«Minuit quelque part»: Unir les possibles

Mardi soir avait lieu le dévoilement de la deuxième oeuvre de l’Agence Mickaël Spinnhirny, en collaboration avec Lydia Bouchard et Merryn Kritzinger (La Résistance), Minuit quelque part. Une proposition d’envergure qui réunit 10 interprètes virtuoses sur scène, dirigés par huit chorégraphes québécois de renom. Malgré quelques bémols, c’est un pari réussi et rassembleur qui permet de créer des ponts entre les publics. 

Un casting prometteur. Voilà tout d’abord ce qu’évoque Minuit quelque part. Associant des personnalités mises en lumière grâce à la populaire émission de danse Révolution (Zachary Bastille, Alexandre Carlos, Kyra Jean Green, Véronique Giasson, Katerine Leblanc, Yoherlandy Tejeiro Garcia) et des artistes bien établis de la scène contemporaine et / ou du ballet (Sophie Breton, Cai Glover, Danny Morissette, Lila-Mae Talbot), cette nouvelle création mise gros avec cette belle vitrine. À la chorégraphie, on retrouve là encore un savant mélange de huit artistes, dont des personnalités publiques médiatiques, comme Lydia Bouchard (jury dans l’émission Révolution), Charles-Alexis Desgagnés (lui aussi révélé dans Révolution), mais aussi des noms associés au côté plus abstrait de la danse, comme Marie Chouinard ou Virginie Brunelle. 

L’affiche suscitait donc grande attente et excitation. Et le public, ou devrais-je dire les publics, était au rendez-vous en ce soir de première. Parce qu’en effet, avec de tels noms, et cet assemblage des mondes (car oui il y a plusieurs mondes dans le monde de la danse contemporaine), l’Agence Mickaël Spinnhirny et La Résistance étaient assurés d’attirer différents publics : amateurs de virtuosité télévisée, curieux en tout genre, et fervents amoureux de gestuelles conceptuelles. 

Cette envie de créer des ponts, de rassembler les univers, ne se trouve pas seulement dans la distribution, mais bien dans la pièce elle-même. Les interprètes naviguent à travers huit tableaux très divers, tant dans l’intention que la gestuelle, les lumières ou la musique. On danse sur de l’électro, de la pop, mais aussi du jazz expérimental, de l’opéra et des sons plus abstraits. Côté interprétation, on s’émeut à la délicatesse d’un duo, on s’excite sur des corps qui se touchent dans une lumière électrisante, mais on célèbre aussi, plein d’espoir et de paillettes. Ces différents espaces s’enchaînent, sans vraiment se ressembler. Le seul dénominateur commun : la virtuosité des interprètes. En effet, à travers ce cheminement créatif, c’est leur maîtrise technique qui est soulignée, magnifiée par leur capacité d’adaptation et de jeux dans des gestuelles et des états de corps si variés.

Relier ou isoler ?

Le vocabulaire populaire de la danse contemporaine est au rendez-vous. Les portés sont nombreux et délicats, le sol est utilisé à quelques reprises, les lignes de corps sont belles à voir et le couple relâché-contraction saupoudre l’entièreté de l’oeuvre. En plus de cela, on a droit à de beaux moments d’unissons bien dosés, délicats et recherchés. Une combinaison gagnante pour le grand public. À côté, on se permet aussi quelques explorations des codes moins populaires, un peu plus abstraits comme des grimaces, ou encore des gémissements. Un assortiment coloré qui fonctionne. 

Malgré cela, quelques moments passent, selon moi, à côté. Parfois, on a l’impression que certains passages ont seulement été assemblés, collés les uns avec les autres et non pas pensés comme un ensemble. Le choix est assumé de vouloir plaire à un grand nombre et de vouloir jouer sur plusieurs cartes (musicales, gestuelles, etc.). Mais à quel prix ? Peut-on seulement juxtaposer de courtes pièces ? Comment plonger dans une seule et même histoire, un unique narratif ? Ils sont vraiment peu nombreux, mais je me suis parfois questionné sur la pertinence d’un accessoire, d’une musique trop nichée, d’une intimité trop soudaine. Aurait-il été possible de lier tout ça, de trouver un fil conducteur ? Ou sinon, d’appuyer encore davantage le côté tableau et de briser complètement l’axe principal. 

Pour conclure, Minuit quelque part remplit totalement sa mission de pièce fédératrice, d’oeuvre qui transpire la danse et qui amène le public à travers les multiples voyages qu’offre la nuit. Pendant plus d’une heure, les dix interprètes habitent merveilleusement l’espace. Le temps passe vite, on s’accroche à eux et à la beauté de leurs mouvements. Une pièce prometteuse qui va sûrement remplir de nombreuses scènes et dont l’initiative est à souligner. Peut-être qu’en créant davantage de ponts entre les disciplines, il sera alors possible pour la danse d’attirer plus de public, de plus remplir ses salles et d’espérer pouvoir afficher davantage de dates.

Minuit quelque part

7 février, Théâtre Maisonneuve, puis en tournée dans plus de 25 villes au Québec

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