Northvolt publiera les documents de ses demandes d’autorisation… une fois autorisées

Northvolt a promis mercredi qu’elle ferait preuve de « transparence », mais contrairement à la procédure imposée aux grands projets industriels au Québec, les documents déposés au gouvernement en vue de l’obtention des différentes autorisations seront rendus publics seulement une fois que ces dernières auront été accordées. L’entreprise dit agir ainsi au nom de la « sérénité » de l’analyse de celles-ci.

Les détails sur le pompage et le rejet d’eau dans la rivière Richelieu ne devraient d’ailleurs pas être connus avant 2025.

Après des mois d’un débat public qui a pris de l’ampleur sur son projet d’usine de batteries en Montérégie, Northvolt a tenu mercredi une « séance d’information » afin de faire le point sur le développement de cette « giga-usine » soutenue et financée par les gouvernements du Québec et du Canada.

L’entreprise a d’ailleurs répété à plusieurs reprises sa volonté de « partager l’information de manière proactive », et ce, dans le but de « développer le projet avec transparence », a fait valoir le p.-d.g. de Northvolt Amérique du Nord, Paolo Cerruti. Ainsi, « les principaux documents déposés par Northvolt pour obtenir les autorisations environnementales seront rendus publics », a-t-il souligné.

Cette divulgation des documents soumis au gouvernement se fera toutefois seulement « une fois les autorisations délivrées », a précisé Northvolt. « On ne le fait pas avant, parce qu’on veut que l’analyse de l’information se fasse dans la plus grande sérénité », a expliqué M. Cerruti, disant vouloir éviter que « les fonctionnaires » soient « soumis à des pressions médiatiques » (par rapport aux contraintes environnementales imposées à l’entreprise, par exemple).

Document caviardé

Le Devoir a d’ailleurs tenté d’obtenir le document « technique » déposé par Northvolt en vue d’obtenir l’autorisation du ministère de l’Environnement du Québec pour la « construction d’une giga-usine de production de batteries et [l’]établissement d’un système de gestion des eaux pluviales ». Cette demande est en analyse. Elle a été présentée le 22 décembre dernier, soit avant que Northvolt n’obtienne l’autorisation de détruire des milieux humides et d’abattre plusieurs milliers d’arbres sur son terrain.

Le document obtenu grâce à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics a été caviardé à la demande de l’entreprise. Il n’est donc pas possible de connaître les détails de son projet d’usine et de ses risques environnementaux, notamment en ce qui a trait aux rejets de contaminants dans la rivière Richelieu et aux répercussions anticipées sur la faune et la flore, dont des espèces menacées et vulnérables, ou leurs habitats.

Si l’entreprise avait été soumise à la procédure environnementale imposée à tous les grands projets industriels au Québec, elle aurait dû produire une étude d’impact et répondre par la suite aux questions écrites d’experts de différents ministères, et ce, avant la tenue d’un examen sous l’égide du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Et tous les documents auraient été publiés au fur et à mesure, en amont du BAPE et plusieurs mois avant toute prise de décision sur le projet.

Le gouvernement Legault a toutefois fermé la porte à une telle procédure environnementale dans le cas de Northvolt. « On peut s’estimer privilégiés et chanceux, parce que c’est un très bon élève d’un point de vue environnemental », a soutenu le mois dernier le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette. « On a adapté la réglementation pour implanter cette filière qui est nécessaire d’un point de vue strictement environnemental », avait alors ajouté le ministre.

Quels besoins en eau ?

Mercredi, Northvolt a souligné devoir obtenir une douzaine d’autorisations gouvernementales pour la réalisation de son projet. L’entreprise n’a pas voulu s’avancer sur les détails du système de pompage et de rejet d’eau dans la rivière Richelieu, qui sera essentiel au fonctionnement de l’usine. Les informations devraient être connues en 2025, une fois que la demande d’autorisation aura été accordée.

Northvolt dit avoir bon espoir de pouvoir l’obtenir, mais cet aspect du projet a soulevé des questions au cours des derniers mois en raison de la présence de trois prises d’eau potable en aval de l’usine et de l’existence d’un « habitat essentiel » protégé du chevalier cuivré, une espèce de poisson en voie de disparition. Cela signifie qu’il est formellement interdit de détruire un élément de cet habitat à moins d’obtenir un « permis » du gouvernement fédéral.

L’entreprise a précisé mercredi, concernant le plus court terme, que la construction de la première phase de l’usine entraînerait une « augmentation temporaire du volume de camions », qui pourrait atteindre de 350 à 450 véhicules lourds par jour dans le secteur. Des « mesures d’atténuation » sont donc prévues, dont une gestion de la circulation de camions à Saint-Basile-le-Grand et McMasterville, mais aussi « un programme de surveillance sonore durant les travaux de construction afin de s’assurer du respect des normes applicables dans les quartiers environnants ».

Qui plus est, un accès temporaire au site est en préparation. Ce chemin est construit grâce à un financement de 22 millions de dollars de fonds publics accordé l’automne dernier par le gouvernement Legault.

6240 arbres de plus à abattre

Par ailleurs, lors de l’autorisation de l’abattage d’arbres et de la destruction de milieux humides, au début du mois de janvier, il était question d’un peu plus de 8000 arbres à couper et de 138 000 m2 de milieux humides à remblayer, sur un site qui avait jusqu’ici une « haute valeur écologique ».

Mercredi, Northvolt a toutefois indiqué que 6240 arbres supplémentaires devront être coupés, du côté de McMasterville. L’entreprise promet de replanter 2,5 arbres « pour chaque arbre vivant retiré ». Des coupes sont prévues au cours des prochains jours, jusqu’au 15 avril, et d’autres auront lieu plus tard cette année.

Il faut dire qu’à partir de la mi-avril, la réglementation environnementale fédérale interdit la destruction de sites de nidification potentiels des oiseaux migrateurs. Ils doivent être détruits avant leur arrivée. Plusieurs dizaines d’espèces d’oiseaux fréquentent le site, dont certaines sont menacées.

En plus de la demande d’autorisation ministérielle en vue de la construction de l’usine, Northvolt a déposé une demande afin d’excaver des sols contaminés présents sur son site, a révélé lundi Le Devoir. Le ministère de l’Environnement, qui analyse présentement la demande et qui doit autoriser les travaux, ignore toutefois les niveaux de contamination des sols et les volumes qui seront excavés.

C’est l’entreprise qui est responsable du suivi de la « qualité » des sols. « On va rendre ce site meilleur que ce qu’il est aujourd’hui », a affirmé mercredi Paolo Cerruti, en référence au retrait des sols contaminés.

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