notre classement des saisons, de la pire (moins bonne) à la meilleure

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Fargo est une incontournable du petit écran qui a connu ses hauts et ses bas. Voici notre classement des cinq saisons de la série.

Les frères Coen avaient marqué les esprits en 1996 avec leur comédie noire Fargo, récompensée lors de son passage à Cannes (prix de la mise en scène) et auréolée, quelques mois plus tard, de deux Oscars (meilleur scénario original et meilleure actrice pour Frances McDormand). Autant dire que lorsque FX a annoncé, en 2012, développer une mini-série inspirée du chef-d’oeuvre des Coen, tous les yeux se sont rapidement rivés sur le projet.

Dès 2014, la série Fargo showrunnée par Noah Hawley, produite par Joel et Ethan Coen et notamment menée par un brillant casting pour sa saison 1 avec Billy Bob ThorntonMartin Freeman ou encore Colin Hanks, a conquis les spectateurs et ses pairs. La saison 1 avait en effet reçu deux Emmys et deux Golden Globes (au nez et à la barbe de l’autre phénomène sériel du moment : True Detective). Dix ans plus tard, Fargo compte désormais cinq saisons, la dernière ayant été diffusée fin 2023-début 2024. L’occasion parfaite de classer toutes les saisons de la série.

Attention, il y a des spoilers un peu partout !

 

Frances McDormand : Photo FargoAdieu Fargo film, aujourd’hui, on parle de Fargo série

 

5. saison 4

  • Sortie : 2020
  • Durée : 11 épisodes

 

Fargo : Photo Chris RockRegard de mafieux

 

Il se passe quoi ? À Kansas City, Missouri, dans les années 50, deux syndicats du crime contrôlent l’économie locale clandestinement entre la corruption et les trafics de drogue. Afin d’éviter une énième guerre de gangs, comme l’ont vécue leurs prédécesseurs, les deux familles, l’une italo-américaine et l’autre afro-américaine, tentent d’instaurer la paix. Pour consolider leurs relations, elles décident donc d’échanger leurs plus jeunes fils. Un an plus tard, un accident relance leurs conflits.

Pourquoi c’est très sympa, mais pas vraiment du Fargo ? La saison 4 arrive à la dernière place de ce classement, mais ce n’est pas vraiment parce qu’elle est ratée. Cette quatrième saison est au contraire très réussie. Jouissant d’un beau parterre de personnages, elle s’appuie sur un casting encore remarquable entre la géniale Jessie Buckley, un Chris Rock à contre-courant, le touchant Ben Wishaw ou l’impulsif Jason Schwartzman. Et en vérité, elle peut aussi compter sur certaines situations burlesques franchement hilarantes (notamment la chute grotesque et mortelle du personnage de Salvatore Esposito).

 

Fargo : Photo Ben WheatleyUn sublime épisode en noir et blanc

 

La saison 4 prend toutefois une direction totalement différente très rapidement, ce qui est très déconcertant. Le récit ne repose pas sur une enquête plus classique, mais sur une histoire de gangster. Une manière pour la série de s’aventurer vers un terrain beaucoup plus grave. En abordant des thématiques bien plus sérieuses, notamment avec les tensions raciales, la violence pérenne des États-Unis ou les coulisses du capitalisme américain, cette saison 4 bascule dans une autre dimension pour mieux revenir sur l’Histoire du pays, ses failles, ses plaies.

Le choix est loin d’être idiot et permet évidemment de renouveler grandement la série. Cela dit, c’est aussi ce qui lui cause régulièrement défaut. Avec un récit beaucoup moins cynique et bien plus brutal, Fargo décontenance et perd sa dynamique habituelle. En résulte, une saison d’une grande richesse politique et historique, mais en dents de scie, souvent figée entre deux tonalités qu’elle n’arrive jamais à lier habilement.

 

Fargo : Photo Jessie BuckleyL’arc de Oraetta, celui qui ressemble le plus au Fargo qu’on connaissait

 

Une scène culte ? On pourrait bien évidemment citer la fameuse scène de la tornade proprement ahurissante dans l’épisode 9 et son fondu au noir venant conclure ce simili-hommage au Magicien d’Oz. Mais en vérité, ce sont peut-être les derniers instants du duo Josto-Oraetta qui est l’un des plus marquants de la saison. Alors qu’ils vont être exécutés, Oraetta demande à ce que Josto le soit avant elle pour qu’elle puisse regarder (requête acceptée) puis, elle regarde son propre reflet dans la vitre des voitures pour, sans doute, espérer voir sa propre mort de ses yeux.

