Le grand déraillement du transport collectif

Rien ne va plus en matière de transport collectif au Québec. Je constate un grand déraillement de projets reportés, en suspens ou simplement abandonnés. Est-ce le symptôme de la culture d’affaires visant la rentabilité à court terme, et ce, à n’importe quel prix ?

Quels sont les motifs de ce grand déraillement ? Planification bâclée, coûts en hausse, absence d’acceptabilité sociale, manque de ressources, études interminables, tout est prétexte pour qu’on retarde, voire reporte la réalisation de projets structurants en matière de transport collectif. 

À qui la faute ? Comme dans la société, le manque de leadership et de consensus politique me semble évident. Facile à dire ? Pourtant, qui ne se rappelle pas la réalisation du métro de Montréal par le maire Jean Drapeau, en seulement six ans ? Une autre époque, peut-être, mais un leadership politique qui semble manquant au Québec au niveau tant municipal et provincial que fédéral. 

Pourtant, ailleurs au Canada (Ontario, Alberta et Colombie-Britannique), plusieurs projets se réalisent dans des délais et à des coûts raisonnables. Pourquoi tant d’obstacles et d’échecs au Québec ? Faisons-nous les mauvais choix au gré des caprices de lobbys, ou s’agit-il d’une absence de vision quant à l’avenir de notre société soumis au diktat d’une vision économique à court terme ?

L’échec d’un modèle d’affaires

La réputation d’efficacité de la filiale de la Caisse de dépôt (CDPQ Infra) est sérieusement hypothéquée par les nombreux revers du Réseau express métropolitain (REM). Son modèle d’affaires, la rentabilité économique à tout prix à court terme, est un échec tout autant que son absence de reddition de comptes relativement au service à la clientèle. 

Les bourdes s’accumulent : bris de fonctionnement à répétition du REM actuel, retrait de CDPQ Infra du REM sur la Rive-Sud montréalaise et rejet du REM dans l’est de la métropole.

Que dire du mandat obtenu du gouvernement du Québec par la filiale de la Caisse afin de réévaluer l’ensemble du transport collectif dans la capitale nationale depuis la suspension du projet de tramway à Québec ? Surprise ! Ce mandat est devenu le prétexte lui servant à larguer le REM de la Rive-Sud « faute de personnel », après trois ans « d’études ». Quelle catastrophe ! 

La ministre des Transports trouve même inacceptable de mandater la Caisse pour réaliser ses propres projets de transport collectif structurants, plaidant plutôt pour la création d’une agence de transport indépendante de son ministère. Dans un tel contexte, quelle crédibilité aura le rapport de CDPQ Infra sur l’avenir du transport collectif dans la grande région de Québec ? 

Nous vivons une ère de réorganisation de nos services publics qui vise à les rendre plus efficaces par la création de nouvelles structures (agence en santé, Institut national d’excellence en éducation ou agence dans les grands projets de transport), mais qu’en est-il des réflexions collectives sur l’avenir de notre société ? 

Plusieurs intervenants demandent l’organisation de sommets sur les enjeux notamment de la création de logements, de l’accueil des immigrants, de l’aménagement du transport collectif, en éducation ou dans le domaine de l’énergie. 

Apprendrons-nous enfin à mieux mobiliser nos forces créatrices afin de mettre sur les rails nos défis économiques et sociaux ? Pour y parvenir, nous devons changer nos méthodes de travail en vase clos, trop souvent dominées par la seule valeur de la rentabilité économique à court terme ! Saurons-nous apprendre de nos erreurs afin d’éviter un déraillement collectif ? Je le souhaite sincèrement !

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