Le violon ailé d’Augustin Hadelich

L’OSM accueille cette semaine le vénérable Christoph Eschenbach, 83 ans, et titre son concert en association avec la seconde partie, la 7e Symphonie de Beethoven. C’est cependant son soliste, Augustin Hadelich, qui nous offre le grand choc de la soirée.

Il y a quelques mois, en présentant les saisons musicales, nous soulignions le rare privilège de voir les (probablement) trois plus grands violonistes de notre temps jouer cette saison le Concerto de Brahms alentours : James Ehnes à Ottawa (c’est fait), Augustin Hadelich à Québec (en mars) et Frank Peter Zimmermann à Montréal fin avril.

Par chance, Montréal accueille lui aussi Hadelich, cette semaine, pour le Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg. L’image est un peu facile mais c’est une version ailée que nous livre ce violoniste d’un son d’une finesse incroyable, dont la texture ne s’effiloche pourtant jamais. Les phrases sont longues, la pensée continue, empêchant une vision trop séquentielle de ce concerto. Il suffit de constater de quelle manière le Choral de Bach, à l’abord du dernier quart de l’oeuvre, s’intègre en toute logique dans le continuum.

Mysticisme onirique

 

Il y a de nombreuses manières d’approcher l’interprétation du Concerto à la mémoire d’un ange. Ici, la dualité vie (1re partie) et mort (avant une délivrance) a l’air de se dérouler comme dans un rêve. Eschenbach suit cette vision avec un accompagnement presque chambriste, très transparent. Même l’irruption de la fatalité se fait notablement, mais sans la violence abrupte souvent entendue. Dans l’ensemble, l’évocation lyrique mystico-onirique est à la foi passionnante et poignante.

En écho de ce moment majeur, Hadelich a joué comme sur le fil d’un funambule l’Andante de la 2e Sonate pour violon seul de Bach en pianissimo, nous le susurrant à l’oreille ; moment presque surréaliste face au fracas du monde.

Avec de telles interprétations, l’Opus 6 de Webern, une exploration épurée des couleurs orchestrales aurait été bien plus en situation que le très cossu Opus 6 de Berg, spectaculaire et complexe exercice orchestral, fort bien maîtrisé par le chef qui a laissé parlé la richesse sonore de l’orchestre en clarifiant bien les lignes.

La 7e Symphonie de Beethoven marche toujours bien auprès du public, mais on ne peut pas dire que, dans une obédience interprétative relativement similaire, on approchait, mercredi, la logique interne, la chair et la fièvre de la version donnée par Louis Langrée en février 2022.

Comme Langrée, Eschenbach ne cherche pas une frénésie, notamment dans le 1er mouvement. Il préfère, le poids des notes, la tension harmonique. Cela dit, il y a, avec Eschenbach, un zeste de statisme qui finit un peu par lasser. Dans l’adage « patience et longueur de temps font mieux que force et que rage », il y a « longueur de temps ». Et quand on finit par y penser, c’est que quelque chose manque.

Il y avait avec Langrée plein de détails constructifs qui manquaient dans le concert de cette semaine. Par exemple l’Allegretto s’enchaînait au 1er volet. Il y a aussi, avec Eschenbach une inutile fuite en avant de la seconde partie du passage des bois dans le 3e mouvement et une perte de d’influx rythmique dans le Finale. Rien de majeur, mais on a déjà entendu largement mieux, malgré le fla-fla de la direction, dont Andrew Wan compensait par sa présence, les gestes inutiles et la partie « show ».

On espère maintenant entendre une 7e Symphonie de Beethoven à l’OSM en bonne et due forme, avec les violons I et II opposés sur scène. C’est un « must ». Ce n’était pas le cas avec Langrée et sur le plan acoustique ce n’était pas trop gênant, car la direction compensait. Ce n’était pas le cas non plus avec Eschenbach et là, pour le coup, on n’a presque rien entendu de la complémentarité des deux pupitres.

Eschenbach et la 7e Symphonie de Beethoven

Berg : Pièces opus 6. Concerto à la mémoire d’un ange. Beethoven : Symphonie n° 7. Augustin Hadelich (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Christoph Eschenbach. Maison symphonique, mercredi 8 novembre. Reprise ce soir.

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