Le Hamas attendu au Caire pour discuter d’un cessez-le-feu

L’armée israélienne poursuit ses bombardements massifs dans le sud de la bande de Gaza, aux prises avec une situation humanitaire désastreuse selon l’ONU, au moment où une délégation du Hamas palestinien est attendue au Caire pour discuter d’un projet égyptien de cessez-le-feu.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les forces israéliennes ont multiplié les frappes dans la bande de Gaza, notamment sur Rafah, dans le sud, où des habitants se sont précipités sur des tas de gravats à la recherche de survivants.

« Nous étions tranquillement assis [à la maison] et tout à coup, nous avons entendu une forte explosion et des débris ont commencé à nous tomber dessus », a témoigné auprès de l’AFP Tayseer Abou Al-Eish. « L’appartement a été complètement détruit et mes filles criaient. Il y a eu plusieurs victimes […], nous essayons de sortir les voisins des décombres », a-t-il ajouté.

Sur une vidéo de l’AFPTV, on peut voir des habitants accourant vers un hôpital de Rafah avec des blessés — hommes, femmes et enfants — dans les bras, parfois entourés de proches en pleurs. D’autres sont transportés sur des brancards, puis pris en charge à même le sol par des infirmiers sur le seuil de l’hôpital.

La guerre entre Israël et le Hamas, qui a pris le pouvoir en 2007 dans la bande de Gaza, a été déclenchée par l’attaque d’une ampleur sans précédent lancée le 7 octobre par le mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien.

Cette attaque a entraîné la mort d’environ 1140 personnes en Israël, en majorité des civils tués le 7 octobre, selon un décompte de l’AFP réalisé à partir des derniers chiffres officiels israéliens disponibles. Environ 250 personnes ont aussi été enlevées ce jour-là, dont 129 sont toujours détenues à Gaza, selon l’armée israélienne.

En représailles, Israël a juré de détruire le Hamas et pilonne le territoire palestinien. Il y mène aussi des opérations terrestres depuis fin octobre.

 

Au moins 21 320 personnes ont été tuées depuis le 7 octobre dans la bande de Gaza, dont une majorité de femmes et de mineurs, selon le dernier bilan vendredi du ministère de la Santé du Hamas.

Lueur d’espoir au Caire ?

Si les opérations militaires israéliennes se poursuivent, au 84e jour de la guerre, une délégation du Hamas est attendue au Caire pour discuter d’un plan égyptien.

Doté de trois étapes, il prévoit des trêves renouvelables, des libérations échelonnées d’otages et de prisonniers palestiniens et, à terme, une cessation des hostilités.

Au Caire, la délégation du Hamas, mouvement classé comme terroriste par l’Union européenne, les États-Unis et Israël, doit transmettre aux médiateurs égyptiens « la réponse des factions palestiniennes ».

Elle « comporte plusieurs observations » portant notamment « sur les modalités des échanges prévus et le nombre de prisonniers palestiniens qui seront libérés, et sur l’obtention de garanties pour un retrait militaire israélien total de la bande de Gaza », a affirmé à l’AFP un responsable du mouvement islamiste ayant requis l’anonymat.

« Nous sommes en contact [avec les médiateurs égyptiens] en ce moment même. Je ne peux pas fournir plus de détails. Nous travaillons à tous les ramener », a déclaré le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, lors d’une rencontre jeudi à Tel-Aviv avec des proches d’otages.

Biden « dévasté »

Jeudi, l’Israélo-Américaine Judith Weinstein Haggai, 70 ans, présentée comme la femme la plus âgée retenue en otage à Gaza, a été annoncée morte par son kibboutz, Nir Oz.

Dans un communiqué, le président américain, Joe Biden, s’est dit « dévasté » par la mort de cette mère de quatre enfants, grand-mère de sept petits-enfants et enseignante d’anglais pour enfants à besoins éducatifs particuliers, qui possédait aussi la citoyenneté canadienne.

Plus tôt cette semaine, son kibboutz avait annoncé la mort de son mari, Gadi Haggai, 73 ans, également fait otage à Gaza, où se trouveraient toujours les dépouilles.

« Je renouvelle la promesse faite aux familles des otages : nous travaillerons sans relâche pour les ramener à la maison », a ajouté Joe Biden.

« Monstruosité »

En attendant une éventuelle avancée dans les pourparlers, les quelque 2,4 millions d’habitants de la bande de Gaza, dont 85 % ont dû fuir leur foyer selon l’ONU, continuent de faire face à une situation humanitaire désastreuse.

Les Gazaouis sont en « grand danger », a averti mercredi l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Ce qu’Israël fait aux Palestiniens, et principalement à Gaza, est la monstruosité de notre siècle. La complaisance de l’Occident devient de la complicité », a déclaré sur X Francesca Albanese, la rapporteuse de l’ONU sur la situation des droits de la personne dans les territoires palestiniens occupés.

« Les combats doivent impérativement cesser », a martelé vendredi le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Martin Griffiths, sur le réseau social X.

Beaucoup de Gazaouis ont fui plusieurs fois, poussés sur les routes par l’avancée des combats et les ordres d’évacuation de l’armée israélienne, sans pour autant échapper aux bombardements.

Ces derniers jours, avec l’intensification des opérations à Khan Younès et dans le centre de Gaza, « au moins 100 000 personnes » ont été déplacées vers Rafah, à l’extrémité sud du territoire, d’après l’OCHA, le bureau de coordination de l’aide humanitaire de l’ONU.

La guerre entre Israël et le Hamas exacerbe les tensions dans toute la région.

 

Dans la nuit, au sud de Jérusalem, un Palestinien a blessé deux Israéliens dans une attaque au couteau avant d’être abattu, selon la police et les secouristes. Le Hamas a salué un acte « héroïque ».

En Cisjordanie occupée, au moins 315 Palestiniens ont été tués par des soldats, et dans certains cas par des colons israéliens, depuis le 7 octobre, selon un décompte du ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne.

Vendredi matin, l’armée israélienne a de nouveau bombardé des positions du Hezbollah, mouvement chiite proche de l’Iran et qui soutient le Hamas, dans le sud du Liban, à proximité de la frontière. La veille, elle avait fait état de nombreux tirs vers le nord d’Israël depuis le sud du Liban.

En Syrie, tard jeudi soir, le ministère de la Défense a évoqué des frappes israéliennes près de Damas et dans le sud du pays. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, elles ont notamment visé les environs de l’aéroport de Damas.

Ces derniers jours, l’Iran a menacé Israël, son ennemi juré, « d’actions directes » après la mort lundi, dans un tir de missile en Syrie imputé à Israël, de Razi Moussavi, un général des Gardiens de la révolution.

Autre front, le Yémen, d’où les rebelles houthis, alliés de Téhéran, multiplient les tirs en direction de la mer Rouge pour freiner le trafic maritime international.

La marine américaine a dit avoir abattu jeudi soir un drone et un missile tirés par les Houthis, évoquant la « 22e tentative d’attaque » du genre par ces rebelles yéménites depuis la mi-octobre.

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