Le nombre de demandes d’asile a bondi au Canada en 2023

La fermeture du chemin Roxham en mars 2023 n’aura pas ralenti l’arrivée massive de demandeurs d’asile aux frontières canadiennes. Un nombre record de migrants y sont venus chercher refuge l’an dernier. Près de la moitié au Québec.

Les plus récentes données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) sur les demandeurs d’asile ont été publiées vendredi avant-midi, au terme d’une semaine au cours de laquelle le premier ministre François Legault a incité son homologue fédéral Justin Trudeau à mettre un frein à l’arrivée massive de migrants au Québec.

Résultat final : 144 000 demandes d’asile ont été effectuées auprès des services frontaliers et du ministère de l’Immigration en 2023. C’est un bond de 57 % par rapport à l’année 2022, durant laquelle le Canada avait traité tout près de 92 000 dossiers. Et encore une fois, c’est le Québec qui obtient la part du lion de ces demandes d’asile. Un nouveau record annuel y a été établi, avec 65 570 dossiers — 46 % du total canadien.

Contrairement aux années précédentes, cependant, ce sont par les airs que les migrants ont fait leur entrée au Québec. Depuis la fin du mois de mars, qui coïncide avec la fermeture du point de passage du chemin Roxham, les demandes d’asile effectuées dans des aéroports ont explosé. Au Québec en 2023, on en a compté presque 26 000, contre 20 550 par la voie terrestre. En 2022, plus de trois quarts des personnes accueillies au Québec avaient traversé à pied.

Ce phénomène s’observe aussi ailleurs au Canada. Alors que le Québec enregistrait un nouveau record, l’Ontario et la Colombie-Britannique voyaient les demandes d’asiles effectuées chez elles doubler. Presque autant de dossiers ont été traités en Ontario (63 390) en 2023 qu’au Québec.

« Point de rupture »

La publication de ces statistiques met un point final à une semaine politique marquée au fer rouge par le thème de l’immigration. Mercredi soir, le premier ministre François Legault envoyait une missive à Justin Trudeau pour l’exhorter à se pencher sur la question des demandeurs d’asile. « Nous sommes tout près du point de rupture en raison du nombre excessif de demandeurs d’asile qui arrivent au Québec mois après mois. La situation est devenue insoutenable », a-t-il dit.

Plus tôt ce jour-là, dans une allocution à Québec, la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, avait pressé le gouvernement fédéral de resserrer l’octroi des visas et de mieux répartir les migrants à travers le Canada.

Le Canada a des responsabilités et devoirs en matière de protection et d’accueil des réfugiés, a rétorqué vendredi la Table de concertation des organismes au service des réfugiés et immigrants (TCRI), qui représente plus de 150 organismes. En demandant à Ottawa de freiner l’arrivée des demandeurs d’asile, c’est comme si le gouvernement Legault l’incitait à faire fi de la Convention relative au statut des réfugiés de l’ONU — l’une des dites Conventions de Genève — dont il est signataire, a insisté le directeur de la TCRI, Stephan Reichhold. « Le Canada a le devoir de protéger ces gens. On est dans une action humanitaire, pas une immigration classique. »

Tous les pays dans le monde, comme les États-Unis, la France, l’Allemagne, font face à un afflux massif de réfugiés, a-t-il rappelé. « Et ce qui se passe ailleurs est beaucoup plus dramatique. »

Le gouvernement Trudeau assure qu’il cherche des solutions à l’afflux important de demandeurs d’asile au Québec. Dans un message publié jeudi sur le réseau social X, le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a indiqué être « en train d’évaluer toutes les mesures qui sont possibles pour permettre aux demandeurs d’asile qui le désireraient de se déplacer dans d’autres provinces ». 

Il a par ailleurs assuré qu’Il étudiait « avec tout le sérieux qu’exige la situation » les demandes de compensation financière du gouvernement caquiste pour l’accueil de réfugiés. Québec fixe cette somme à 460 millions de dollars.

Un lien avec la crise du logement ?

Les demandeurs d’asile font partie des quelque deux millions d’immigrants temporaires actuellement en territoire canadien. Cela s’ajoute aux 500 000 nouveaux arrivants permanents que le Canada accepte annuellement. Plus tôt cette semaine, une étude de la Banque Nationale laissait entendre que la croissance démographique actuelle au Canada mettait en danger la capacité de tous à se loger.

Dans l’état actuel des choses, « le Canada devrait doubler sa capacité de construction à environ 700 000 mises en chantier par an » pour offrir un toit à tous les Canadiens, un objectif impossible à atteindre, selon les économistes de la Banque Nationale. Dans sa lettre adressée à Justin Trudeau mercredi, le premier ministre François Legault a d’ailleurs affirmé que « les demandeurs d’asile ont du mal à se trouver un toit, ce qui contribue à accentuer la crise du logement ».

Stephan Reichhold estime que le premier ministre François Legault fait là un « raccourci » qui n’est pas « recevable ». « De mettre en lien l’arrivée importante des demandeurs d’asile avec la crise des services publics, c’est très dangereux pour l’image de ces gens qu’on doit protéger », a-t-il dit.

Avec Lisa-Marie Gervais

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