Le ministre québécois du Travail, Jean Boulet, se prépare à la bataille de la réforme de la construction

Le ministre québécois du Travail, Jean Boulet, préfère parler de « réforme » et de « modernisation » plutôt que de « révolution ». Il n’en demeure pas moins qu’il entreprendra cet hiver, selon ses propres mots, « la plus importante révision » de la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’oeuvre dans l’industrie de la construction. Les associations syndicales et patronales sont déjà sur le pied de guerre.

M. Boulet déposera la semaine prochaine un projet de loi qui doit « aider » l’industrie de la construction à « répondre mieux aux besoins des Québécois », à commencer par ceux à pied d’oeuvre dans les filières énergie et batterie, a-t-il indiqué à quelques jours de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.

« Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est qu’on réduise les délais de construction, qu’on baisse les coûts et qu’on ait un meilleur arrimage entre la capacité québécoise de construire et les besoins immenses. […] C’est les centres de la petite enfance, c’est les maisons, c’est les logements, les hôpitaux, les écoles… » a-t-il fait valoir en mêlée de presse.

Le gouvernement québécois veut également « s’assurer que des projets industriels importants se concrétisent dans des régions » dévitalisées ou connaissant une pénurie de main-d’oeuvre. « Vous le savez, avec la filière batterie, la filière énergie, il y a des besoins de main-d’oeuvre. Donc, le projet de loi va s’intéresser à cette réalité-là », a fait remarquer M. Boulet, martelant des mots-clés comme « polyvalence », « flexibilité » et « mobilité ».

À lui seul, le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Michael Sabia, dit avoir besoin de 35 000 travailleurs de plus pour une période de 10 à 15 ans dès 2026, a mentionné le premier ministre François Legault. « Pour l’avenir du Québec, ça va être très important de former et de convaincre plus de monde de se former en construction », a-t-il affirmé, disant avoir « beaucoup d’ambition » pour la société d’État.

« On s’attend qu’il y ait des chantiers qui vont être lancés dans les prochaines années chez Hydro-Québec, ça va être un volume historique de travail, donc de besoins en main-d’oeuvre. Donc, ça pose un défi énorme en construction », a ajouté M. Legault, n’écartant pas l’idée de prolonger le programme de formation accélérée et rémunérée dans le secteur de la construction.

« On va avoir besoin de plus de monde que jamais en région, fait que ceux qui sont déjà là, ils vont avoir de l’ouvrage. Puis là, il va falloir convaincre du monde de déménager en région parce qu’on va avoir beaucoup de travaux en région », a-t-il poursuivi.

« Partage des tâches »

Le ministre Jean Boulet montre du doigt un écart de productivité de 9 % entre le Québec et le reste du Canada (au désavantage du Québec), et un autre de 11,6 % entre le Québec et l’Ontario, qui « doivent être comblés ».

Pour y arriver, il compte notamment favoriser « un certain partage de tâches » entre certains des travailleurs des 25 métiers de la construction énumérés dans la loi — les ferblantiers, les frigoristes, les charpentiers-menuisiers, les plâtriers, les peintres, les carreleurs, etc. —, ce qui ne se fera pas en criant ciseau. D’ailleurs, il invite les associations syndicales et patronales à participer à la consultation sur son projet de loi, qu’il qualifie déjà de « perfectible », avant même de l’avoir déposé à l’Assemblée nationale.

« Il n’est pas question de toucher à des conditions de travail », a répété M. Boulet, avant d’ajouter : « Je pense qu’il faut revoir notamment l’organisation de travail, s’intéresser à l’accès de nouvelles personnes. »

Les femmes, les personnes immigrantes, autochtones ou handicapées ainsi que les minorités visibles sont « sous-représentées » sur les chantiers de construction, souligne-t-il. « Il faut permettre au charpentier-menuisier qui arrive de l’Ukraine ou la peintre qui arrive de Colombie de venir travailler en construction et qu’on reconna[isse] ses acquis, ses expériences et sa formation. C’est par un changement législatif qu’on fait ça », a-t-il expliqué.

Son projet de loi pourrait-il renfermer des « quotas » destinés à accroître la présence de femmes sur les chantiers de construction ? Elles constituent actuellement 3,65 % des travailleurs du secteur. « Je n’irai pas dans des détails de cette nature-là », s’est contenté de répondre M. Boulet en marge du caucus présessionnel des élus de la Coalition avenir Québec, à Sherbrooke.

La CCQ dans la mire de Boulet

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