L’inaction de Québec en logement a prêté flanc au paternalisme d’Ottawa

Après le tête-à-tête Legault-Trudeau sur l’immigration, on a eu droit cette semaine à un autre épisode de l’interminable série coproduite par le gouvernement fédéral et les provinces canadiennes, « Papa a raison ».

La crise du logement étant devenue le sujet de l’heure au Canada — et l’un des thèmes préférés de Pierre Poilievre —, ce n’était qu’une question de temps avant que le gouvernement Trudeau décide de se transformer en champion des locataires-électeurs.

Les cris indignés du premier ministre Legault et de son voisin ontarien Doug Ford face à cette énième intrusion dans un champ de compétence provincial étaient parfaitement justifiés, mais M. Trudeau a démontré depuis longtemps que le partage des pouvoirs prévu par la Constitution ne le concerne pas.

Dans la situation désespérée où se trouve son parti, on peut le comprendre de ressentir une certaine urgence, mais il aurait pu avoir la courtoisie d’aviser les provinces, ne serait-ce que quelques heures à l’avance, qu’il s’apprêtait encore une fois à leur rentrer dedans.

À Ottawa, on sait très bien que le locataire menacé d’éviction ou faisant face à une augmentation de loyer déraisonnable ne veut rien savoir des arguties constitutionnelles. Tout ce qui est susceptible de l’aider est le bienvenu et celui qui fait du chichi a nécessairement le mauvais rôle. Pour le commun des mortels, le débat sur le « pouvoir de dépenser », dont le Québec réclame la limitation depuis des décennies, s’apparente à celui sur le sexe des anges.


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L’attitude paternaliste d’Ottawa dans des domaines où il n’a en principe pas d’affaire est un aspect particulièrement irritant du fédéralisme canadien. Justin Trudeau a beau reconnaître que « le Québec a sa façon de faire les choses », chaque nouvelle initiative fédérale laisse entendre qu’il n’en fait pas suffisamment ou qu’il le fait mal.

Cela est d’autant plus enrageant qu’Ottawa a la mauvaise habitude d’enrégimenter les provinces dans des programmes dont il finit par se désengager lui-même quand sa situation financière se dégrade, laissant à ces dernières le choix d’éponger la facture ou de porter l’odieux de l’abolition d’un service.

Au Québec encore plus qu’ailleurs au pays, on se bouscule pour s’inscrire au nouveau programme d’assurance dentaire annoncé par le gouvernement Trudeau, mais l’expérience des transferts de fonds en santé a de quoi inquiéter.

Encore faut-il éviter de permettre à papa de justifier son intrusion. Plutôt que de se mêler de logement, le premier ministre Legault estime qu’Ottawa devrait s’employer à contenir l’afflux des demandeurs d’asile, qui contribue à la pénurie et, conséquemment, à l’augmentation des loyers. Cela aiderait certainement, mais son propre gouvernement est loin d’être sans reproche. Il a pris une éternité avant d’admettre qu’il y avait bel et bien une crise, alors que tous les indicateurs étaient déjà au rouge. Certes, on ne peut pas le tenir responsable de l’inaction de ses prédécesseurs, mais les mesures qu’il a prises ne sont nettement pas à la hauteur du drame qui se déroule.


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Aussi bien les dispositions de la loi 31 que la maladresse de la ministre de l’Habitation, France-Élaine Duranceau, ont créé la désagréable impression que le gouvernement Legault a davantage à coeur les intérêts des propriétaires que ceux des locataires. Répéter comme un mantra que la solution à la pénurie de logements est d’en construire d’autres est une lapalissade qui n’aide en rien ceux qui se retrouvent présentement à la rue.

On a cru pendant un moment que le gouvernement allait accepter de bonifier la « loi Françoise David » et mettre au moins les personnes de 65 ans et plus à l’abri des évictions, mais Mme Duranceau lui a découvert des « effets pervers » qui semblent l’en avoir dissuadée. Au départ, elle semblait également ouverte à la création d’un registre des loyers, comme le réclamaient bon nombre d’organismes et de municipalités, mais le point de vue des propriétaires a finalement prévalu.

Voilà maintenant que papa propose une Charte canadienne des locataires, qui forcerait les propriétaires à fournir un « historique clair » des loyers, de même qu’un bail uniforme d’un océan à l’autre. Le comble serait qu’il prévoit la possibilité de le céder à un tiers, mesure que la loi 31 a essentiellement éliminée.

On comprend que tout cela peut paraître intolérable aux yeux de M. Legault, mais il sait très bien que papa a toujours raison. C’était même pourquoi il voulait jadis quitter la maison.

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