le rêve lunaire d’Astrobotic est officiellement mort

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Ce lundi 8 janvier, la nouvelle fusée Centaur Vulcan d’ULA a décollé pour la toute première fois, et ce lancement rondement mené a marqué le début d’une nouvelle ère pour ces tauliers de l’aérospatiale américaine. En revanche, on ne peut pas en dire autant de sa cargaison : Peregrine, qui devait devenir le tout premier alunisseur privé à se poser sur notre satellite, n’arrivera finalement jamais à destination.

Peu après le déploiement de l’engin en orbite, plusieurs signes peu rassurants avaient déjà commencé à émerger. Astrobotic, l’entreprise privée qui a conçu Peregrine, a annoncé sur Twitter qu’il avait subi une « anomalie ». Il n’avait donc pas réussi à s’aligner correctement. C’est souvent une très mauvaise nouvelle, car ce genre de problème est typiquement associé à un dysfonctionnement du système de propulsion.

Les opérateurs ont toutefois persévéré. Ils ont multiplié les tentatives pour corriger la trajectoire du véhicule, dont les panneaux solaires commençaient à s’écarter dangereusement de cette source d’énergie salvatrice qu’est le Soleil. Plus les heures passaient, plus la situation devenait critique. Mais contre toute attente, les ingénieurs ont réussi à écrire un nouvel algorithme de navigation en un temps record, ce qui a permis de résoudre le problème. Ses batteries étaient désormais entièrement chargées.

Peregrine Fusée
© Astrobotic

Peregrine n’arrivera jamais sur la Lune

Mais malheureusement, une autre mauvaise nouvelle attendait les opérateurs. À plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, le pire cauchemar d’Astrobotic venait de se concrétiser. L’entreprise a déclaré sur X que Peregrine avait été victime d’une véritable hémorragie de carburant, probablement due à un flux d’hélium sous haute pression qui s’est accumulé dans un réservoir jusqu’à le faire exploser.

La mort dans l’âme, elle a donc annoncé que son bébé n’arriverait jamais au bout de sa mission historique. « À cause de cette fuite de carburant, malheureusement, il n’y a plus aucune chance de réussir un atterrissage en douceur sur la Lune », peut-on lire dans le communiqué.

Un crève-cœur pour cette jeune pousse qui ambitionnait de devenir la première entreprise privée à poser son propre matériel sur la Lune. Malgré cette déconvenue, ses représentants se sont montrés élégants ; ils ont tenu à assumer pleinement la responsabilité de cet échec et à dédouaner complètement ULA, dont la fusée a parfaitement fait son travail. « Vulcan a inséré Peregrine dans l’orbite translunaire prévue sans problème », explique Astrobotic dans un autre communiqué. « Il n’y a aucune indication que l’anomalie de propulsion soit liée au lancement ».

Un baroud d’honneur au service de son successeur

Mais l’aventure ne va pas s’arrêter tout de suite pour autant. Au lieu d’abandonner son engin, Astrobotic va faire tout son possible pour le rentabiliser jusqu’à la dernière minute. Lors de sa dernière mise à jour, l’équipe a expliqué que Peregrine avait environ une quarantaine d’heures devant lui avant d’arriver à court de carburant. Par conséquent, il aura le temps de se livrer à un petit baroud d’honneur qui bénéficiera directement à son successeur.

« L’équipe continue de travailler pour trouver des façons d’étendre la durée de vie opérationnelle de Peregrine. Nous sommes dans un mode opérationnel stable, et continuons de recevoir des données précieuses sur les composants et la partie logicielle en lien avec notre prochain alunisseur lunaire, Griffin », explique Astrobotic.

Ce dernier aura donc plus de chances d’atteindre la Lune lorsqu’il partira à bord d’une fusée Falcon Heavy de Space X, fin 2024. Une bonne nouvelle, sachant qu’il transportera notamment le VIPER — un rover de la NASA conçu pour étudier les glaces lunaires près du pôle Sud, une région très prisée où plusieurs agences espèrent pouvoir installer des bases d’ici quelques années.

En revanche, Astrobotic a probablement laissé passer sa seule chance de remporter la course des entreprises privées vers la Lune. Désormais, tous les yeux seront rivés sur Nova-C, l’alunisseur d’Intuitive Machines qui va décoller le mois prochain. Nous vous donnons donc rendez-vous à la mi-février pour voir si cette autre startup va avoir droit à sa place dans l’histoire, ou s’il faudra encore patienter pour officialiser le passage dans une nouvelle ère de l’exploration spatiale.

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