C’est évidemment morbide et assez glauque, mais l’attitude cinglée de Oraetta doublée de son ultime souhait franchement sarcastique en fait un des moments les plus “Fargoesque” de cette saison 4.

 

4. SAISON 3

  • Sortie : 2017
  • Durée : 10 épisodes

 

saison 3 : Photo David ThewlisLe diable s’habille en costard 

 

Il se passe quoi ? Minnesota (évidemment), 2010. Emmit Stussy, un homme d’affaires à succès renommé, vit une vie paisible et opulente. Pendant ce temps, son frère Ray a du mal à joindre les deux bouts. Lui vient alors une idée : voler le dernier timbre de la collection d’Emmit, qui a fait sa fortune et dont Ray aurait dû hériter. Au même moment, l’étrange V. M. Varga débarque dans le Minnesota et change drastiquement leurs vies.

Pourquoi c’est quand même très sympa ? Malgré sa formule (trop ?) répétitive, Fargo a été quelque peu réinventée dans cette troisième saison, qui laisse (un peu) l’humour de côté pour s’enfoncer dans un récit sombre et cynique. Noah Hawley a su nous prouver que son talent d’écriture était toujours présent. Son récit labyrinthique trouve sa grâce lorsque le puzzle commence à se former. La moindre interaction est étouffante. Chaque personnage est constamment en danger, comme le rappellent plusieurs meurtres particulièrement violents.

 

Fargo saison 3 : Photo Ewan McGregorWhat’s in the box ?

 

Naturellement, les deux interprétations d’Ewan McGregor participent à rendre cette saison 3 très sympathique, mais c’est dans l’écriture de ses personnages secondaires que la série réussit particulièrement. Le machiavélique V. M. Varga, interprété par David Thewlis, est l’un des antagonistes les plus mémorables de la série. Il est proprement insupportable (et c’est le but), ce qui rend le récit parfois pénible. Et en face, la géniale Carrie Coon est grandiose en Gloria Burgle, victime collatérale de cette histoire sordide. Leur face-à-face final divise, mais cette fin ouverte est assez brillante.

 

Fargo saison 3 : Photo Carrie CoonElle a les yeux revolver

 

Un épisode culte ? L’épisode 3 de cette saison rejoint le très haut du panier de Fargo. Alors qu’elle explore Hollywood, le périple de Gloria se transforme en épopée chimérique aux airs de Twin Peaks (et l’apparition surprise de Ray Wise dans une ambiance Bang Bang Bar y est peut-être pour quelque chose). La séquence en animation est absolument géniale et d’un fatalisme terrifiant.

Rarement Noah Hawley a poussé son cynisme aussi loin. Dès le troisième épisode, le showrunner nous démontrait son envie de plonger sa série vers un ton bien plus sombre.

 

3. SAISON 5

  • Sortie : 2023-2024
  • Durée : 10 épisodes

 

Fargo : Photo Sienna King, Juno TempleDorothy Lyon, incontestablement l’un des plus beaux personnages de la série

 

Il se passe quoi ? Minnesota et Dakota du Nord, 2019. Dorothy Lyon, épouse et mère au foyer, vit paisiblement avec sa famille quand son passé revient la hanter après une arrestation. Déterminée à ne pas retomber dans les bras de ses anciens tortionnaires, dont un shérif trumpiste déviance fanatique, la jeune femme va tout faire pour protéger ce qu’elle a construit, mais rapidement faire exploser la tranquillité de la petite ville de Scandia.

Pourquoi c’est presque à la hauteur des deux premières saisons ? Dès son premier épisode, mêlant brillamment un humour absurde, une violence sanguinaire et des rebondissements farfelus, la saison 5 s’attèle à revenir aux sources de Fargo. Très rapidement, elle retrouve ses drôles de personnages caractéristiques, entre des méchants sans pitié (Jon Hamm terrifiant), de parfaits benêts (le mari incarné par David Rysdahl) et des gentils malmenés (la policière Indira) tout en s’attardant en profondeur sur une héroïne plus complexe (Dorothy donc) et d’autant plus touchante grâce au jeu de Juno Temple.

 

Fargo : Photo Richa Moorjani, Lamorne MorrisLe retour d’un parfait duo de flic

 

Dans la saison 4, Noah Hawley avait échoué à conserver la patte humoristique de la série en plongeant dans des thématiques plus sombres. Ici, le showrunner réussit au contraire à allier les deux. Cette saison 5 mêle ainsi avec brio la folie ayant fait l’identité de Fargo tout en venant l’accoler merveilleusement à une réflexion plus contemporaine et très sérieuse : la condition des femmes et notamment les violences conjugales. De quoi explorer judicieusement la banalisation grandissante de la toxicité masculine sous l’ère-Trump tout en donnant un bel espoir aux victimes priant pour des jours meilleurs.

