Northvolt et la main tendue

Cher monsieur Cerruti, bienvenue au Québec. 

Dans votre lettre  publiée dans La Presse le 22 décembre dernier, vous nous exposez avec brio le grand projet Northvolt, qui entend contribuer à décarboner l’économie en produisant annuellement un  million de « batteries les plus vertes du monde » sur les rives du Richelieu. À l’Action boréale, notre expertise en la matière demeure peut-être embryonnaire, mais elle ne nous permet pas de rivaliser avec votre enthousiasme. Tout juste nous permet-elle de nous demander si les abatteuses  multifonctionnelles à « batteries vertes » auront fait progresser un tant soit peu la protection de  l’environnement, une fois la coupe à blanc réalisée, une fois un lieu de biodiversité anéanti. 

Quitte à vous décevoir, transformer 1,4 milliard d’autos en substituant la source-pétrole par la  source-électrique contribuera à accélérer la destruction des écosystèmes encore naturels, ces puits  de carbone qui constituent le moyen le plus efficace pour raréfier les gaz à effet de serre. Et que  nous tentons de protéger en Abitibi. 

Une diminution draconienne du transport individuel s’impose. De toute urgence, il nous faut utiliser  nos ressources naturelles, financières et humaines pour le développement de réseaux efficaces de transport collectif et ferroviaire. 

Vous souhaitez « travailler main dans la main avec les groupes qui ont aussi à coeur  l’environnement ». Voyons à quel point. C’est avec un empressement hors du commun que notre gouvernement a facilité votre venue sur les rives du Richelieu. Vu les dimensions du projet Northvolt, les lois du pays exigent qu’il soit soumis avant toute chose à une évaluation publique par le ministère responsable de l’environnement. Pour au moins voir à quel degré la nature sera affectée. (On peut facilement imaginer qu’il en va de même chez vous, en Suède démocratique.) 

Or, en catimini, l’été dernier, le ministère tripatouillait ses propres normes, permettant ainsi à Northvolt d’échapper à une évaluation. Il a finalement acquiescé à cette évaluation, qui aura lieu toutefois après la construction de l’usine. Inouï !  

Avez-vous participé à ce complotage ? Tous les groupes qui ont à coeur l’environnement en sont restés abasourdis. 

« Tendre la main. » Ce n’est pas la première fois que vous nous la tendez, votre main, M. Cerruti. Au mois d’octobre dernier, grâce aux petits sous de tout le monde, nous y avons déposé la promesse de vous refiler sept milliards de dollars. Comme marque de bonne volonté, c’est vraiment dur à battre, n’est-ce pas ? 

M. Cerruti, en contrepartie de toutes ces générosités publiques et pour démontrer votre bonne foi, auriez-vous la bonté d’officialiser votre accord à la tenue d’audiences publiques aux conditions prévalant avant le dépôt de votre projet ? Mais tout d’abord, auriez-vous aussi l’amabilité de retirer vos huit lobbyistes de l’enceinte du Parlement de Québec et de ses ministères ? 

Car, voyez-vous, notre actuel gouvernement est moralement trop fragile pour affronter cette pression. Son intégrité est remise en question à tout bout de champ, à tout propos. Entre autres pour les enjeux environnementaux, dont le plus patent : celui de la fonderie Horne à Rouyn-Noranda.

(Après que le premier ministre François Legault eut promis à la population de la ville  qu’elle déciderait elle-même de son consentement à subir une norme d’arsenic ambiant cinq fois supérieure à la norme québécoise, après que les gens eurent refusé cette proposition à hauteur de 67 %, Legault a décrété la déportation du quartier !)

Vous terminez ainsi votre proposition de collaboration : « Dans la lutte aux changements climatiques, nous faisons face à un choix : rester assis et ne rien faire, ou se lever et passer à  l’action. Chez Northvolt, on se lève et on avance. » 

Soyez assuré, M. Cerruti, que l’Action boréale souhaite également que les gens de la région et les groupes environnementaux du pays se lèvent et avancent sur votre terrain pour l’occuper jusqu’à ce que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) ait achevé le mandat qui lui  aurait été normalement dévolu. 

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