Les députés québécois appuient unanimement des autrices victimes de censure

Les députés de l’Assemblée nationale ont appuyé à l’unanimité, jeudi, deux autrices et une illustratrice québécoises victimes de censure aux États-Unis et à Montréal.

Le texte de la motion déposée jeudi matin par Québec solidaire (QS) avec l’appui du Parti québécois « affirme son soutien aux écrivaines québécoises Elise Gravel et Myriam Daguzan Bernier, ainsi qu’à l’illustratrice Cécile Gariépy ». Il réitère l’adhésion du Parlement « à la liberté d’opinion, à la liberté d’expression et à la libre circulation des idées ». 

Le livre Naked, version anglaise de Tout nu !, de Mmes Daguzan Bernier et Gariépy, a été brûlé au lance-flamme il y a quelques jours par Valentina Gomez, candidate au poste de secrétaire d’État au Missouri. Mme Gomez a diffusé une vidéo de son autodafé spectaculaire. 

Elise Gravel, elle, est visée par la décision de la Bibliothèque publique juive de Montréal de retirer de ses rayons en libre-service (mais pas de sa collection) une trentaine de ses livres. La décision survient après la diffusion, par Mme Gravel, sur sa page Facebook, de commentaires illustrés sur le conflit entre le Hamas et Israël, jugés antisémites par la direction de la bibliothèque.

Sur Facebook, l’écrivaine a réagi à la controverse. « Je suis triste que l’accès à mes livres soit limité pour ces enfants, mais je tiens à préciser que je n’ai aucune colère contre la bibliothèque ni contre son personnel ou sa direction. Je comprends le climat toxique et les pressions sociales qui poussent les gens et les organismes à l’autocensure et à la censure. Bien que je sois en désaccord avec la décision de retirer mes livres des étagères, j’ai de la compassion pour les gens qui ont à prendre des décisions comme celle-ci », a-t-elle écrit.

La motion déposée par Québec solidaire a rapidement fait le plein des 106 votes disponibles. Aucun député ne s’est prononcé contre ou ne s’est abstenu. 

« On est vraiment en bloc, tous les partis ensemble, toutes les tendances politiques, dit en entrevue au Devoir le député solidaire Sol Zanetti, porteur de la motion avec l’appui du péquiste Pascal Bérubé. C’est important de dire qu’on n’embarque pas dans le discours de la droite américaine. Ce qui se passe chez les républicains aux États-Unis, la radicalisation du discours conservateur des candidats et des candidates aux élections qui brûlent des livres avec des lance-flammes et qui promettent d’en brûler d’autres s’ils sont élus, c’est très, très, très alarmant, très alarmant. […] Il faut affirmer que cette affaire-là, au Québec, ça ne passe pas. »

Guerres culturelles

 

Le livre continue d’être un champ de bataille des guerres culturelles made in USA. Rien qu’entre le 1er juillet 2021 et le 31 mars 2022, près de 1600 livres ont été bannis (des termes en anglais « book bans ») dans 86 districts scolaires du pays, fédérant près de 2900 écoles, selon une enquête de PEN America. 

Par contraste, en 2021, sur les 74 demandes de retrait de livres des collections des bibliothèques publiques canadiennes, une seule provenait du Québec. La requête visait un essayiste français spécialiste des tueurs en série qui a reconnu avoir publié de fausses informations. La demande a été rejetée. 

QS a déposé une première motion d’appui à Elise Gravel l’an dernier, qui avait été adoptée. Cette fois-là, la démarche concernait la censure aux États-Unis d’un livre sur l’identité de genre. 

« C’est inquiétant parce que le message qui est envoyé aux autrices et aux auteurs du Québec, c’est : “Faites attention à ce que vous dites, faites attention à ce que vous exprimez publiquement comme position politique, parce que vos livres pourraient être retirés de certaines bibliothèques” », dit M. Zanetti.

Le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, avait lui-même déploré ces situations de censures avant le vote des députés. « Mettre des livres à l’index, là, je pense que ça fait un peu vieux curé des années 1900 ; on est ailleurs », a-t-il lâché en mêlée de presse à l’Assemblée nationale. « Brûler des livres, là, un moment donné, on est en 2024 ! »

Avec La Presse canadienne

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