Les producteurs de sirop d’érable du Québec se dirigent vers une saison des sucres record

Le Québec se dirige vers une année record de production de sirop d’érable. Le printemps hâtif a donné des sueurs froides aux acériculteurs, qui finalement s’en tirent à bon compte.

La quantité de sirop produit en 2024 a d’ores et déjà dépassé celle de l’an dernier (9,4 millions de gallons), selon un porte-parole des Producteurs et productrices acéricoles du Québec. Et la saison n’est pas finie.

« Avec deux autres semaines de production et si la météo se maintient, oui, on bat un autre record », lance avec enthousiasme Justin Plourde, président du syndicat des producteurs acéricoles du Bas-Saint-Laurent–Gaspésie. « Cette semaine s’annonce comme une excellente semaine, la semaine prochaine aussi… Je pense que ça va être une saison phénoménale. »

D’ordinaire, chez lui, le temps des sucres s’étale de la mi-mars au début mai. Or, cette année, les érables ont commencé à livrer leur eau sucrée dès la fin février, trois semaines plus tôt que d’habitude. Ces journées supplémentaires de récolte comblent de bonheur les propriétaires de cabanes à sucre. « C’est un peu comme un deuxième printemps », ajoute ce maître sucrier du Témiscouata. « On a l’abondance, mais aussi la qualité. Le sirop est bon depuis la première goutte. »

La douceur de l’hiver 2023-2024 n’a pas uniquement allongé le temps des sucres. Elle a aussi facilité le travail des acériculteurs. Ces derniers doivent normalement composer avec plusieurs pieds de neige à leur érablière et s’y déplacer en raquettes ou en motoneige pour déterrer la tubulure enfouie sous des couches de glace. La rareté du couvert neigeux leur a permis d’éviter ce pénible ouvrage cette année. « Le travail en forêt a été facile grâce à ça », assure Justin Plourde, qui peut témoigner des conditions en forêt tant au Bas-Saint-Laurent qu’en Gaspésie.

Aux quatre coins du Québec

Après la récolte décevante de 2023 et les températures très élevées de février dernier, les producteurs de sirop d’érable craignaient une deuxième saison des sucres trop courte à leur goût. Le froid ne s’est finalement jamais installé et les coulées se poursuivent jusqu’à aujourd’hui, tant dans le nord que dans le sud du Québec.

Il reste ainsi environ une semaine au temps des sucres à l’érablière de Pierre Cormier, à Dunham, près de la frontière avec les États-Unis. « C’est une très bonne année. Sur 25 ans, c’est ma troisième ou quatrième meilleure année », dit-il. « [À la grandeur du Québec], ça va être un record, c’est sûr. »

Rien ne laissait présager un tel scénario. Le mercure approchait les 15 degrés Celsius en février, et on craignait alors de devoir rapidement fermer les robinets. Mais en fin de compte, les arbres n’ont jamais cessé de fournir leur précieux liquide. Pierre Cormier se réjouit lui aussi de l’apparition d’un « deuxième printemps », qui permet l’extraction d’eau d’érable sur une plus longue période. Une saison qui commence tôt et qui finit tard, « c’est un peu le meilleur des deux mondes », note l’acériculteur d’expérience.

En Chaudière-Appalaches, où se concentre près de la moitié de la production québécoise, « on s’enligne pour une saison record », confirme également Francis Roy, président du syndicat des acériculteurs de la Beauce. « On pensait avoir un printemps qui finit tôt, mais on a tout pour un printemps record. Dame Nature est très généreuse. » Le goût est au rendez-vous autant que le rendement, selon lui. La production moyenne est de cinq livres par entaille, alors qu’« on s’attend à six livres par entaille » cette année. « Tout le monde est content. »

La production totale de sirop d’érable grandit d’année en année au Québec depuis le tournant du millénaire, bien que le volume produit varie grandement d’une saison à l’autre. Quelque 8000 entreprises ont entaillé des érables au Québec ce printemps, une hausse de 739 par rapport à l’an dernier.

Pas d’effet sur le prix

Cette bonne saison n’aura toutefois pas d’incidence sur le prix de la conserve de sirop, car celui-ci est fixé au travers d’une forme de gestion de l’offre. Le prix plancher du sirop doré est établi à 3,29 $ la livre, soit près de 5,50 $ pour une boîte de 540 millilitres. La différence entre ce prix et celui observé en magasin est attribuable à la quote-part des transformateurs, des distributeurs et des détaillants.

Des turbulences auraient pu frapper ce marché en équilibre si les coulées avaient été aussi désolantes cette année qu’en 2023. Car la « réserve stratégique » de sirop d’érable, qui assure un approvisionnement constant et indépendant de l’ampleur des récoltes, était presque à sec. Il ne reste actuellement que 6,9 millions de livres en stock, fruit d’un fort appétit pour le sirop d’érable à l’international et d’une faible production récente. Le niveau idéal de cette réserve stratégique est établi à 100 millions de livres.

Le sirop millésime 2024 permettra donc de renflouer ces entrepôts « stratégiques », bien que l’association des producteurs et productrices acéricoles du Québec estime qu’il faudra encore cinq ans avant que les provisions retrouvent le volume souhaité.

Le bilan final de la production de sirop d’érable de cette année sera connu en mai ou en juin. D’ici là, les acériculteurs touchent du bois pour que la météo continue de souffler le chaud et le froid en leur faveur.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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