L’éclipse solaire influencera les animaux


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Dans la pénombre momentanée de l’éclipse du 8 avril prochain, vous agripperez probablement vos lunettes pour vous précipiter à la fenêtre ou à l’extérieur. Mais n’oubliez pas de tendre aussi l’oreille, car les grenouilles pourraient se mettre à chanter.

C’est du moins ce que prédit le biologiste Patrick Paré, directeur de la conservation et de la recherche au Zoo de Granby. Les scientifiques s’attendent en effet à ce que les animaux adoptent certains comportements qu’on leur connaît plutôt au crépuscule ou durant la nuit.

Il n’y a pas que les grenouilles des bois et les rainettes crucières de votre cour arrière qui croiront que c’est l’heure de faire aller leurs sacs vocaux pour attirer des femelles. M. Paré se demande aussi si le léopard des neiges se mettra à être plus actif, lui qui est un animal plutôt nocturne. Et les macaques japonais chercheront-ils à se rapprocher de leur groupe ?

Pour répondre à ces questions, une équipe de 10 observateurs sera à l’affût des gestes de 12 espèces logées au Zoo de Granby. Dans ce projet de recherche d’envergure, ils noteront avec minutie leurs gestes chaque minute durant trois heures, entre 14 h et 17 h. Ces observations auront lieu durant la journée de l’éclipse, mais aussi lors de quatre autres jours pour avoir des points de comparaison.

« Il faut pouvoir contrôler les autres paramètres le plus possible pour déterminer l’effet de l’éclipse. Les conditions météo, par exemple, devront être le plus près possible », détaille le directeur scientifique.

« Toilettage, marche, course, déplacement vers les quartiers de nuit, interaction avec un technicien qui le soigne, alimentation ou recherche de nourriture, intervention sociale » : chaque personne devra noter le comportement du spécimen qu’il scrute dans une liste mise à sa disposition dans une application.

La deuxième méthode, explique M. Paré, consiste à noter toutes les cinq minutes où se situe dans son habitat un individu de l’espèce observée. Des oiseaux vont avoir tendance à se percher ; d’autres espèces, à ralentir leur rythme.

« À la pénombre, les animaux des espèces plus sociales vont se rassembler pour éviter la prédation. En milieu zoologique, ils gardent certains comportements naturels. » L’éclipse sera en quelque sorte une nuit qui survient sans crier gare pour ces bêtes : vont-elles donc alors se diriger vers leurs quartiers de nuit ?

D’autres animaux, comme la chèvre de l’Himalaya, le chameau, le dromadaire, le zèbre, le petit panda et l’ours himalayen, seront aussi à l’étude. Des oiseaux, comme les grues japonaises et les autruches, participeront à ce projet de recherche.

Une occasion à saisir

La nuit a un effet certain sur le règne animal, mais la baisse de luminosité en plein après-midi n’affectera pas tous les êtres vivants de la même façon. Il existe peu d’études scientifiques pour pouvoir comparer les données, note M. Paré : « Une éclipse totale est un événement très rare, et on ne peut pas le répéter comme on veut pour avoir plus de données. »

Des hypothèses existent donc, et cette expérience promet d’apporter une pierre de plus à l’édifice scientifique afin de dépasser les preuves anecdotiques. Le jardin zoologique de Forth Worth, au Texas, mènera une expérience semblable, tout comme ceux de Toledo, en Ohio, et d’Indianapolis.

Le « meilleur et le plus récent » article scientifique à ce sujet, indique le biologiste, porte d’ailleurs sur une étude réalisée en 2017 au jardin zoologique de Riverbanks, en Caroline du Sud.

Des girafes s’étaient mises à galoper dans une « anxiété apparente », ont écrit les chercheurs dans un article ensuite publié en 2020. Les tortues de Galápagos ont commencé à se reproduire au plus fort de l’éclipse. Des gibbons siamangs, un type de primate, ont chanté des airs inhabituels. Les flamants roses ont entouré leurs jeunes. Les comportements observés ne coïncidaient donc pas seulement avec ceux qui sont habituels durant la nuit.

Quant aux plantes, l’effet de l’éclipse sur elles est encore plus sous-documenté. L’armoise sauvage, appelée « sagebrush » en anglais, a aussi été mise sous la loupe lors de l’éclipse de 2017 aux États-Unis. Comme l’on pourrait s’y attendre, son rythme de photosynthèse et de transpiration a diminué. Mais lorsque la lumière est revenue soudainement, la plante a envoyé des signaux de stress, son cycle habituel étant perturbé une deuxième fois.

Même les arbres retiennent leur souffle durant une éclipse totale, si l’on en croit une étude de 1999 qui a observé un ralentissement de la circulation de leur sève.

Et si vous entendez des batraciens chanter le 8 avril prochain, vous pourriez aussi participer au projet collectif de la NASA, qui encourage les citoyens à enregistrer des sons et des images durant l’éclipse pour documenter ses effets sur la vie sur la planète.

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