L’intégrisme religieux, une menace aux droits des femmes

De nombreux récents événements démontrent, sans équivoque, que l’intégrisme religieux constitue une menace à l’égalité des sexes ici et dans le monde. En voici quelques exemples : « À travers plus de 50 édits, ordres et restrictions, les talibans n’ont laissé aucun aspect de la vie des femmes indemne, aucune liberté épargnée. Ils ont créé un système fondé sur l’oppression massive des femmes qui est à juste titre et largement considéré comme un apartheid de genre », déclarait la directrice d’ONU Femmes, Sima Bahous, le 15 août 2023.

Nulle part ailleurs dans le monde, il n’y a eu d’attaque aussi généralisée, systématique et globale contre les droits des femmes et des filles qu’en Afghanistan. Tous les aspects de leur vie sont restreints sous le couvert de la moralité et par l’instrumentalisation de la religion. Les politiques discriminatoires et misogynes des talibans nient le droit des femmes à l’égalité.

Le 14 août 2023, on apprenait que le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou, négociait, dans le cadre d’un accord avec des alliés ultraorthodoxes, des concessions qui pourraient transformer radicalement le visage d’un pays où l’égalité des droits pour les femmes est garantie dans la déclaration d’indépendance de 1948. Bien que les lois israéliennes n’aient pas encore été modifiées pour refléter ces concessions, d’aucuns craignent que ces changements soient déjà en cours, aux dépens des femmes.

Les médias israéliens ont ainsi fait état, ces derniers mois, d’incidents jugés discriminatoires : des chauffeurs de bus ont refusé de prendre de jeunes femmes parce qu’elles portaient des hauts courts ou des vêtements de sport ; des hommes ultraorthodoxes ont arrêté un bus public et bloqué la route parce qu’une femme conduisait ; le service national d’urgences médicales et de catastrophes a, pour la première fois, séparé les hommes des femmes pendant la partie théorique de la formation paramédicale entreprise pour répondre à une exigence du service national israélien.

Rappelons que lorsqu’il y a ségrégation basée sur le sexe, pour répondre aux souhaits des ultraorthodoxes, les femmes soit sont assises à l’arrière, soit ont accès à moins de financement, soit ont un choix de carrière limité. Les défenseurs des droits des femmes s’inquiètent également des efforts que fait le gouvernement israélien pour affaiblir la Cour suprême, qui, elle, a soutenu l’égalité des droits pour les femmes dans plusieurs domaines.

Le mouvement iranien « Femme, vie, liberté », commencé en septembre 2022 à la suite de la mort d’une jeune Iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, dans le cadre de son arrestation par la police des moeurs pour « avoir mal porté son voile », a permis de mettre en relief les affronts aux droits des femmes perpétrés par la République islamique d’Iran.

Sa constitution même part du principe que la femme est une citoyenne de seconde zone, est légalement la propriété de l’homme et doit se conformer à une multitude d’interdits sous peine de sanction allant jusqu’à la mort. Interdits économiques, interdits d’aller et venir, interdits empêchant chacune d’elles de disposer d’elle-même. Selon le Code criminel iranien, la valeur d’une femme est égale à la moitié de celle d’un homme lorsqu’il est question de dédommagement pour un meurtre, lors de la séparation d’un héritage familial ou encore lorsqu’il est question du poids à accorder aux témoignages dans un cadre judiciaire ou dans un contexte de divorce. De plus, la République islamique d’Iran impose une ségrégation systémique entre les sexes dans les écoles, les hôpitaux, les transports, les sports et autres.

En 2022, aux États-Unis, les fondamentalistes chrétiens, très influents auprès de la droite américaine, obtenaient l’invalidation par la Cour suprême de l’arrêt Roe v. Wade, qui protégeait le droit à l’avortement à l’échelle nationale. Selon le juge dissident Stephen Breyer, cette décision aura pour conséquence de restreindre les droits des femmes et leur statut de citoyennes libres et égales.

Entré en vigueur en 2021 en Pologne, un arrêt de la Cour constitutionnelle, contrôlée par le parti conservateur nationaliste et catholique au pouvoir Droit et justice (PiS), interdit tout avortement sauf en cas de danger pour la vie ou la santé de la femme enceinte ou si la grossesse découle d’un viol. Dans la pratique, il semble cependant impossible d’obtenir un avortement, même légal. La Pologne devient ainsi l’un des pays européens les plus restrictifs en matière de droit à l’avortement.

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Le Canada n’est pas en reste concernant les dangers de l’intégrisme religieux. CBC News révélait, en juin 2023, l’existence d’un document stratégique de la Liberty Coalition Canada selon lequel elle veut recruter 10 000 nouveaux candidats politiques chrétiens afin de pouvoir aligner les lois canadiennes sur les « principes bibliques ». Or, le droit à l’avortement, qui fait consensus au sein de la population canadienne, fait partie de ses cibles. Après le succès obtenu par les lobbys religieux aux États-Unis, la vigilance est de mise ici aussi, au Canada, à l’égard du respect du droit des femmes à l’égalité.

Comme le disait si bien Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

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