Malgré des progrès au Brésil, la destruction des forêts à des niveaux «obstinément élevés»

La planète a encore perdu en surface de forêt vierge tropicale l’équivalent de 10 terrains de football par minute en 2023, un niveau toujours élevé malgré une amélioration au Brésil et en Colombie.

L’an dernier, les régions tropicales ont perdu 3,7 millions d’hectares de forêt primaire, une superficie quasiment équivalente à celle de la Suisse, selon les données publiées jeudi par le World Resources Institute (WRI) avec l’université du Maryland.

Ce chiffre englobe des pertes pour des raisons diverses : déforestation pour l’agriculture, exploitation forestière, destruction accidentelle, incendies.

Il s’inscrit certes en baisse de 9 % par rapport à l’année précédente, avec une nette amélioration au Brésil et en Colombie, en partie compensée par des augmentations dans d’autres pays.

Mais ces pertes restent à un niveau « obstinément élevé », quasiment identiques à celles de 2019 et 2021, déplorent les auteurs. Elles ont représenté l’équivalent de 2,4 milliards de tonnes de CO2 émises dans l’atmosphère, soit près de la moitié des émissions américaines annuelles issues des énergies fossiles, selon le WRI.

Le rapport se concentre sur les forêts tropicales, davantage sujettes à la déforestation volontaire, et très importantes du point de vue de la biodiversité et pour leur capacité à absorber le carbone.

« Deux pas en avant… »

« Le monde a fait deux pas en avant et deux pas en arrière l’an dernier », a commenté Mikaela Weisse, du WRI, lors d’une présentation à la presse.

Du côté des bonnes nouvelles, la réduction de la forêt primaire au Brésil a chuté de 36 % l’an dernier, à son plus bas niveau depuis 2015, bénéficiant des mesures de protection mises en place par le président Luiz Inacio Lula da Silva, pour la première année de son nouveau mandat.

La tendance cache toutefois des disparités dans le pays, avec une très nette amélioration en Amazonie, mais une dégradation dans le Cerrado, épicentre de l’agriculture nationale.

En Colombie, la réduction de la couverture forestière a chuté de 49 %, une tendance qui fait suite à l’élection à l’été 2022 de Gustavo Petro, premier président de gauche de l’histoire du pays, qui tente de négocier la paix avec différents groupes armés. La conservation de la forêt figure explicitement parmi les objectifs de ces pourparlers, note le WRI.

Les améliorations « impressionnantes » dans ces deux pays « soulignent l’importance du “leadership” et des changements de politique pour ce qui concerne la protection des forêts », remarque Mikaela Weisse.

« Nous devons apprendre des pays qui ralentissement avec succès la déforestation ou bien nous continuerons à perdre rapidement l’un de nos outils les plus efficaces pour combattre le changement climatique, protéger la biodiversité et soutenir la santé et les moyens de subsistance de millions de personnes », alerte-t-elle.

Ces progrès ont été en partie contrebalancés par une nette dégradation de la tendance en Bolivie, au Laos ou encore au Nicaragua.

En Bolivie, la destruction de la forêt a été alimentée par les feux et la production agricole, notamment de soja, essentiellement destiné à l’alimentation animale pour l’industrie de la viande.

L’agriculture a aussi joué un rôle central au Laos, sous la pression de la demande en provenance de Chine, comme au Nicaragua.

« Gains de court terme »

Hors des tropiques, le Canada s’est distingué par une saison des feux la plus dévastatrice jamais enregistrée, qui a multiplié par cinq la surface boisée détruite dans ce pays l’an dernier par rapport à 2022.

Au total, malgré des progrès dans certains pays, le monde n’est pas sur la bonne trajectoire pour tenir les engagements pris à la COP26 de Glasgow en 2021, quand plus de 140 dirigeants s’étaient engagés à stopper la déforestation d’ici 2030.

« Est-ce qu’on est en bonne voie ? Pour faire court : non », a résumé Rod Taylor, du WRI, notant un écart important par rapport à la trajectoire nécessaire à six ans de l’échéance. « La déforestation en 2023 était quasiment 2 millions d’hectares au-dessus du niveau nécessaire pour être sur le bon chemin », souligne-t-il.

« L’économie mondiale doit augmenter la valeur de la préservation des forêts par rapport aux gains de court terme qu’apporte le déboisement qui laisse la place à des fermes, des mines ou de nouvelles routes », plaide-t-il.

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