Les Cowboys Fringants ont changé leur vie

Le décès de Karl Tremblay a mis en lumière tout l’amour du public envers les Cowboys Fringants. Fiers représentants du Québec à l’étranger, ils ont aussi été pour plusieurs mélomanes européens une porte d’entrée sur la culture d’ici. Trois admiratrices du groupe ont raconté au Devoir comment leur vie a changé grâce à eux.

Parcours d’immigration

Charlotte Prenot a grandi en France, mais elle se dit fièrement québécoise depuis une dizaine d’années. C’est en partie grâce aux Cowboys Fringants, qui l’ont accompagnée dans plusieurs étapes charnières pour elle.

« Je les ai découverts pour la première fois en 2008, par hasard, dans un festival en France. Ils n’étaient pas très connus en Europe à l’époque. Ils m’ont beaucoup touchée, entre autres parce qu’ils exprimaient, dans leurs chansons, leur fierté de pouvoir s’exprimer en français. En France, on prend notre langue pour acquise, mais au Québec, chanter en français c’est un geste politique. »

Après le concert, Charlotte a commencé à écouter toutes sortes d’artistes d’ici. Quelques années plus tard, elle s’est même installée au Québec, pour effectuer un stage au Festival international de la chanson de Granby.

« Peu de temps après être arrivée, j’ai vu les Cowboys Fringants en concert à Sherbrooke, et j’ai été renversée. Leur énergie sur scène est incroyable. On les a ensuite programmés au festival de Granby, à la première édition sur laquelle j’ai travaillé. Ça m’a fait chaud au coeur. »

Le concert le plus déterminant pour elle demeure toutefois son premier spectacle de la Saint-Jean sur les plaines d’Abraham, auquel les Cowboys ont participé. « J’ai été tellement émue de voir autant de gens s’unir pour célébrer leur appartenance à cette culture qu’ils partageaient. Pendant le concert, j’ai chuchoté à mon amie qui m’accompagnait : “un jour, je vais devenir québécoise”. Tout mon parcours d’immigration s’est ensuite un peu construit grâce à eux. »

Aujourd’hui, Charlotte est responsable des événements au Réseau intercollégial des activités socioculturelles du Québec et veille à ce que tous les collégiens de la province puissent être marqués, comme elle, par des artistes d’ici.

Amour de la langue française

 

Deanna Reesor n’a pas découvert les Cowboys Fringants par hasard. Elle s’est mise à les écouter pour apprendre le français, après s’être installée au Québec, le temps de ses études.

« En deuxième secondaire, une professeure de français acadienne m’a appris que l’on pouvait être passionné par l’apprentissage d’une langue. Elle était très touchante. Mais elle est décédée tragiquement pendant que j’étais encore à l’école. J’ai voulu devenir bilingue en son honneur, et parce qu’elle m’avait transmis son amour du français. »

Elle l’a fait. Deanna s’est installée à Montréal, puis à Québec, où elle travaillait comme barista pendant ses études. « C’est très difficile, à Montréal, de pratiquer son français, parce que quand les gens entendent un accent anglophone, ils passent tout de suite à l’anglais. C’est pourquoi je suis partie à Québec. Au café, je faisais jouer de la musique francophone pour me pratiquer. Même chose quand je faisais plusieurs heures de route, toute seule, pour revenir en Ontario. C’est la musique des Cowboys Fringants et de Mes Aïeux qui m’a le plus aidée. »

« Ces groupes-là racontent des histoires dans leurs chansons et parlent d’histoire et de politique. Ils m’ont appris beaucoup sur la culture québécoise. C’est vraiment dommage qu’ils ne soient pas plus populaires ailleurs au Canada. » De retour en Ontario depuis une dizaine d’années, Deanna maîtrise encore très bien la langue de Molière.

Changement de carrière

 

Annabelle Nicould est une ancienne journaliste et directrice adjointe à l’information du Devoir. Sa rencontre avec les Cowboys Fringants a été déterminante pour son parcours professionnel.

« Après avoir passé quelque temps au Québec pour un stage, je suis retournée vivre à Paris, en 2005. Des mois plus tard, j’ai croisé un groupe de musiciens dans un bar. Je ne savais pas à quoi ressemblaient les Cowboys Fringants à l’époque. Mais j’en avais beaucoup entendu parler au Québec. Quand ils m’ont dit qui ils étaient, j’étais enchantée de les rencontrer, et ils m’ont offert des places pour assister à leur concert au Grand Rex. »

Surprise par le succès du groupe en France, la journaliste en devenir a proposé à La Presse de couvrir leur concert à titre de pigiste. « Ça a lancé ma carrière. Après avoir fait quelques piges, je suis retournée au Québec pour effectuer un stage à La Presse et j’ai éventuellement été engagée comme journaliste ».

Aujourd’hui, les Cowboys Fringants lui rappellent non seulement ses premiers pas en journalisme, mais aussi des souvenirs de concerts mémorables. « C’était complètement fou au Grand Rex. Il y avait une poésie et une magie dans cette soirée. C’était complètement unique d’amener une musique aussi ancrée dans la culture québécoise en France. »

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