«Le pays des loups»: Un loup peut en cacher un autre

De retour d’un difficile voyage au Mexique (voir Le coeur de l’hiver chez le même éditeur) où il semble s’être enfin débarrassé de Tomas Bidarte, son ennemi juré, le shérif Walt Longmire en arrache. Physiquement diminué, amaigri, il se remet mal de ses « blessures de voyage » lorsqu’on lui signale la disparition d’un berger et une attaque contre un mouton du troupeau qu’il gardait près de la ville. On soupçonne un loup solitaire ou, pire, une meute en cavale. En examinant les lieux sur le haut plateau, Longmire rencontre un imposant vieux loup… et ne met pas beaucoup de temps à trouver le cadavre du berger.

Ce n’est que le début de ses soucis. Car dans le comté d’Absaroka, Wyoming, au coeur du massif des Big Horn, les choses ont toujours tendance à se compliquer de façon exponentielle. Le shérif et son équipe découvrent ainsi que le gardien de troupeau a été pendu à un arbre et sa dépouille, probablement attaquée par l’animal qui a tué le mouton. Conséquemment, en plus d’avoir à résoudre un meurtre, Walt se trouvera aussi coincé entre ceux qui crient au loup en souhaitant abattre la ou les bêtes au plus vite et ceux — celle, plutôt — qui les défendent.

La cata totale

Mais il n’y a pas que ça. En creusant un peu, il se rend compte qu’il connaît bien Extapare, le vieux « Basque » qui employait le berger ; son prédécesseur, Lucian, a eu affaire à sa famille, et Longmire se méfie. Surtout que les disparitions vont bientôt s’accumuler l’une après l’autre alors que les caméras de télé s’amènent en ville pour couvrir « l’affaire des loups tueurs d’homme ». Voilà donc que le vieux Abe Extapare disparaît avec son petit-fils au moment même où son père venait chercher l’enfant. Et tant qu’à y être, voilà que le gendre s’évapore lui aussi tout à coup. Tout cela pendant que Walt se voit forcé d’accueillir un ordinateur dans son bureau et, surtout, d’apprendre à s’en servir. La cata totale.

Ajoutez à tous ces ingrédients sulfureux un soupçon de pédophilie qui flotte dans l’air sur les réseaux sociaux sans qu’on sache trop de qui il s’agit ; un abcès abdominal qui crève douloureusement en plein épisode de sauvetage ; un « expert en loup-garou » qui vient rencontrer le shérif ; le foutu ordinateur, bien sûr… et voilà que Walt Longmire se met à douter. Comme on dit au Pays basque comme dans toute l’Espagne d’ailleurs : un loup peut en cacher un autre.

Cette rocambolesque histoire fait encore une fois ressortir l’immense talent de conteur de Craig Johnson — et de sa traductrice attitrée, il faut le souligner une fois de plus. Ses personnages attachants, que l’on connaît depuis ses tout premiers livres, ceux aussi qui apparaissent en périphérie et que le romancier sait définir en une phrase percutante, son humour, son sens de la justice immanente et de la beauté du monde, malgré tout, tout cela fait de lui un auteur exceptionnel, toutes catégories confondues. Encore !

Le pays des loups

★★★★

Craig Johnson, traduit par Sophie Aslanides, Gallmeister, Paris, 2023, 413 pages

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