Mahler, hallali et capharnaüm avec l’OSM

Raphael Payare interprétait mardi soir une très attendue 7e Symphonie de Mahler pour la soirée choisie pour marquer le début des commémorations du 90e anniversaire de l’Orchestre symphonique de Montréal. Le concert a reçu un accueil triomphal, et même si l’on comprend le légitime enthousiasme, il n’en suscite pas moins quelques interrogations.

Malgré les réserves que nous allons formuler, il n’y a pas le moins du monde à s’inquiéter à l’issue de la première lecture de la 7e Symphonie de Mahler par l’OSM et Rafael Payare, mardi soir. Après tout, la première Cinquième, à Lanaudière, était assez loin de ce qu’on a entendu par la suite, après une tournée en Corée, et de la maturation, au disque et à Carnegie Hall.

Il est d’ailleurs assez ingrat de critiquer un tel concert ou une prestation de Rafael Payare, en général, car ses prestations sont tellement enthousiastes et d’une grande générosité musicale qu’on a forcément l’air d’un ingrat. Mais tentons tout de même de raison garder et d’analyser ce que nous avons entendu.

Une trilogie

Pour certains chefs, 5e, 6e et 7e Symphonies de Mahler forment une trilogie de la mort, des enfers et de l’effroi. Nous pensons, après l’expérience de mardi, que Rafael Payare fait partie de ces chefs. Le directeur musical a sciemment choisi d’aborder la Septième avant la Sixième, encore plus complexe et, surtout, plus noire car sans recul ni rémission.

La question est quelle couleur individuelle donner à chaque symphonie, même si on les intègre dans cette sorte de trilogie qui ne porte pas son nom. Cette question-là, Rafael Payare ne la résout pas encore à notre avis pour la Septième, et notamment pour sa clé de voûte, le 1er mouvement. Celui-ci reste trop imprégné de la crispation militariste de la Cinquième incarné par les trompettes.

Il y a au milieu du 1er mouvement de la 7e Symphonie des sortes d’ouvertures, d’éclaircies vers un paradis impossible, que Mahler referme, mais qu’il faut laisser entrevoir. Elles ont une couleur particulière, une atmosphère. Il est d’ailleurs symptomatique que chef et orchestre ont totalement raté le moment le plus magique du 1er volet, le grand éclaircissement central, noté « sehr breit » (très large). En fait Rafael Payare veut maintenir une tension continue et, du coup, dans ces changements incessants de tempos, c’est très difficile pour l’orchestre de savoir sur quel pied danser.

Cela dit, non seulement il reste deux autres concerts et, par ailleurs, une fois que (sans doute la saison prochaine) la Sixième aura servi de catharsis, la Septième et ses dualités de couleurs se mettront plus facilement en place.

De très bons points

Car il y a déjà, par la suite, de bien belles choses dans la 7e de l’OSM et Payare, à commencer par la « Nachtmusik I » dont l’avancée est limpide avec une magnifique personnification des timbres. Les instruments ont l’air de personnages qui grouillent dans une trame sonore : c’est exactement ça. Et là, pour le coup, la pulpe des cordes est juste. Par contre, il faudra penser à trouver des cloches de vaches un peu moins moches pour la Sixième. Celles-ci sont sèches et caricaturales.

Pour le « Schattenhaft » (fantomatique, ombrageux), rien à redire non plus : le mouvement fuse au bon tempo. On peut faire encore un peu plus effrayant, mais ça y est presque. Par contre la « Nachtmusik II » est surprenante par sa rapidité. On ne perçoit pas le caractère plus intime, réduit, amoureux de la sérénade. C’est toujours cette volonté de Payare de ne rien enliser, mais qui donne à ce volet un zeste de stress ou de hâte inutile.

Quant au Finale, il trouve en Payare un interprète idéal. Dans cet étrange mouvement, qui ressemble à une kermesse musicale, l’attitude cursive dans l’idée « qu’on en finisse » a toujours été un pari gagnant. Ce Finale a souvent été décrié. Mais comment Mahler pouvait-il faire autrement ? Un Finale lumineux dans une symphonie de la noirceur se devait d’être une caricature. En lui donnant des ailes, des arêtes et des revirements au quart de tour, Payare et son orchestre ont suscité un légitime enthousiasme des spectateurs. À ce stade, au fond, le curieux 1er volet, entre hallali et capharnaüm, était bien loin…

Les musiciens de l’OSM avaient beaucoup de mérite de préserver une telle énergie et cohésion jusque si tard dans la soirée. Car une fois de plus, après le 2e Concerto de Bartók préludant à la 5e Symphonie de Mahler, ou à l’association de la Messe glagolitique de Janáček avec le Sacre du printemps de Stravinsky au même concert, Rafael Payare a refait la preuve que le sens de la mesure n’est vraiment pas sa qualité première. Alors que la 7e Symphonie de Mahler se suffit à elle-même (à la fois pour l’orchestre et pour la faculté de concentration des spectateurs), il a ajouté une première partie cossue : le complexe 1er Concerto pour violon de Szymanowski.

Cette admirable partition se signale par de magnifiques envolées oniriques du violon. Le pire ennemi de cette oeuvre est un violoniste aux aigus rêches ou aigrelets, car la chanterelle (corde aiguë) est très sollicitée. Simone Lamsma est un excellent choix de soliste pour la pureté de son intonation, la beauté et la douceur de sa sonorité. Lamsma et Payare ont parfaitement joué la complémentarité : à la soliste (majoritairement), la finesse la plus pure, et au chef, le creusement d’une orchestration souvent très riche, notamment dans la conclusion de l’oeuvre.

L’expérience fut admirable et le couplage judicieux pour les mélomanes endurants.

Rafael Payare dirige la Symphonie n° 7 de Mahler

Szymanowski : Concerto pour violon n° 1. Mahler : Symphonie n° 7. Simone Lamsma (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare. Maison symphonique, mardi 16 janvier. Reprises mercredi et samedi.

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