Legault parle de rigueur budgétaire mais pas d’austérité

Face à une hausse des déficits causée par une hausse plus importante que prévu des salaires du secteur public, le premier ministre, François Legault, a déclaré jeudi qu’il n’avait pas l’intention de recourir à des mesures d’austérité qui réduiraient les services à la population.

M. Legault a affirmé que des discussions étaient en cours avec le ministre des Finances, Eric Girard, en prévision du prochain budget.

« Il y a un défi, toujours, de rigueur budgétaire, mais il n’y aura pas d’austérité », a-t-il déclaré dans une conférence de presse clôturant un caucus de ses députés en prévision de la reprise des travaux parlementaires.

M. Legault n’a pas développé ses propos sur les moyens prévus pour équilibrer les finances publiques. Selon lui, il est trop tôt pour déterminer si le gouvernement pourra atteindre ou non son objectif de rétablir l’équilibre budgétaire prévu à l’exercice financier 2027-2028.

« En campagne électorale, on s’est engagé à réduire la bureaucratie, a-t-il dit. Donc il y a déjà des gestes qui ont été posés. On va continuer d’en poser, mais il n’est pas question de faire de l’austérité. »

M. Legault a affirmé que cette situation est la conséquence de la décision du gouvernement d’investir davantage dans les réseaux de la santé et de l’éducation dans le cadre du renouvellement des conventions collectives du secteur public.

Malgré la perspective d’un report de l’équilibre budgétaire, M. Legault s’est félicité d’avoir baissé les impôts dans le dernier budget.

« Les impôts sont dans le plafond au Québec, quand on se compare avec nos voisins, donc c’était nécessaire », a-t-il dit.

« Plus difficile »

Avant le premier ministre, M. Girard avait déjà déclaré jeudi qu’il serait « plus difficile » de rétablir l’équilibre budgétaire en raison de la bonification des offres aux salariés de l’État et du ralentissement de l’économie.

« C’est certain que les montants qui ont été accordés sont plus importants que ce qui avait été provisionné », a-t-il déclaré dans un point de presse.

Les 420 000 membres du Front commun intersyndical devraient bénéficier d’augmentations salariales de 17,4 % sur cinq ans.

En novembre, M. Girard avait déjà prévenu que le cadre financier ne prévoyait pas de hausses des salaires du secteur public plus élevées que l’offre de 10,3  % alors sur la table.  « Toute dépense supplémentaire va nécessiter des emprunts », avait-il dit.

Immigration temporaire

 

Face au gouvernement fédéral qui n’a pas encore donné suite à sa demande de freiner l’afflux de demandeurs d’asile au Québec, M. Legault a affirmé que son gouvernement pourrait réduire le nombre de travailleurs temporaires admis par l’intermédiaire d’un programme sous responsabilité québécoise.

La ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, examine cette possibilité, a indiqué le premier ministre.

« On n’exclut pas ça, a-t-il dit. On est en train de l’examiner. »

La semaine dernière, le gouvernement québécois avait également réclamé 470 millions à Ottawa pour compenser les frais liés à l’accueil des demandeurs d’asile.

M. Legault a affirmé que les discussions se poursuivent avec le gouvernement Trudeau pour que Québec obtienne plus de pouvoirs en matière d’immigration, un dossier central dans sa dernière campagne électorale.

« Je pense qu’il y a une ouverture, a-t-il dit. J’ai confiance qu’on va réussir à trouver des compromis avec le gouvernement fédéral. »

Distractions

 

Au cours de sa réunion de deux jours avec ses députés à Sherbrooke, M. Legault s’est appliqué à recentrer les priorités de son gouvernement après une année 2023 difficile. Il a notamment affirmé vouloir éviter les « distractions ».

Jeudi, M. Legault n’a pas voulu dire si la réactivation du projet de troisième lien entre Québec et Lévis ou une subvention pour des matchs de hockey des Kings de Los Angeles pouvaient être rangées dans cette catégorie.

« La meilleure manière de se tenir loin des distractions, c’est de ne pas les nommer, a-t-il dit. Donc je n’irai pas les renommer. Tout a été dit. »

M. Legault n’a pas voulu dire si de récents démêlés de deux de ses députés sur le front éthique pouvaient constituer de nouvelles distractions.

« Ça ne devrait même pas être un sujet parce que c’est clair qu’il n’y a pas de volonté à la CAQ d’exiger de l’argent de maires pour rencontrer des ministres », a-t-il dit.

Le caquiste Louis-Charles Thouin est notamment l’objet d’une demande d’enquête éthique après avoir sollicité des maires pour sa caisse électorale.

À Thetford Mines, où les libéraux sont également réunis en caucus, le chef intérimaire, Marc Tanguay, a affirmé que les incertitudes budgétaires du gouvernement constituaient un échec.

 

« C’est un mauvais gouvernement qui a perdu le contrôle des finances publiques, a-t-il dit en point de presse. […] C’est un gouvernement, contrairement aux gouvernements libéraux qui l’ont précédé, qui n’a pas de rigueur budgétaire. »

De son côté, le co-porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois ose croire les propos du premier ministre. « Le Québec commence à peine à se relever de l’austérité libérale. Donc, nous, notre attente pour le prochain budget, c’est austérité zéro », a indiqué l’élu montréalais, en caucus présessionnel à Laval.

Avec Marie-Michèle Sioui et François Carabin

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