«L’objectif n’est pas encore atteint», dit la FIQ au sujet des négociations

Si les négociations entre la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et Québec se portent bien et que le ton s’est adouci grâce au conciliateur, l’organisation syndicale se dit « encore loin d’une entente de principe ». « L’objectif n’est pas encore atteint », a déclaré la présidente de la FIQ, Julie Bouchard. La question des déplacements obligatoires et des ratios professionnels-patients continue d’achopper aux tables de négociation. La possibilité de nouvelles journées de grève des 80 000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques est toutefois écartée pour le moment.

Sur le plan des offres salariales, la FIQ affirme se trouver « à la même place que le Front commun », qui a, rappelons-le, soumis à ses membres une entente de principe prévoyant des augmentations salariales de 17,4 % sur cinq ans. « Nos demandes demeurent un peu plus élevées que ça », a déclaré le porte-parole de la FIQ à la table de négociation, Marc-André Courchesne, lors d’une diffusion en direct sur Facebook destinée à faire le point sur les négos.

Celles-ci butent particulièrement sur les déplacements obligatoires, qui consistent, par exemple, à envoyer une infirmière ou une infirmière auxiliaire en CHSLD « sans formation, sans avoir l’expertise, sans avoir l’expérience », résume la FIQ. Une pratique que ses membres ont été nombreuses à dénoncer.

La FIQ déplore que les personnes touchées par ces déplacements obligatoires se retrouvent parfois à poser des gestes médicaux qu’elles ne maîtrisent pas. « [Elles] ont peur de faire des erreurs, mais surtout peur pour le patient », dit Mme Bouchard.

« L’intention [de Québec], c’est de pouvoir déplacer quelqu’un quand on a un besoin, qu’il soit volontaire ou pas, explique M. Courchesne. Au-delà de ça, c’est la question de la qualité et de la sécurité des soins qu’on donne à la population. »

« On a une expérience, une expertise, et ça doit être respecté », a souligné en ce sens Mme Bouchard. Elle dit vouloir « éviter ce piège-là, du déplacement obligatoire », dans la future convention collective.

« On le sait que les déplacements, ce n’est pas une solution qui est gagnante, soutient la présidente de la FIQ. C’est un cheval de bataille qu’on doit mener. »

Des ratios professionnels-patients

 

Autre important point de désaccord : les ratios professionnels-patients. La FIQ souhaite imiter l’Australie, l’État américain de la Californie ou encore la province de la Colombie-Britannique, qui sont des exemples, selon elle, d’endroits où l’instauration d’un nombre de patients par infirmière s’est faite avec succès. Cela permettrait aussi d’assurer des soins de meilleure qualité, défend la FIQ.

La présidente Julie Bouchard cite à titre d’exemple les garderies, où il y a un nombre d’éducatrices pour le nombre d’enfants. « Ça devrait être bon pour nous aussi, parce qu’on sauve des vies. »

Mais Québec dit que la FIQ « rêve en couleur », rapporte Mme Bouchard. Si l’organisation syndicale est consciente que le manque d’employés dans le secteur de la santé est à l’origine de cette surcharge, elle propose l’instauration graduelle de ce modèle, qui ne se fera pas du jour au lendemain.

« Il faut commencer les travaux, il faut s’assurer qu’on aille créer cette attraction, cette rétention dans le réseau », indique Mme Bouchard, qui voit en ces ratios professionnels-patients une façon d’attirer la relève ou les personnes qui ont quitté la profession et qui souhaitent y revenir, puis, ultimement, de les garder.

Bien faire les choses

 

La semaine dernière, la FIQ avait dit ne pas encore avoir d’« hypothèse de règlement », signalant que les négociations butaient sur « plusieurs éléments fondamentaux » qui mettront « du temps à se régler ».

Bien que la FIQ dise sentir « une ouverture »  et souligne une « meilleure écoute » de la partie patronale, elle constate néanmoins que Québec est encore dans des demandes, des conditions et des contraintes. « Nous, on est plus dans les incitatifs, eux, ils sont plus dans les conditions, les pénalités », expose Marc-André Courchesne.

« On va prendre le temps qu’il faut pour faire bien les choses », a conclu Julie Bouchard. Selon la présidente de la FIQ, la convention collective doit devenir un levier pour ceux qui sont là, pour la relève et pour  ceux qui veulent revenir travailler en santé. L’entente de principe ne va certainement pas tout régler, mais ce sera un point de départ, assure-t-elle. « Au final, on va être gagnants », a assuré Marc-André Courchesne.

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