L’«extrémiste du centre» Denis Coderre signe son retour au Parti libéral du Québec

Denis Coderre a tout fait sauf confirmer qu’il se lançait dans la course à la chefferie libérale. Après 14 ans loin du parti, il a désormais à nouveau sa carte de membre en main et il entend à tout prix empêcher le « couronnement » d’un nouveau leader à la tête de ce « grand parti ».

C’est comme s’il n’était jamais parti. « Vous vous êtes ennuyés de moi ? » a lancé l’ex-maire Coderre en pénétrant dans l’édifice de la permanence du Parti libéral du Québec (PLQ), vendredi après-midi, après une mêlée de presse d’une dizaine de minutes sous la neige. Formulaire en main, il s’est approché du comptoir pour se procurer « pour trois ans » une nouvelle carte de membre ; la sienne était expirée depuis 2010.

Après s’être retourné vers le troupeau de journalistes venus lui parler, le politicien verbomoteur a repris la parole. S’est ensuivi un autre échange d’une dizaine de minutes. « Le Parti libéral est un grand parti », a-t-il lancé en invitant les libéraux dépités à revenir au bercail. « Ce parti-là a 150 ans, il a des valeurs exceptionnelles. »

« Je comprends qu’à l’époque, vous étiez déçus, mais là, revenez ! » a-t-il ajouté, en s’adressant directement aux anciens électeurs de la formation.

M. Coderre n’a toujours pas confirmé qu’il se lancerait dans la course à la chefferie du PLQ, mais il sait déjà qu’il veut « un débat d’idées ». « Je ne veux pas qu’il y ait un couronnement, parce qu’à vaincre sans péril, on conquit sans gloire », a-t-il soutenu, montrant qu’il n’a pas perdu son amour des dictons.

« Extrémiste du centre », selon sa propre définition, l’ex-élu a tourné en dérision les politiques publiques de la Coalition avenir Québec, qui « prend les gens pour des valises », et le désir « passé date » du Parti québécois de tenir un troisième référendum sur la souveraineté du Québec. Il a même critiqué à mots couverts une proposition faite par le comité de relance du PLQ dans un rapport déposé en octobre : la création d’une Constitution du Québec. « Est-ce que les gens veulent de la Constitution ou ils veulent manger trois fois par jour ? » s’est-il demandé à voix haute.

Appelé à préciser ses pensées à ce sujet, M. Coderre s’est contenté de répondre que, « pour l’instant, ce qui est important, c’est de rencontrer les militants ». Il assure avoir amorcé la lecture du plan de relance piloté par la députée libérale Madwa-Nika Cadet et l’ancien sénateur et journaliste André Pratte.

M. Coderre entend partir pour Drummondville samedi, et « pas juste pour […] demander d’où vient la poutine ». Cette semaine, il avait annoncé qu’il lancerait une tournée du Québec pour rencontrer les membres libéraux. Son neurologue lui a donné le feu vert, moins d’un an après un accident vasculaire cérébral qui a en partie affecté son élocution, dit-il : « Je viens de me réhabiliter. »

Couillard, Tanguay, alouette…

Le nom de l’ancien député libéral fédéral et maire de Montréal était sur toutes les lèvres, cette semaine, au caucus d’avant-session du PLQ. Si certains ont accueilli la nouvelle de son intérêt pour la chefferie avec enthousiasme, d’autres n’ont pas pu retenir leurs éclats de rire. C’est le cas de la députée de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, qui, interrogée sur son bilan de maire, a fini par affirmer aux journalistes : « Écoutez, son bilan, je pense que c’est plus à lui de le défendre. »

Après avoir indiqué cette semaine qu’il souhaitait entendre « un peu moins de rires » de la part des députés du parti, M. Coderre a souligné vendredi ne pas être vexé. « J’aime tout le monde. Moi, j’ai aucun problème », a-t-il affirmé. L’ancien maire a de bonnes relations avec le caucus libéral actuel, assure-t-il. Lancé à ce sujet, il a salué le travail du chef intérimaire Marc Tanguay, qu’il « connaît », avant de nommer une série d’ex-élus libéraux : Line Beauchamp, Paule Robitaille et Philippe Couillard

« Je rends hommage à Philippe Couillard », a-t-il renchéri, lançant des fleurs à l’ancien premier ministre pour sa compréhension des « régions et [des] municipalités ». Il compte d’ailleurs faire de ces deux dossiers ses priorités s’il participe à la course au leadership.

La course libérale est encore loin d’être arrivée ; elle ne sera officiellement lancée qu’au printemps 2025. Pour le moment, un seul autre candidat a fait part de son intérêt : le député de Marguerite-Bourgeoys, Frédéric Beauchemin.

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author