Le premier film parlant tourné au Québec retrouvé 95 ans plus tard

Longtemps introuvables, les premières images qui ont été captées avec du son au Québec ont finalement pu être restituées. Il s’agit d’un bref discours du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau prononcé à l’hiver 1929 sur la colline Parlementaire. Ce document d’une grande valeur peut dorénavant être visionné gratuitement sur Internet. 

On peut y voir l’arrivée en carriole du lieutenant-gouverneur de l’époque, Narcisse Pérodeau, pour l’ouverture de la session parlementaire, le 8 janvier 1929. Puis, le premier ministre Taschereau livre à l’extérieur une allocution en anglais destinée aux Américains pour leur demander de traiter avec égard les Canadiens français expatriés aux États-Unis. 

Ce film d’une durée d’un peu plus de deux minutes a été réalisé par les studios hollywoodiens Fox Movietone, qui présentaient au public américain lors des débuts du cinéma parlant différentes capsules d’actualité tournées à travers le monde. 

Dorénavant accessible en entier sur la plateforme Zoom Out, cette pièce d’archives a été numérisée sous la direction de l’historien du cinéma Louis Pelletier.

« Grâce aux publicités des journaux de l’époque, j’avais déterminé il y a longtemps qu’il s’agissait du premier film parlant tourné au Québec. Des extraits du discours de Taschereau avaient déjà été utilisés dans deux documentaires, mais sans le son. Durant plusieurs années, on ne savait pas s’il y avait toujours des copies de ces images avec le son d’origine », relate M. Pelletier, qui enseigne à l’Université de Montréal. 

Il y a une quinzaine d’années, une entreprise de New York disait avoir en sa possession les fameuses images assorties du son. Mais compte tenu de la faramineuse somme demandée, 6000 $, l’Université de Montréal a préféré passer son tour. Il fallut attendre 2021 avant que Louis Pelletier réentende parler du premier film parlant tourné au Québec. L’une de ses bonnes connaissances, le spécialiste des projections cinématographiques Martin Châteauvert, l’a découvert par hasard dans un lot de films 35 mm dont il avait fait l’acquisition. 

« C’est toujours surprenant, de retrouver une copie d’un film que l’on cherchait depuis longtemps. Il y a tellement de films dont on a perdu la trace, qu’on aimerait revoir, mais qui sont perdus à jamais, car il n’y a plus d’archives », explique Louis Pelletier. 

Un peu d’histoire 

Le premier film sans son tourné au Québec a pour sa part été restitué dans les années 1990. Réalisé en 1898 par Gabriel Veyre, opérateur-réalisateur des frères Lumière, le court métrage Danse indienne a été filmé à Kahnawake et montre des Mohawks dansant autour d’un tipi.

Dans les années qui suivirent, le cinéma muet fut très populaire au Québec, au grand désespoir du clergé. La sortie en 1927 de The Jazz Singer, l’un des premiers films sonores, allait précipiter son déclin. À partir de là, tout s’accéléra rapidement. Dès 1928, le Palace de Montréal offrait une programmation exclusivement sonore. C’est dans ce contexte que l’année suivante, deux employés de Fox Movietone débarquèrent à Québec pour filmer un discours de Louis-Alexandre Taschereau.

Il est quelque peu ironique que l’ex-premier ministre libéral, qui a dirigé la province de 1920 à 1936, soit l’objet du premier film parlant tourné au Québec. En effet, son gouvernement fut particulièrement restrictif à l’égard de l’industrie du cinéma. 

« Sous l’influence du clergé, le Québec était alors un des endroits dans le monde qui exerçaient la plus importante censure sur le cinéma. À tel point que Hollywood s’est inspiré du code en vigueur au Québec au moment d’adopter ses propres règles internes de censure, dans les années 1930. L’idée, c’était que si ça passait au Québec, ça allait passer n’importe où dans le monde », rappelle Louis Pelletier avec humour. 

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