L’envers de la médaille | Le Devoir

Quand la députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, avait annoncé qu’elle ne solliciterait pas un deuxième mandat, le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, avait dit croire à un poisson d’avril.

Il était pourtant difficile de penser qu’elle se plaisait à l’Assemblée nationale. Elle n’était pas la première à être déçue de la politique, mais on avait rarement vu un tempérament aussi incompatible avec les exigences du travail parlementaire.

D’autres esprits rebelles ont pu s’y adapter. Par exemple, Amir Khadir a compris qu’il était possible de combattre l’injustice plus efficacement qu’en lançant ses souliers, sans qu’on puisse le qualifier de « bon écolier » pour autant.

Mme Dorion avait parfaitement le droit de penser qu’elle pouvait être plus utile en militant ailleurs que dans cette institution « passée date », où la tyrannie de la majorité, le respect du décorum, le chichi procédural et la ligne de parti peuvent devenir agaçants, voire insupportables à certains, mais font partie d’un système qui, jusqu’à nouvel ordre, a l’appui de la grande majorité de la population.

Il ne semblait cependant pas lui être venu à l’esprit que ses propos pouvaient être blessants pour ses collègues, qui l’avaient pourtant défendue publiquement chaque fois qu’elle s’était retrouvée sur la sellette.

Manifestement, ses déclarations de l’époque n’ont pas suffi à lui vider le coeur, et elle a senti le besoin d’en rajouter dans un livre choc intitulé Les têtes brûlées. Elle affirme toujours appuyer Québec solidaire (QS), mais le fait qu’elle ait choisi de lancer ce pavé à deux semaines de son congrès permet de s’interroger sur sa conception de la solidarité. Elle reproche à son parti de se complaire dans le marketing, mais on peut constater qu’elle-même ne manque pas de talent dans ce domaine.

Audi alteram partem, disait Bernard Landry. Il y a toujours un revers à une médaille. Dans un long message sur X, l’ancien attaché politique de Catherine Dorion, Louis-Philippe Boulianne, qui est resté à ses côtés durant tout son mandat, a décrit « la grande tristesse » qu’il a ressentie à la lecture de son livre.

Il avait débarqué à l’Assemblée nationale en partageant le même mépris que celui qu’elle inspirait à la nouvelle députée. « J’ai un peu honte de me rappeler à quel point notre point de vue était puéril et enfantin », écrit-il après avoir pris acte du travail accompli par chacun des députés du caucus solidaire, qui consacraient des centaines d’heures en commission parlementaire à « tirer des projets de loi vers la gauche ».

Dans son livre, Mme Dorion est très critique de Gabriel Nadeau-Dubois, présenté comme un égoïste qui ne songe qu’à son intérêt personnel. Au départ, M. Boulianne ne l’aimait pas non plus. Il dit maintenant n’avoir jamais connu « une personne qui est aussi [dévouée] à une cause ».

C’est plutôt son ancienne patronne qui en prend pour son rhume. « Si je parle de l’éthique de travail de Gabriel, c’est parce que c’est réellement ce qui le distingue le plus de Catherine. Alors que mon respect pour Gabriel augmentait, mon respect pour Catherine a suivi la tendance inverse, au fur et à mesure qu’elle se réfugiait, d’abord dans le présentéisme, puis finalement tout bonnement dans l’absentéisme. C’est la vérité vraie et décevante. »

On peut être très bien une punk tout en étant une prima donna. Son ancien adjoint reproche à Mme Dorion d’avoir « jeté comme des guenilles » tous ceux qui lui ont permis de se faire élire et qui se sont dépensés sans compter pour l’aider à traverser les tempêtes médiatiques provoquées par des frasques que les autres partis n’auraient pas tolérées.

Bien entendu, Mme Dorion rejette ces critiques. « C’est un gars dans la garde rapprochée de Gabriel. Je peux comprendre que ça les a blessés […] J’ai lu son truc, et ce n’est pas complètement vrai », a-t-elle déclaré dans une entrevue. Pas complètement vrai, donc quand même un peu.

Elle n’est pas la seule à reprocher au co-porte-parole de QS son style de leadership ou encore un coupable recentrage, mais il est toujours regrettable de voir un ex-politicien régler ses comptes avec son ancien parti sans égard au tort qu’il fait d’abord à la cause qu’il défend.

Il n’y a aucun problème à ce que Mme Dorion se défoule sur les médias, si cela peut lui faire du bien, mais la situation était déjà assez difficile à QS, qui peine à retrouver un nouveau souffle, sans qu’elle vienne gratter de vieux bobos.

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