Les psychiatres devront tous passer du temps à l’hôpital

Parmi les médecins spécialistes, les psychiatres seront des premiers à ressentir les effets de la réforme Dubé du système de santé, l’ancien projet de loi 15, qui les oblige dorénavant à fournir un minimum d’heures de travail par semaine dans les hôpitaux.

Les modalités restent à négocier, mais elles s’inspireront du modèle des médecins de famille, qui table sur deux options — offrir 12 heures par semaine aux établissements publics ou autant de semaines par an en région —, indique la présidente de l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ), Claire Gamache. 

Dans le jargon du réseau de la santé, on désigne ces obligations par le vocable d’« activités médicales particulières ». 

Si la région est éloignée, les psychiatres pourraient n’avoir à se limiter qu’à 10 semaines, mais à deux ou trois heures de route, un plus grand nombre d’heures de travail seront exigées. Et les incitatifs seront convaincants, soit la menace d’une baisse potentielle de revenu de 30 % en cas de refus. 

Il s’agit de tout un changement pour la profession. Sur les 1200 médecins psychiatres qui travaillent au Québec, environ 200 pratiquent exclusivement en cabinet, surtout dans les grands centres urbains. Certains travaillent dans des cliniques spécialisées en autisme ou en TDAH, par exemple ; d’autres, dans des groupes de médecine familiale.

Une situation que dénonce Mme Gamache, parce que cela laisse un fardeau trop imposant aux psychiatres qui travaillent dans les hôpitaux, selon elle. Ces derniers héritent des cas les plus lourds et « tiennent un peu le réseau à bout de bras », dit-elle.  D’autant qu’« on sait que, dans les prochaines années, on va avoir des problèmes en pédopsychiatrie, donc il va falloir que tout le monde évalue des enfants dans les urgences ». 

Le gouvernement québécois, lui, souhaite établir un « meilleur équilibre de la responsabilité médicale à l’égard de la population », indique-t-on au cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé. 

Pas d’impact immédiat ? 

L’impact de ce changement ne sera toutefois ni « énorme » ni immédiat, prévient la présidente de l’AMPQ. D’abord, parce que la négociation avec le gouvernement pourrait s’étirer jusqu’à la fin de 2024. Ensuite, parce que certains psychiatres ne veulent ou ne peuvent pas faire ce virage. « Il y en a beaucoup qui ont un certain âge et qu’il va falloir soutenir. Certains nous ont déjà écrit et ont quitté le réseau parce qu’ils n’étaient pas capables ». 

Dans une lettre ouverte publiée en octobre, un groupe de 40 psychiatres avaient soutenu que c’était une erreur de les contraindre à travailler dans les hôpitaux. « Les psychiatres oeuvrant en communauté prennent en charge chaque année plusieurs milliers de patients qui sont couverts par l’assurance maladie. Cela libère d’autant les urgences et les services de psychiatrie », écrivaient-ils. 

Ce changement aura par contre nécessairement un impact sur la relève, puisque les étudiants et futurs psychiatres adopteront ce nouveau modèle de soins dès le départ. « C’est une façon de prévenir pour l’avenir, qu’on ait moins de nouveaux psychiatres qui quittent le réseau hospitalier en tout début de pratique. » 

L’idée de ramener des psychiatres en milieu hospitalier n’est pas nouvelle : elle était discutée depuis une bonne dizaine d’années. En vertu des ententes de rémunération signées avec l’État québécois, les médecins spécialistes doivent garantir un minimum de services dans toutes les régions.  Et puisque cet objectif n’était pas atteint en psychiatrie, la profession était dans l’obligation de trouver des solutions, d’autant que le recours à des médecins dépanneurs ne permettait pas de répondre à la demande. 

Ce qui mène à un autre enjeu de la négociation à venir avec Québec : non seulement l’AMPQ doit ramener des psychiatres vers les hôpitaux, mais elle doit aussi s’assurer qu’ils ne se destinent pas tous aux hôpitaux des grands centres.  Au cabinet du ministre Dubé, on souligne d’ailleurs que la nouvelle formule devra tenir compte des « besoins de chaque région ». 

Au Québec, près de 6000 personnes sont actuellement en attente d’une consultation en psychiatrie, dont 4000 dans des délais qui ne respectent pas les cibles du ministère de la Santé.

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