Les limites raisonnables de l’immigration

Pendant des décennies, la volonté du Québec de limiter le nombre d’immigrants a été systématiquement associée à la xénophobie et au racisme.

Pendant que le reste du pays démontrait sa générosité et son ouverture d’esprit en leur ouvrant les portes toutes grandes, non seulement le Québec chipotait sur le nombre de nouveaux arrivants, mais il poussait même le chauvinisme jusqu’à insister pour qu’ils apprennent le français. Pensez donc, en Amérique du Nord !

La « capacité d’accueil » qu’il invoquait était alors considérée comme un prétexte visant à justifier un comportement tribal que, dans un moment d’égarement, l’accord du lac Meech avait failli autoriser en enchâssant la reconnaissance de la « société distincte » dans la Constitution. Heureusement, la vigilance active de Pierre Elliott Trudeau avait permis aux Canadiens d’ouvrir les yeux avant que l’irrémédiable soit commis.

Maintenant que la « capacité d’accueil » se mesure à la disponibilité de logements abordables, devenus pratiquement introuvables d’un océan à l’autre, l’idée de limiter l’immigration, qui provoquait auparavant des cris d’indignation, est devenue non seulement acceptable, mais éminemment raisonnable.

C’est comme pour le chemin Roxham. Tant que la grande majorité de ceux qui traversaient la frontière de façon irrégulière restaient au Québec, on ne semblait pas pressé de trouver une solution, jusqu’à ce que leur débordement vers l’ouest ait un effet stimulant.

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Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, qui n’avait jamais osé suggérer d’imposer quelque limite que ce soit de peur d’indisposer les électeurs issus de l’immigration, en fait maintenant la promotion et propose même d’établir les seuils en fonction de la quantité de logements construits durant l’année précédente.

Selon cette logique, le nombre de nouveaux arrivants devrait donc diminuer de 7 % au Canada et de 32 % au Québec en 2024, pour correspondre à la diminution des mises en chantier enregistrée l’an dernier par la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Il faudrait aussi conclure que le plafond annuel de 35 000 immigrants proposé par le Parti québécois serait plus responsable que celui de près de 56 000 qui a été fixé par le gouvernement Legault.

Cette retenue sera sans doute temporaire. Un jour ou l’autre, la pénurie de logements va se résorber, le Canada redécouvrira les vertus de l’immigration et recommencera à crier haro sur le Québec.

Pour le moment, il était pour le moins divertissant d’entendre le premier ministre Justin Trudeau et son ministre de l’Immigration, Marc Miller, tenter de concilier leur objectif d’augmenter le nombre d’immigrants à 500 000 par année avec la situation que vit un nombre grandissant de Canadiens, y compris les nouveaux arrivants, qui ne savent plus où se loger à un prix qu’ils sont en mesure de payer.

Pendant que M. Trudeau assurait les membres de la Chambre de commerce de Montréal qu’ils pourraient bel et bien compter sur l’arrivée d’un demi-million d’immigrants pour pallier la pénurie de main-d’oeuvre, M. Miller expliquait à Caraquet, au Nouveau-Brunswick, qu’il s’agissait d’un problème de « coordination » entre les divers ordres de gouvernement.

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Dans le même ordre d’idée, l’explosion du nombre d’étudiants étrangers ne semblait troubler personne quand le Québec s’inquiétait de l’anglicisation du centre-ville de Montréal qui en résultait. Elle est soudainement devenue un problème auquel le gouvernement Trudeau entend maintenant s’attaquer, même si les étudiants étrangers constituent une véritable vache à lait pour de nombreux collèges et universités, qui devront maintenant s’arranger pour les loger, sans quoi on pourrait leur refuser un visa.

Selon M. Miller, « il y a beaucoup de problèmes au sein de notre programme d’étudiants étrangers, des problèmes de fraude, d’intégrité du système ». Quand le Québec dénonçait une voie rapide douteuse vers l’octroi de la résidence permanente à des étudiants qui ne parlaient pas un mot de français, personne ne semblait s’en émouvoir à Ottawa. Apparemment, cela ne fait pas partie des « problèmes ».

Cette soudaine préoccupation risque de déplaire encore à l’Université McGill, qui voit déjà la hausse des droits de scolarité imposée aux étudiants étrangers par le gouvernement Legault comme une ignominie.

C’est à Montréal que la baisse des mises en chantier a été la plus marquée (37 %) au Canada. Ne faudrait-il pas exiger que McGill garantisse aussi un logement à ses étudiants canadiens hors Québec, bien plus nombreux, qui envahissent le centre-ville ?

En revanche, l’immigration francophone à l’extérieur du Québec pourra vraisemblablement échapper à toute limitation. M. Miller entend plutôt en augmenter la proportion grâce à la création d’un « corridor d’attraction » et en finançant divers projets dans le but d’« éliminer des barrières à l’immigration francophone ». Qui sait, même les étudiants africains désireux d’étudier à Ottawa ou à Moncton réussiront peut-être à obtenir un visa !

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