Minority Report, le film le plus excitant de Steven Spielberg depuis Jurassic Park [critique]

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A revoir ce dimanche sur Arte, dans le cadre d’une soirée consacrée à Tom Cruise.

Tom Cruise est une nouvelle fois à l’honneur sur la 7e chaîne, avec l’un de ses classiques du cinéma américain suivi du super documentaire sous-titré Corps et âme, initialement diffusé en 2019.


Après quoi court Tom Cruise ? LE rôle de sa vie ? La reconnaissance de ses pairs ? La jeunesse éternelle ?

On le retrouvera d’abord perdu dans un univers futuriste inspiré d’une nouvelle de Philip K. Dick. Agent de la “précrime” dans Minority Report, il est chargé d’arrêter les criminels avant qu’ils ne passent à l’acte. Un jour, il a la mauvaise surprise de découvrir son nom sur un écran. L’ordinateur est formel : dans 36 h, cet homme sans histoire aura assassiné un inconnu. Pour déjouer le destin, il va se lancer à la recherche de sa future victime. Ses collègues sont alors à ses trousses…

Haletant, le film est rempli de créations innovantes. Steven Spielberg avait tenu à ne montrer que des inventions crédibles, bien que futuristes. Pari réussi, et pas seulement sur le plan esthétique. A sa sortie, il y a plus de 20 ans, la rédaction avait mis 3 étoiles à Minority Report et Tom Cruise avait fait la couverture de Première (n°307 – septembre 2002) pour l’occasion. Voici notre critique.

Tom Cruise
Abaca

Dans son film le plus excitant depuis Jurassic Park, Steven Spielberg met sa virtuosité et ses considérables moyens au service d’un panache de genres qui va de la science-fiction au thriller en passant par le whodunit (film policier à énigme). Le résultat est largement plus satisfaisant que frustrant, même si les défauts du film naissent de sa complexité. Comme dans A.I. Intelligence artificielle, l’intérêt décroît jusqu’à une résolution décevante par ses coups de théâtre prévisibles et conventionnels. C’est un peu comme de découvrir sous le capot d’une voiture de luxe un moteur de série. Dans un monde où la vitesse est limitée, il faut prendre çà pour une faiblesse mineure. 

L’intrigue, adaptée du livre de Philip K. Dick, montre que la SF pure et dure des années 50 est encore parfaitement d’actualité. Non seulement elle donne à réfléchir sur les implications d’une société de plus en plus fliquée, mais la notion même de précrime trouve un écho inquiétant dans la politique de frappe préventive  récemment adoptée par les USA. 

Fidèle à l’esprit de Philip  K. Dick, chez qui les personnages doivent se torturer l’esprit pour comprendre et corriger une réalité distordue, Spielberg se tire aussi bien que possible d’une intrigue touffue mais n’évite pas toujours les chausse-trappes narratives. On lui pardonnera la laborieuse scène d’explication dans une serre, au vu des multiples séquences virtuoses comme l’invasion d’un immeuble par des robots flics tournée en plan-séquence. 

Pour les besoins du film, un groupe de scientifiques a été spécialement réuni pour réfléchir à la vraisemblance de l’avenir dans cinquante ans. L’univers urbain qu’ils ont imaginé a pris une réalité extrêmement cohérente et détaillée grâce à une équipe menée par le décorateur Alex Mac Dowell (The Crow, Fight Club). Incidemment, la publicité joue un rôle important dans cette description.
Spielberg a une attitude très discutable sur ce point, dénonçant dans la fiction l’envahissement du placement de marques, tout en l’exploitant à fond dans la réalité. 

Tom Cruise incarne avec dynamisme un personnage typiquement affligé par la perte d’un fils, ajoutant à son CV une collaboration de plus avec un metteur en scène prestigieux. À ses  côtés, le jeune Colin Farrell confirme les espoirs placés en lui depuis sa découverte dans Tigerland.


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