Les difficultés financières forcent la mise en vente de la Maison Notman

Haut-lieu de rencontre des acteurs de la scène technologique montréalaise depuis dix ans, les déboires financiers ont forcé la mise en vente de la maison patrimoniale Notman. Cet édifice majeur de Montréal, vient d’être mis en vente pour 5,5 millions $. Au fil des ans, la vieille demeure bourgeoise, magnifiquement préservée, était devenue un incubateur technologique de premier plan.

C’est la Fondation OSMO, un organisme à but non lucratif créé en 2009, qui était jusqu’ici propriétaire de la Maison Notman. OSMO entendait gérer au mieux la Maison Notman afin d’y héberger de jeunes entreprises issues d’un secteur technologique en effervescence. Elle n’a pas réussi à s’entendre avec ses créanciers, la Banque de développement du Canada et Investissement Québec. Il a été impossible d’en arriver à une entente pour préserver la structure de propriété actuelle.

La vente et le changement de vocation qui pourrait en résulter risquent de planter un clou dans le cercueil de plusieurs start-ups. Elles avaient été nombreuses, en novembre dernier, lorsque les difficultés avaient percé au grand jour de l’actualité, à s’inquiéter. « C’est toute la communauté start-up, et Montréal elle-même » qui sont menacés, allait jusqu’à écrire Gabriel Lespérance, cofondateur de Trampoline.ai et de Wavo.me.

Plus de 300 jeunes pousses sont passées entre les murs de cet édifice associé désormais de près à l’univers des innovations technologiques. Des salles étaient louées au bénéfice de divers événements. Plus de 2500 se sont tenus en ces lieux depuis qu’OSMO en était le propriétaire.

Cet immeuble, situé rue Sherbrooke tout près du boulevard Saint-Laurent, est un des rares témoins des luxueuses demeures bourgeoises de style néoclassique qui bordaient encore cette artère dans la première moitié du XXe siècle. Ce bâtiment en pierre, qui profite de nombreuses ouvertures vitrées, a été construit en 1844-1845.

Selon Sylvain Carle, ancien membre du conseil d’administration, les retards dans les paiements auraient atteint « quelques mois ». Ce sont les effets de la pandémie sur les locations de salle qui auraient fait piquer du nez ce projet collectif, estime-t-il. De fil en aiguille, les retards de paiement n’ont pas pu être surmontés.

« On a sollicité la communauté d’affaires pour racheter le bâtiment », explique Sylvain Carle au Devoir. Par l’entremise d’une plate-forme d’achat immobilier collectif baptisée Quiker, des investisseurs pourraient relancer l’existence des activités du lieu, croit Sylvain Carle. « Nous avons des engagements pour une partie du financement nécessaire. Ce serait dommage qu’un lieu pareil devienne des bureaux d’avocats ou je ne sais quoi. »

Cette propriété commerciale, hautement patrimoniale, est composée de trois bâtiments à usage mixte. Elle est située à l’angle de la rue Sherbrooke et du boulevard Saint-Laurent. Puisqu’il s’agit d’une propriété commerciale, les taxes fédérale et provinciale doivent être ajoutées au prix de vente.

La Maison Notman est classée immeuble patrimonial depuis 1979, tant pour son enveloppe que son intérieur. Cela, en principe, fait en sorte qu’un nouveau propriétaire ne pourrait pas transformer les lieux à sa guise.

Elle doit son nom à l’immense entreprise photographique de William Notman. Ce baron de l’industrie de la photographie occupa les lieux à partir de 1876. Plusieurs espaces de l’édifice actuel, décoré ici et là de photographies de Notman, témoignent de l’apport culturel de ce photographe de premier plan.

Outre William Notman, la demeure cossue a été occupée par William Collis Meredith, un juriste et un militaire engagé dans la répression des Patriotes de 1837-1838. Ces murs abritèrent aussi Thomas Blackwell, le patron du chemin de fer du Grand Trunk. Alexander Molson, un riche magnat lié à l’industrie de la bière, au monde bancaire, et au commerce maritime en fut aussi un occupant. Le bâtiment sera par ailleurs occupé par des religieuses, avant de devenir une résidence pour personnes âgées jusqu’en 1991.

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