Les villes doivent cesser d’imposer une densité maximale, plaident des experts

Les grands centres doivent cesser d’imposer une densité maximale aux projets immobiliers et être tenus d’alléger la charge fiscale imposée aux projets immobiliers à but non lucratif, plaide un comité d’experts canadiens à la recherche de solutions à la crise du logement qui frappe le pays.

Le Groupe de travail indépendant sur l’habitation et le climat, composé d’une quinzaine d’experts, notamment en urbanisme et en architecture, de même que de plusieurs anciens politiciens, a réalisé un plan détaillé d’une soixantaine de pages comprenant une dizaine de recommandations destinées aux différents paliers de gouvernement. L’objectif de cette démarche : faciliter l’atteinte de la cible fixée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement, selon laquelle 5,8 millions de propriétés devraient être construites à l’échelle du pays d’ici 2030 afin de rétablir l’abordabilité du marché immobilier pour les Canadiens.

En ce sens, les auteurs du rapport, rendu public ce mardi, proposent notamment que les villes et les provinces cessent d’imposer une densité maximale aux projets immobiliers dans certains secteurs, afin que ceux-ci puissent accueillir plus de logements. Les membres de ce groupe de travail estiment en particulier que des développements immobiliers de grande hauteur devraient être autorisés dans les secteurs desservis en transport en commun, dans une optique de développement durable. « Ça ne fait pas de sens d’avoir une densité basse autour de secteurs où il y a un bon réseau de transport en commun, comme le [Réseau express métropolitain] », illustre en entrevue Lisa Raitt, ex-ministre fédérale des Transports et membre de ce groupe, jointe par Le Devoir en amont de la publication de ce rapport obtenu sous embargo.

À l’inverse, les nouvelles constructions devraient être interdites dans les zones inondables ou ayant été la proie dans le passé d’incendies de forêt dont l’intensité a pris de l’ampleur dans les dernières années, notent les membres de ce groupe de travail. « On doit s’assurer que les gens ne construisent pas dans des zones où c’est voué à l’échec », puisque leur demeure y sera détruite dans les prochaines années par les aléas du climat, souligne Mme Raitt.

Traitement différencié

Le rapport recommande d’autre part que 40 % des 5,8 millions d’unités qui seront construites au pays soient des logements à but non lucratif, et donc protégées de la spéculation immobilière. Pour faciliter l’atteinte de cette cible, le rapport recommande aux villes canadiennes de « renoncer aux redevances d’aménagement et aux taxes foncières sur toutes les formes de logement dont l’abordabilité est garantie pour 40 ans ».

« Ce qu’on demande au niveau municipal, c’est un traitement différencié en faveur du secteur à but non lucratif », afin que les promoteurs privés développent un plus grand appétit en faveur de la construction de logements abordables, explique en entrevue Adam Mongrain, directeur des dossiers en habitation de Vivre en ville. « Il y a beaucoup de nos mesures qui vont dans le sens de réduire les coûts de réalisation de la construction neuve pour que les projets à but non lucratif réussissent à trouver preneur », relève-t-il. Le rapport demande également aux pouvoirs publics de faciliter la conversion de bureaux en logements dans les centres-villes, comme cela se fait déjà à certains endroits.

À l’approche de la saison des budgets, tant de la part des provinces que du gouvernement fédéral, Lisa Raitt se montre d’ailleurs optimiste quant à la place que ceux-ci accorderont à la crise du logement, qui est au coeur des préoccupations des Canadiens. « Les gouvernements vont vouloir agir, et rapidement », espère-t-elle.

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