«Malaise» autour de l’Espace bleu de Percé

La prochaine saison touristique à Percé, en Gaspésie, risque d’être bien particulière. Le bureau d’information touristique n’ouvrira pas, tout comme le musée du coin. En revanche, l’Espace bleu, le premier du genre au Québec, devrait accueillir ses premiers visiteurs. Or, ce nouveau venu ne fait pas du tout l’unanimité dans la région.

En ce froid mois de janvier, une poignée d’ouvriers s’activent à l’intérieur de la villa Frederick-James. Le toit et le revêtement extérieur de la demeure bâtie vers 1888 ont été remis à neuf. En ce moment, des ébénistes s’affairent à restaurer à l’identique l’intérieur de cette ancienne maison d’artistes posée tout en haut du cap qui donne directement sur le rocher Percé. Les travailleurs questionnés par Le Devoir espèrent terminer leurs travaux d’ici cet été.

La transformation a été coûteuse. Près de 26 millions de dollars ont été engloutis dans ce chantier, qui a débuté par le déplacement sur une vingtaine de mètres du bâtiment menacé par l’érosion. Ensuite, les travailleurs ont déposé ce futur Espace bleu sur un grand sous-sol de béton. Une entrée aux allures de bunker accueillera les visiteurs.

Personne à Percé n’est en mesure de connaître la teneur de l’exposition à venir. Pas même la mairesse, Cathy Poirier. « Qui va gérer ça ? Je ne sais même pas », lance-t-elle, tout en qualifiant cette réfection de « louable ».

Questionné sur l’avancement du projet par Le Devoir, en début d’année, le ministère de la Culture s’était montré avare d’informations.

Le chantier a d’ailleurs démoli la route qui longe le cap. L’asphalte devrait être refait ce printemps ou cet automne par la Ville de Percé, mais aux frais du gouvernement, selon la mairesse. Un stationnement devrait en principe avaler une partie de ce paysage de carte postale. Encore là, les résidents de la capitale touristique de la Gaspésie sont tenus dans le noir sur les détails.

L’un ouvre, l’autre ferme

Tandis que doit ouvrir ce nouveau musée, le musée Le Chafaud, également situé à Percé, n’ouvrira pas ses portes cet été. Une première depuis l’ouverture en 1983, il y a 40 ans.

« C’est le premier été que l’on n’ouvre pas, à moins qu’une relève ne se manifeste », déplore celui qui porte l’institution locale à bout de bras, Jean-Louis Lebreux. Une certaine jeunesse lui a proposé de reprendre les rênes du musée, mais les « conditions de travail » et le manque d’appui du gouvernement l’ont rapidement découragée.

Plus que le manque de soutien aux musées déjà en place, c’est la reconversion d’une maison de création en lieu de diffusion qui décourage M. Lebreux. « Dans ce lieu qui a inspiré tant d’artistes, il n’y a pas d’espace pour la création. » La villa Frederick-James a en effet d’abord hébergé le travail du peintre du même nom. Puis, l’Université Laval y a tenu, jusqu’en 2015, des cours d’art et d’architecture.

La mairesse de Percé est du même avis et aurait aimé y voir un lieu de création.

 

« Il y a un malaise dans l’ensemble de Percé », résume Jean-Louis Lebreux.

Pas de bureau touristique à Percé cet été

Autre fermeture à Percé : le bureau d’information touristique. Des contraintes budgétaires empêchent la municipalité d’injecter les 168 000 $ qu’il lui manque pour fonctionner.

« C’est déchirant », indique au Devoir Cathy Poirier, qui dit être activement à la recherche de solutions ainsi que prête à fournir le bâtiment et une ressource humaine à qui le voudra. « Ce n’est pas une punition. Financièrement, j’ai des dépenses incompressibles. On ne peut pas couper les services d’incendie. On n’a pas le choix. »

Garder ouvert ce bureau exigerait une hausse supplémentaire de 4,5 % des taxes, explique-t-elle, tandis que la facture des citoyens doit déjà augmenter de 7 %. Les touristes de passage en Gaspésie cet été devront se débrouiller seuls pour connaître les perles que recèle le haut lieu de tourisme.

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