Le « gros fun » de tourner avec Jason Statham

Peu intéressé par le genre humain, Adam Clay n’en a que pour ses abeilles. Misanthrope et n’aimant pas évoquer son passé, Clay n’a qu’une amie : Mme Parker. Veuve à la retraite, elle le laisse occuper sa grange. Après qu’une fraude informatique visant sa bienfaitrice a eu des conséquences funestes, Clay reprend du service en tant qu’assassin d’une agence ultrasecrète : les « Apiculteurs ». Dans The Beekeeper (Le gardien), les bandits à cravates habitués de sévir impunément contre les plus vulnérables qu’eux n’ont qu’à bien se tenir. D’autant que c’est Jason Statham qui incarne l’apiculteur vengeur. En exclusivité, le réalisateur David Ayer revient sur le tournage d’un film qu’il espère le premier d’une saga.

Il faut savoir que le scénariste Kurt Wimmer (Salt) fut inspiré par le drame d’une de ses tantes qui perdit tout aux mains de fraudeurs.

« En recevant le scénario, je me suis dit : “Oh, c’est un film d’action pour Jason Statham.” Mais ensuite, j’ai commencé à lire et il y avait cet ancrage émotionnel très réel à propos de l’injustice : c’était un fil conducteur très puissant pour le récit », se souvient David Ayer.

« Malheureusement, l’injustice est quelque chose d’universel ; c’est quelque chose que nous sommes tous en mesure de reconnaître pour en avoir été témoins ou l’avoir vécu. Quand on a lancé le projet, plusieurs membres de l’équipe sont venus me raconter une histoire sur un proche qui s’était fait arnaquer : un parent, un grand-parent, un ami… Tout le monde est exposé à ce genre de crimes. Bref, j’ai trouvé que c’était un point d’entrée original et humain dans une histoire d’action. »

Et en matière d’histoires d’action, David Ayer en connaît un rayon. Décrocheur scolaire, il fut peintre en bâtiment, puis s’enrôla dans la marine américaine, où il devint technicien sous-marinier en sonar : une expérience qui lui inspira le scénario de U-571, avec Matthew McConaughey. Il écrivit ensuite les scénarios des drames policiers Dark Blue (Bleu sombre), avec Kurt Russell, et Training Day (Jour de formation), qui valut un Oscar à Denzel Washington. 

Dans le même registre, il a réalisé End of Watch (La force de l’ordre), avec Jake Gyllenhaal. En tant que réalisateur également, il a donné dans le film de superhéros, avec Suicide Squad (L’escadron suicide), remonté contre son gré et qu’il a désavoué. On lui doit aussi l’excellent drame de guerre Fury, avec Brad Pitt.

Autant de films qui possèdent, pour la plupart, un côté sérieux, voire grave. Sérieux, The Beekeeper l’est, mais avec une dimension « pop-corn » pleinement assumée.

« Le film d’action est un genre qui laisse beaucoup de place pour la créativité. Cela dit, entre vous et moi, j’avoue m’être vraiment amusé sur ce film-là. Et c’était nouveau pour moi. J’ai fait auparavant ces projets très intenses, souvent liés à des traumatismes… Mais là, je travaillais dans un espace plus amusant, plus ouvert, davantage destiné au grand public ; quelque chose que tout le monde peut apprécier. »

La star Statham

Ce niveau inédit de plaisir à l’ouvrage est également imputable à la vedette du film, Jason Statham. Ancien champion de plongeon et expert en arts martiaux, Statham est, depuis plus d’une vingtaine d’années, un habitué de ce type de productions musclées et pleines de combats savamment chorégraphiés : voir The Transporter (Le transporteur), Crank(Crinqué), The Mechanic (Le mécano), Safe (Saine et sauve)…

« Jason est une star. Et une star, ça possède un charisme indéfinissable. Une star a une présence particulière que la caméra détecte et magnifie. Une star de cinéma, elle connaît les angles et les axes et sait comment se tenir, comment bouger, comment utiliser sa lumière, comment tirer avantage de l’objectif… Ça ne s’enseigne pas. »

Lui qui a pourtant déjà collaboré avec le gratin d’Hollywood, David Ayer confie qu’il était initialement nerveux au moment de rencontrer Jason Statham. Recourant à une analogie équestre, le réalisateur explique :

« C’est comme pour une course de chevaux : vous avez ce cheval super rapide, hyperpuissant et qui peut faire énormément de choses. Alors, je me demande : “Suis-je capable de le guider ?”, “Suis-je en mesure de lui fournir l’espace requis pour que çafonctionne ?” Mais rapidement, j’ai fait complètement confiance à Jason, et lui m’a fait complètement confiance en retour, et de ça est né un “gros fun”. Comme je manipule moi-même la caméra, souvent, Jason et moi avions l’impression que nous étions seuls à faire la scène, dans une bulle. Nous en sommes venus à avoir une compréhension très intuitive l’un de l’autre. Par exemple, il était fréquent que nous anticipions nos mouvements respectifs sur le plateau. Je pense que c’est la première de plusieurs collaborations. »

Une mythologie à explorer

Au sujet de la caméra, David Ayer précise qu’il s’agissait, au moment du tournage, à l’automne 2022, d’un nouveau modèle numérique : la Arri Alexa 35. C’est le directeur photo Gabriel Beristain (Dolores Claiborne, Black Widow) qui en eut l’idée.

« J’ai fait d’autres films avec Gabby : nous avons une collaboration très forte et très technique. Gabby est avant-gardiste. Les premières lumières numériques ont été utilisées sur un film que j’ai réalisé avec lui. Il est toujours à l’affût des avancées techniques, et la caméra avec laquelle nous avons tourné était toute nouvelle. Je pense que nous sommes les premiers à l’avoir utilisée pour un long métrage.Cet appareil aime la couleur, il l’adore. C’est la première caméra numérique qui se comporte comme une caméra argentique. Pour créer ce look, nous avons utilisé des lentilles anamorphiques, des zooms larges, des zooms anamorphiques… Il y a beaucoup de lumières, beaucoup d’éclairage : je voulais un film un peu pop, plus coloré et plus lumineux ; m’éloigner de l’obscurité habituelle. »

Avec son côté bon samaritain au service des plus faibles que lui, Clay pourrait évidemment connaître d’autres aventures, pour peu que le succès soit au rendez-vous. C’est le souhait de David Ayer.

« Il y a quelque chose de réellement spécial dans le concept d’un apiculteur. Sans abeilles, pas d’agriculture, sans agriculture, pas de civilisation. Selon cette logique, l’apiculteur est essentiel. C’est le métier le plus important qui soit. Et si, de la même manière que l’apiculteur prend soin des abeilles, une personne, voire une organisation, prenait soin des gens exploités, abusés, floués… Je pense que l’apiculteur se prête à une mythologie naturelle. Et j’aimerais beaucoup explorer cette mythologie dans d’autres films. »

Avec Jason Statham, il va sans dire.

Le film The Beekeeper prend l’affiche le 12 janvier.

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