Longueuil entend protéger 21% de son territoire

Longueuil compte faire passer de 1000 à 2500 le nombre d’hectares de milieux naturels protégés à perpétuité, soit 21 % de son territoire, d’ici 2030. Le Plan de protection et de conservation des milieux naturels (PPCMN) présenté lundi par la Ville est nécessaire dans le contexte de la crise climatique, estime la mairesse Catherine Fournier.

L’ajout de 1500 hectares de milieux protégés était l’une des promesses phares de Catherine Fournier lors de la course à la mairie à l’automne 2021. À l’heure actuelle, les milieux protégés ou en voie de l’être couvrent 1060 hectares, ce qui correspond à 9 % du territoire de Longueuil. En entrevue au Devoir, la mairesse insiste sur l’importance des milieux naturels dans le contexte de changements climatiques. « La protection des milieux naturels, c’est la meilleure façon pour une ville d’agir parce que ce sont des puits de carbone fondamentaux. Ça fait partie de nos responsabilités en tant que décideurs au 21e siècle. »

La Ville a donc étudié 13 secteurs totalisant 1800 hectares afin de déterminer les zones de conservation prioritaires. Alors que 1300 hectares appartiennent à la Ville, plus de 500 font partie de propriétés privées. Parmi les secteurs visés figurent plusieurs zones abritant la rainette faux-grillon, dont le Boisé du Tremblay, les secteurs Savane et Roberval, ainsi que les secteurs Fonrouge et Marais Deveau. Sur le territoire de Longueuil, l’habitat essentiel de la rainette, désignée espèce animale menacée, couvre 1222 hectares.

L’intérêt collectif

Pour protéger les milieux naturels, Longueuil aura notamment recours à la servitude de conservation, un outil légal qui lie un propriétaire — la Ville dans bien des cas — à un organisme de protection de l’environnement et assure la protection d’un territoire désigné. Cette entente ne peut être révoquée qu’avec l’accord des deux parties. Ainsi, une administration subséquente ne pourrait décider de retirer unilatéralement une protection, souligne Catherine Fournier.

Au cours des prochaines semaines, la Ville communiquera avec les propriétaires de terrains pour les aviser des intentions de protection. Si aucune entente ou vente de gré à gré n’est possible avec les propriétaires, la Ville pourrait recourir à des expropriations. La mairesse Fournier a d’ailleurs interpellé le gouvernement du Québec, lundi, afin qu’il modifie les articles 170 et 171 du projet de loi sur la réforme de l’expropriation pour exclure de la définition d’« expropriation déguisée » la protection des milieux naturels par les municipalités. « Ça nous donnerait un outil de négociation et un outil légal beaucoup plus forts. C’est aussi une question de respect de la capacité de payer des contribuables », explique Catherine Fournier en rappelant que lors de la COP15 en décembre dernier, le gouvernement du Québec avait réitéré son engagement de protéger 30 % du territoire d’ici 2030. « Le gouvernement a l’occasion de faire une différence significative à coûts nuls. C’est sûr que ça commande du courage politique. »

La mairesse évoque l’intérêt collectif dans le cas de certains terrains appartenant à des intérêts privés. « Les gens qui ont pris un risque d’affaire il y a plusieurs années en achetant des terrains en milieu humide ou en zone boisée, ça se peut que, parfois, il n’y ait pas de dédommagement. »

La mise en oeuvre du PPCMN est évaluée à 25 millions de dollars, mais l’acquisition de terrains en vue de leur protection est encore difficile à évaluer. La valeur foncière des quelque 500 hectares de propriété privée dans les zones visées atteint 200 millions, mais leur valeur marchande pourrait dépasser 400 millions, indique Catherine Fournier.

La mairesse signale d’ailleurs qu’en mettant 1500 hectares de terrains à l’abri du développement immobilier, la Ville renonce elle-même à des revenus de taxes de 18 millions par année. « Mais en même temps, on ne peut pas chiffrer les services écologiques qui sont rendus par les milieux naturels. Mais c’est sûrement beaucoup plus que 18 millions. »

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