L’essai «Rage assassine. Mettre fin au racisme», de bell hooks, est encore aujourd’hui d’une cruelle actualité

Tout au long de sa carrière polyvalente d’essayiste engagée, bell hooks s’est acharnée à réfléchir sur le racisme et le patriarcat en terre d’Amérique, notamment sur les traumatismes psychologiques chez les Afro-Américains. Avec ce troisième essai publié en 1995, mais disponible seulement maintenant en français, l’écrivaine et militante afroféministe, décédée le 15 décembre 2021 à l’âge de 69 ans, se penche sur des questions majeures liées à la « race », au « sexe » et à la « classe sociale ». Ces trois concepts ne sont pas distincts, mais au contraire font partie d’un seul ensemble de domination dont les femmes racisées aux États-Unis sont les premières victimes, explique l’essayiste.

Celle qui s’appelait auparavant Gloria Jean Watkins décide dès 1978 de signer bell hooks (sans majuscules)  son premier recueil de poésie, Et là nous avons pleuré (And There We Wept). Un pseudonyme forgé en hommage à sa grand-mère. Elle se fait ensuite connaître dans les années 1980 pour ses travaux sur le féminisme et la publication de Ne suis-je pas une femme ?, un livre majeur dans lequel elle montre du doigt aussi bien les féminismes blancs que les mouvements noirs de libération. Dans le prolongement de ce texte fondateur, cette grande figure de la pensée contemporaine soutient l’idée que l’éradication du racisme et celle du sexisme vont de pair.

Dans ce nouvel essai, Rage assassine. Mettre fin au racisme, hooks développe des réflexions certes complexes, mais assez accessibles grâce à une écriture tangible piochant dans plusieurs niveaux de langage qui vont de l’anecdote au souvenir, en passant par la rhétorique philosophique et la pensée sociale. L’originalité de son argumentation repose sur une réflexion personnelle et sur la responsabilité individuelle en vue d’un changement social axé sur l’amour de soi. « Nous pouvons résister au racisme […] dans cet acte de résistance, nous pouvons nous retrouver et nous renouveler », indique celle qui a grandi dans le Sud ségrégationniste, à Hopkinsville, dans le Kentucky.

L’autrice de Tout de monde peut être féministe souligne d’ailleurs l’absence de voix féminines dans le discours sur les politiques raciales. C’est pourquoi elle encourage les femmes à ne plus se soumettre aux contraintes sexistes et racistes en partageant leurs connaissances et leurs ressources. Publié il y a presque 30 ans, bien avant les mouvements Black Lives Matter et #MeToo, l’essai est aujourd’hui d’une cruelle actualité.

Il reste que l’ouvrage, rédigé sur plus d’une vingtaine d’années, est écrit du point de vue d’une féministe noire qui critique le racisme, mais qui reste optimiste quant à un avenir où le rejet de la différence n’existe plus. Elle appelle à la création d’une « communauté aimante », notion chère à Martin Luther King, qui imaginait un monde où « la race puisse être dépassée, oubliée, où personne ne verrait la couleur de peau ».

Rage assassine. Mettre fin au racisme

★★★ 1/2

bell hooks, Divergences, Paris, 2024, 360 pages

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author