Le quart des Ukrainiens détenteurs d’un visa d’urgence AVUCU sont finalement venus au Canada

C’était le dernier appel pour les Ukrainiens : ceux qui ont obtenu un visa d’urgence dans la foulée du déclenchement de la guerre au début de 2022 avaient jusqu’au 31 mars pour atterrir en sol canadien. Bien qu’ils aient été beaucoup plus nombreux que d’habitude à se presser aux portes du pays, à peine le quart du million d’Ukrainiens à avoir obtenu ce précieux sésame sera finalement venu au Canada, a constaté Le Devoir.

« Ce n’est effectivement pas beaucoup », a souligné Randall Baran-Chong, directeur général et fondateur de Pathfinders for Ukraine.

En date du 27 février, des 960 000 Ukrainiens ayant obtenu l’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) délivrée par Ottawa, seuls 248 000 se trouvaient en sol canadien. Selon M. Baran-Chong, un tel « taux de conversion » de 25 % est très faible par rapport à ceux du Royaume-Uni et même des États-Unis. « On l’a vu dans les données, c’est grosso modo 75 % des gens ayant obtenu un visa pour le Royaume-Uni qui est allé et […] c’est environ 70 % aux États-Unis », a poursuivi l’homme aux origines ukrainiennes, qui est allé en Pologne dès les premiers jours de la guerre pour aider ses compatriotes dans leurs démarches d’immigration vers le Canada.

La raison ? Les programmes de soutien et d’installation ont été plus généreux dans ces pays — et en Europe en général — qu’au Canada. « Au Royaume-Uni, c’était un programme de parrainage. Les gens ont été hébergés directement par une famille, qui avait fait l’objet de vérification du gouvernement, afin qu’ils ne soient pas mis en danger. Mais au Canada, tu étais envoyé temporairement dans un hôtel pour quelques semaines avec l’espoir que tu te trouves un logement ou une famille qui allait t’aider », explique-t-il. « Les gens étaient plutôt laissés à eux-mêmes. »

Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), bon nombre d’Ukrainiens dont la demande de visa a été approuvée dans le cadre de l’AVUCU ont choisi « de rester à proximité de leur lieu de résidence et de leur famille dans les pays voisins, dans l’espoir de retourner en Ukraine ».

Il n’est plus possible de postuler pour obtenir l’AVUCU depuis le 15 juillet dernier et les Ukrainiens voulant venir au Canada doivent maintenant faire une demande de visa de visiteur.

40 000 arrivées en trois mois

Selon Pathfinders for Ukraine, les Ukrainiens possédant un visa d’urgence ont été définitivement beaucoup plus nombreux à se bousculer au portillon ces derniers temps. D’après les observations de l’organisme, faites à partir de données d’IRCC, plus de 40 000 Ukrainiens sont arrivés au cours des trois mois de décembre, janvier et février derniers. C’est environ deux à trois fois plus que la moyenne mensuelle de l’été 2023. IRCC n’a pas été en mesure de fournir au Devoir le nombre d’arrivées pour le mois de mars, qui vient de se terminer.

« Nous, notre prédiction c’est qu’au 31 mars, ils seront 300 000 Ukrainiens [au total] à être venus grâce à ce programme », a indiqué M. Baran-Chong.

La ruée des derniers temps reflète celle survenue l’an dernier à la même période, alors que la date butoir avait été fixée au 31 mars 2023 avant d’être repoussée d’un an. Le nombre d’Ukrainiens qui arrivaient au pays était alors de 2 à 4 fois plus élevé que d’habitude dans les deux mois qui ont précédé, soit janvier et février 2023. Pour le mois de mars 2023 uniquement, 30 000 Ukrainiens avaient atterri au Canada, selon Pathfinders for Ukraine.

Ces derniers mois, les organismes d’aide aux immigrants se sont précipités dans les aéroports pour aller accueillir les Ukrainiens qui arrivaient en masse et les aider à trouver un hébergement temporaire. « Dès janvier, ils annonçaient déjà sur Facebook qu’il y avait trop de pression sur l’offre de logements et qu’ils donneraient la priorité aux familles avec enfants et aux personnes âgées », relate M. Baran-Chong. « Ça avait été la même chose en mars 2023, lors de la première date butoir. Si vous arriviez seul, on ne pouvait pas vous trouver de chambre d’hôtel. Vous deviez vous débrouiller. »

Tous les Ukrainiens qui sont au Canada grâce à un visa temporaire (travail, étude, visite) continuent d’être admissibles aux services d’établissement financés par le gouvernement fédéral, y compris les cours de langue, jusqu’au 31 mars 2025, a précisé IRCC.

Aller au Canada, une bonne idée ?

Le directeur de Pathfinders for Ukraine invite les Ukrainiens à bien planifier leur venue et à bien choisir la ville dans laquelle ils souhaitent s’établir. « Il n’y a pas du travail partout. Par exemple, Toronto, en ce moment, ce n’est pas une bonne idée », dit-il. En revanche, au Québec, les organismes offrent de bons services et le coût de la vie est plus bas, remarque-t-il.

Randall Baran-Chong rappelle en outre que les Ukrainiens qui ont fait les démarches et qui ont finalement atterri ici ne sont pas venus sur un coup de tête. « Ce sont souvent des gens qui ont tout perdu. Il y en a qui avaient déjà été impactés par l’invasion en 2014 et qui avaient été déplacés 4, 5 ou 6 fois. Ils en ont eu assez et sont venus pour rester », dit-il.

« Nos sondages le disent : ils ne sont pas ici pour attendre, ils sont ici pour travailler et avoir une vie meilleure. »

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