il veut convaincre ses troupes qu’il est toujours le bon général pour les mener à la victoire au scrutin de 2026.

En attendant, certains élus de la CAQ ont peut-être trouvé une raison d’espérer en écoutant le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, admettre lui-même récemment que le score de son parti dans les sondages pourrait fluctuer d’ici le prochain passage aux urnes.

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