Le mont Royal menacé par la densification du centre-ville

Le mont Royal a beau être protégé depuis 2005 en vertu d’un décret qui lui a accordé le statut de site patrimonial, il n’est pas à l’abri des menaces. Le développement immobilier au centre-ville le fait peu à peu disparaître derrière des tours toujours plus hautes. Le plus récent projet en lice est l’ajout de 13 étages à l’édifice de la Place Montréal Trust, sur l’avenue McGill College, qui risque de réduire davantage une des percées visuelles vers la montagne, craint l’organisme Les Amis de la montagne, qui a fait de la protection des vues sur le mont Royal l’une de ses priorités. Son nouveau directeur, Christian Sénéchal, qui entre en poste lundi, compte bien poursuivre cette bataille. Le Devoir l’a rencontré.

Ivanhoé Cambridge propose d’ajouter 13 étages à l’édifice de la Place Montréal Trust pour le faire passer à 16 étages et accueillir des espaces de bureau, des chambres d’hôtel et des logements. L’immeuble est adjacent à la future station du Réseau express métropolitain (REM) et à la zone piétonne envisagée par la Ville. Le projet déroge à la hauteur permise, mais le Comité consultatif d’urbanisme a déjà donné son aval à la proposition et, en décembre, les élus de l’arrondissement de Ville-Marie ont entériné une modification au règlement d’urbanisme en lien avec ce dossier. 

Bien que le projet ait d’autres étapes à franchir avant de voir le jour, l’organisme Les Amis de la montagne est aux abois. « On comprend que Montréal est une ville qui grossit et qu’il doit y avoir de la construction, mais je ne comprends pas qu’on ne garde pas en tête cette préoccupation dans tous les projets. On ne peut pas concevoir qu’à Paris, ils ne se poseraient pas la question si un édifice menaçait d’obstruer la vue sur la basilique du Sacré-Coeur ou la tour Eiffel », fait valoir Christian Sénéchal, rencontré à ses nouveaux bureaux de la maison Smith.

Dans leur mémoire déposé le mois dernier, Les Amis de la montagne ont notamment recommandé de s’assurer que l’entièreté de la vue vers le mont Royal depuis l’esplanade de la Place Ville-Marie soit préservée.

Ce n’est pas la première fois que l’organisme sonne l’alarme concernant l’obstruction progressive des vues sur la montagne. En 2021, la Compagnie de la Baie d’Hudson avait dû revoir à la baisse le projet d’agrandissement de son célèbre magasin La Baie à la suite du rapport de l’Office de consultation publique de Montréal et les critiques d’organismes comme Les Amis de la montagne.

« Chaque fois que la Ville autorise une dérogation, ça affaiblit la réglementation », estime Hélène Panaïoti, directrice générale sortante des Amis de la montagne. « On a documenté les vues depuis la montagne depuis les années 1930 et c’est saisissant. On ne voit presque plus le fleuve, alors que, tel qu’il est écrit dans le Plan de protection et de mise en valeur du mont Royal, le lien entre la montagne et le fleuve a été toujours été historiquement important. »

La maison Smith en chantier

Le 1500, avenue McGill College est donc un des dossiers que devra surveiller Christian Sénéchal. Ex-directeur du Centre national de danse-thérapie des Grands Ballets canadiens de Montréal de 2011 à 2019 et jusqu’à tout récemment directeur général de l’organisme Les Arts et la Ville, Christian Sénéchal dirigera désormais les destinées des Amis de la montagne, fondé en 1986. Si l’organisme est connu pour son rôle de chien de garde de la protection du mont Royal, il assume aussi des responsabilités importantes dans l’offre de services sur la montagne : activités de sensibilisation, location de raquettes et de skis et services de restauration.

Mais à peine installé sur sa chaise de directeur général, Christian Sénéchal aura à composer avec un problème d’envergure. À compter de l’automne, l’organisme qui occupe la maison Smith devra être relocalisé temporairement pour une période d’un an et demi afin de permettre la réalisation de divers travaux liés au système de plomberie et au drain français de l’immeuble patrimonial. L’organisme ignore où il ira.

La question préoccupe Christian Sénéchal, car la capacité d’accueil de l’organisme est étroitement liée à sa résilience financière. « Va-t-on être capable d’offrir le même type de services ? Il y a des groupes qui viennent, mais on est déjà saturé par rapport à la capacité d’accueil à la maison Smith », dit M. Sénéchal, qui souhaite qu’un jour, l’organisme puisse bénéficier d’un nouveau pavillon d’accueil de plus grande capacité.

Voie Camillien-Houde

Par la suite, en 2025 et 2026, la Ville entreprendra la réduction du nombre de places de stationnement, avec le retrait de 290 des 725 places de stationnement que compte le parc du Mont-Royal. À plus long terme, d’ici 2029, la voie Camillien-Houde subira une importante métamorphose, puisqu’elle sera interdite aux voitures. Si Les Amis de la montagne saluent ce projet, l’organisme se demande toujours comment la Ville de Montréal pourra assurer de façon efficace l’accès au mont Royal en transport en commun. Les autobus devront-ils faire le tour de la montagne pour accéder au parc du Mont-Royal par le chemin Remembrance ? « La seule chose qui est claire, c’est qu’ils vont retirer le transport collectif depuis l’est de la ville. C’est difficile d’adhérer à ça, parce que ça représente plus de la moitié de la population de Montréal. Ce n’est pas tout le monde qui est capable de monter le mont Royal à pied », estime Hélène Panaïoti. « Si ça prend, à l’aller-retour, de 40 à 60 minutes de plus […], c’est vraiment une perte d’accessibilité. »

À ces défis s’ajoutent notamment pour Christian Sénéchal la mise en application du Plan de conservation du réseau écologique du mont Royal, élaboré en parallèle à celui des collines Montérégiennes, ainsi que la poursuite du travail de concertation avec les institutions présentes sur la montagne, avec un oeil sur le Plan d’urbanisme et de mobilité, qui devrait être dévoilé par la Ville dans les prochains mois.

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