Le système de santé et ses anges aux ailes fatiguées

Nous sommes tous conscients, que ce soit au Canada ou au Québec, que notre système de santé fait face à de nombreux défis en lien avec le vieillissement de la population, les maladies chroniques et la liste interminable des besoins en services de santé. Pour surmonter ces nombreux défis, recourir aux investissements et aux réformes est essentiel. Cependant, le défi en lien avec la pénurie de main-d’oeuvre semble, lui, incommensurable.

Dans une entrevue à Radio-Canada, le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé mentionnait récemment que le personnel des agences changeait d’unité de soins durant la semaine : « le patient peut avoir affaire à deux ou à trois infirmières différentes dans la même semaine ». La question à poser au ministre de la Santé est la suivante : y a-t-il une loi ou un règlement qui empêche les gestionnaires et les planificateurs des horaires de nos installations de santé de programmer les infirmières issues des agences de placement dans la même unité de soins pour une longue période ?

Vos paroles, Monsieur le Ministre de la Santé, sont pure vérité, mais ce que vous devriez savoir et rappeler du même souffle, c’est que toutes ces infirmières des agences privées qui changent de services de soins sont formées et orientées par des infirmières du service public qui ont déjà les ailes fatiguées.

S’il y a un manque d’intégration des infirmières des agences dans le système de santé public, c’est tout simplement parce qu’aux yeux du gouvernement, ce sont des ressources temporaires. Elles répondent à un besoin ponctuel à combler.

Dans mon secteur, la plupart des infirmières des agences habitent à Montréal, mais travaillent dans les Laurentides et dans Lanaudière. Il est évident pour les ressources de ces deux régions qu’une baisse des tarifs horaires ou l’abolition prochaine et complète des agences vont obliger ces travailleuses à retourner travailler à Montréal. Donc, que deviendront les installations de santé régionales privées de ces ressources ?

Si vous considérez que les infirmières sont des piliers de la santé, je vous invite à prendre note du fait que, parfois, les piliers ont besoin de soutien.

Passerelle infirmière auxiliaire à infirmière

Orienter les infirmières auxiliaires vers la formation infirmière est plausiblement une initiative inestimable pour renforcer les compétences dans le domaine des soins de santé. Dans le parcours scolaire, les infirmières développent une identité professionnelle qui représente la base de leur pratique. Le lancement de ce qu’on appelle le pont infirmière auxiliaire à infirmière est déjà entamé par le gouvernement du Québec. Cependant, la pandémie de COVID-19 a cristallisé la représentation sociale de l’infirmière, la figeant dans le rôle d’une héroïne ou d’un ange gardien prêt à aller au combat par dévouement et sacrifice.

Dans le but de renforcer la passerelle infirmière auxiliaire à infirmière, il serait bien pensé que les établissements de santé et les organismes de formation trouvent des moyens de faciliter cette transition. Pensons tout d’abord à la flexibilité dans les horaires de travail. Par exemple, offrir certains cours à distance fait partie des meilleurs moyens de conciliation travail-études et travail-famille. En plus de la reconnaissance des acquis et du soutien financier déjà mis en place par le gouvernement du Québec, il est primordial de sensibiliser les infirmières auxiliaires à l’ensemble des avantages professionnels et personnels qui viennent avec le statut d’infirmière.

CLSC, cliniques sans rendez-vous, pharmaciens, etc.

Nous avons lu et entendu il y a quelques mois que les urgences de l’un des hôpitaux du CISSS des Laurentides pourraient fermer par manque critique de personnel soignant. D’ailleurs, une ordonnance de la Cour supérieure du Québec a apporté un soulagement aux citoyens en maintenant l’ouverture des urgences la nuit.

Certes, il s’agit une solution spontanée, mais imparfaite et injuste, car il est possible de transférer du personnel des autres unités de soins vers les urgences. Cela veut dire créer un manque de personnel dans les unités de soins afin de maintenir le fonctionnement des urgences. Pour une solution durable, il est recommandé de renforcer la collaboration interpersonnelle.

En d’autres termes, inciter les ressources déjà existantes comme les CLSC et les pharmacies (évidemment en présence de pharmaciens) à fonctionner la nuit afin de désengorger les urgences. Mettre en place des services qui viennent soulager les urgences, comme des cliniques sans rendez-vous de nuit, peut aussi offrir à la population davantage d’options de soins adéquates et ainsi faire diminuer l’afflux de patients vers les urgences.

En somme, le système de santé du Québec souffre d’un manque critique de main-d’oeuvre. Il est de la responsabilité du gouvernement de développer une vision claire et durable pour y remédier afin d’empêcher l’exacerbation des problèmes du système de santé. Renforcer positivement la formation infirmière, adopter une approche intégrée et penser à utiliser différentes stratégies pourrait réduire considérablement la pression non seulement sur les urgences, mais aussi sur tout le système de santé.

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