Les ratés d’une occasion ratée

Dans sa chronique du 20 novembre dernier, intitulée « L’occasion ratée d’Hydro-Québec », Alain McKenna tente de démontrer qu’au Québec, et au Canada en général, l’importance accordée à la propriété intellectuelle est plus faible qu’aux États-Unis. Et pas qu’un peu : en pourcentage, environ cent fois moins ! 

Voyons les faits. M. McKenna dit : « [Au Canada], les revenus de propriété intellectuelle — 6,5 milliards de dollars — comptaient pour environ 0,4 % des revenus totaux des entreprises en 2020. » Les revenus en question sont définis plus haut dans la chronique comme ceux provenant « de brevets et de propriété intellectuelle ». Fort bien jusque-là. Mais ça se gâte quand le chroniqueur dit, après nous avoir avertis d’attacher notre ceinture, qu’« aux États-Unis, les revenus de propriété intellectuelle s’élevaient en 2019 à 7800 milliards de dollars américains. Cela représentait cette année-là le tiers de la valeur du PIB des États-Unis. Le tiers ! »

Le problème est que le journaliste compare ici des pommes et des oranges. Les 6,5 milliards de dollars canadiens de revenus de propriété intellectuelle au Canada correspondent aux redevances que des titulaires de brevets ou de copyrights perçoivent de tiers auxquels ils ont donné le droit de les utiliser. Si j’ai inventé un meilleur piège à souris, et que je vous donne le droit d’en fabriquer et d’en vendre en échange d’une redevance sur ces ventes, je réalise un revenu de propriété intellectuelle. 

En cherchant bien, on trouve que les 7800 milliards de dollars américains cités en comparaison par M. McKenna représentent, eux, les contributions au PIB (en gros les ventes) des compagnies américaines qui détiennent plus de brevets que la moyenne. Dans l’exemple, il s’agirait des ventes totales de pièges à souris, et non des redevances payées à l’inventeur du piège. Ces redevances représentent d’habitude un faible pourcentage des ventes.

Voici une version plus juste de la situation. La firme de recherche économique IbisWorld donne 65,8 milliards de dollars américains comme taille du marché de la propriété intellectuelle aux États-Unis en 2019. D’après la Banque mondiale, le PIB des États-Unis en 2019 était de 21 380 milliards de dollars. Le quotient de ces nombres indique que les revenus réels de propriété intellectuelle aux États-Unis s’élevaient donc cette année-là à 0,31 % du PIB. C’est cent fois moins que la valeur donnée par M. McKenna. Selon cette mesure, à 0,4 %, le Canada ferait d’ailleurs mieux que les États-Unis en matière de propriété intellectuelle. 

Réplique du chroniqueur

Vous avez raison, et la chronique le précise. La comparaison faite entre le Québec, le Canada et les États-Unis n’est pas parfaite, mais l’exemple du secteur aéronautique américain cité ensuite renforce son propos plus central, qui concerne le manque de considération des décideurs québécois quant à l’importance de stimuler la création de propriété intellectuelle pour améliorer la productivité et ainsi créer cette fameuse richesse si chère au gouvernement.

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