Netflix met en garde le CRTC

Malgré les critiques, Netflix a vanté jeudi ses investissements dans la création de contenus locaux lors des audiences publiques du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). L’entreprise a ainsi cherché à dissuader l’organisme fédéral de forcer la main aux géants numériques pour qu’ils reversent une partie de leurs profits aux médias canadiens, comme l’espèrent ces derniers.  

Les audiences du CRTC, qui se déroulent jusqu’à la semaine prochaine, portent sur l’élaboration d’un nouveau cadre réglementaire qui devra tenir compte des grandes plateformes numériques. Lors de leur témoignage, les cadres  de Netflix ont reconnu qu’il était normal que leur entreprise fasse partie du système réglementaire canadien. Mais ils ont soutenu que Netflix ne devrait pas être soumis à une contribution financière de base. 

Bell Média avait proposé par exemple la semaine dernière, lors des audiences du CRTC, que les plateformes numériques soient tenues d’investir dans un nouveau fonds qui aurait pour objectif de financer la production de nouvelles en région. Or, le leader mondial de la vidéo sur demande ne voit pas en quoi il devrait être obligé de contribuer à un fonds dont il ne peut profiter, Netflix ne produisant aucune émission d’information. 

« Nous investissons dans les pays où l’environnement réglementaire est simple, durable et flexible », a résumé Dean Garfield, le vice-président des politiques publiques de la multinationale californienne. 

La France, le contre-exemple 

M. Garfield a cité comme modèles la Corée du Sud et l’Espagne, deux pays qui produisent des séries pour Netflix qui ont un rayonnement international, sans avoir nécessairement une législation particulièrement stricte sur les contenus locaux. 

Même si elle produit aussi des séries à succès, comme Lupin ou L’Affaire Bettencourt, la France, avec son taux de prélèvement obligatoire à 5,1 %, est l’exemple à ne pas suivre, selon Netflix.   Les dirigeants du service d’écoute en continu ont laissé entendre qu’une telle cotisation pourrait les dissuader de maintenir leurs efforts actuels dans la création de contenu canadien.

« Nous espérons que le CRTC prenne en compte les conséquences inattendues qu’aurait une contribution obligatoire déraisonnable. Nous avons l’opportunité de faire du Canada un leader à l’échelle mondiale dans le divertissement. Et notre expérience démontre que ce sont les pays où il y a le moins de règles sont les plus à même de se démarquer », a renchéri le directeur des affaires publiques de Netflix Canada, Stéphane Cardin. 

Efforts au Québec 

 La compagnie américaine se targue d’avoir encouragé financièrement différentes initiatives dans les dernières années. Celles-ci sont cela dit essentiellement anglophones. Netflix, qui a des bureaux à Toronto et à Vancouver, a acquis quelques productions québécoises récemment certes, mais elle n’a commandé qu’un seul film québécois original jusqu’à présent, Jusqu’au déclin, un long-métrage dont la sortie remonte à 2020. Le service d’écoute a aussi financé la captation du spectacle de l’humoriste Mathieu Dufour au Centre Bell, l’an dernier. 

« J’ai travaillé cinq ans dans une compagnie de production québécoise avant de me joindre à Netflix, je suis très au fait du système unique qui existe là-bas. Nous avons plusieurs séries, documentaires et films en français qui sont en chantier », a assuré Tara Woodbury, la directrice des contenus canadiens, en vantant la récente entente passée entre la boîte québécoise Attraction et Netflix pour le développement de projets de longs-métrages. 

Mme Woodbury, une ancienne de Sphère Média, s’est exprimée exclusivement en anglais durant ses interventions. Stéphane Cardin, un francophone, est le seul à avoir prononcé quelques mots en français durant l’heure et demie qu’a duré l’audition de Netflix devant le CRTC. Le directeur canadien des affaires publiques de l’entreprise a cependant utilisé l’anglais durant presque l’entièreté de ses prises de parole.

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