Avec ce parfait mélange de sérieux et d’absurde, on peut même se demander si la saison 5 n’est pas finalement la plus complète de la série Fargo ? En vérité, elle manque ici ou là de rythme pour vraiment atteindre la perfection des premières saisons, expliquant cette troisième place sur le podium. Cela dit, c’est clairement un petit tour de force, dont l’audace enrichit constamment le scénario et n’omet jamais de récompenser les spectateurs.

 

Fargo : Photo Jon HammSi vous êtes dans le viseur de ce type, c’est la merde

 

Une scène culte ? Difficile de ne pas avoir envie de citer la magnifique séquence de marionnettes de l’épisode 7, où Dorothy Lyon se remémore son passé dans un cauchemar à la symbolique évidente. Toutefois, il est presque plus amusant de s’attarder sur le plan-séquence suivant l’horrible shérif Roy Tillman sur une reprise du Toxic de Britney Spears dans l’épisode 8.

Si la situation est d’abord amusante pour le spectateur, le fait que le plan s’éternise et montre la colère grandissante du shérif, marchant droit vers sa victime et déterminé à l’éliminer pour de bon, sans le quitter des yeux devient glaçant. Du pur Fargo, cynique et angoissant.

 

2. SAISON 1

  • Sortie : 2014
  • Durée : 10 épisodes

 

Fargo Saison 1 : Photo Martin FreemanFreeman from Desire

 

Il se passe quoi ? Minnesota, 2006. Lester, un homme a priori ordinaire, croise la route d’un tueur à gages et se retrouve embarqué un peu (mais pas trop) malgré lui dans une histoire de meurtres. Notamment celui de sa femme, qu’il a tuée dans un accès de colère et vengeance. Sur leur piste : Molly, une flic locale, qui essaye de relier tous ces cadavres.

Pourquoi c’est l’une des meilleures saisons (et surprises) ? À l’époque, personne n’y croyait. Quelle idée d’adapter en série le film culte Fargo des frères Coen ? C’était sans compter sur l’intelligence du scénariste Noah Hawley, qui a su s’approprier tous les codes (le décor, les personnages, l’humour) sans les singer. La saison 1 de Fargo ressemble donc beaucoup au film… mais avec un petit quelque chose de spécial, qui a permis de transformer la bonne surprise en véritable bonne série.

 

Fargo Saison 1 : Promotion Saison 1Oeil pour oeil, sang pour sang

 

À tous les niveaux, la saison 1 de Fargo est une réussite exemplaire. L’écriture est d’une précision et efficacité à toute épreuve, grâce à un fantastique sens du timing comique et dramatique, pour passer du rire à l’effroi et aux larmes en quelques instants. La mise en scène accompagne parfaitement ces mouvements. Et bien sûr, Martin Freeman, Billy Bob Thornton et Allison Tolman sont absolument géniaux, et portent tout le tragique et le grotesque de cette fable sanglante.

C’est bien simple : il n’y a pas une seule fausse note dans cette première saison de Fargo. Son seul problème, c’est d’avoir beaucoup (trop ?) respecté le film des frères Coen, là où les saisons suivantes s’aventureront dans de nouveaux territoires.

 

Saison 1 : Photo Billy Bob ThorntonTrès tolérable cruauté

 

Une scène culte ? La scène de massacre de l’épisode 7, réalisé par Scott Winant. Lorne Malvo rentre dans un immeuble pour trucider tout le monde, tandis que la caméra reste à l’extérieur et suit sa mission (et les cris) depuis l’autre côté des fenêtres, étage par étage, pièce par pièce. Jusqu’à ce qu’un corps traverse une vitre pour venir s’écraser dans la rue, sous les yeux très alertes des agents du FBI. Un de ces moments mémorables où Fargo prouvait qu’elle avait clairement quelque chose à raconter et à montrer.

 

1. SAISON 2

  • Sortie : 2015
  • Durée : 10 épisodes

 

Fargo saison 2 : Photo Kirsten Dunst , Jesse PlemonsLa meilleure saison, rien que pour ce duo exceptionnel

 

Il se passe quoi ? Peggy Blomquist est esthéticienne et rêve d’un quotidien plus exaltant. Mais c’est bien malgré elle que sa vie prend un tournant radical. Un soir, elle renverse accidentellement Rye Gerhardt, le fils d’une famille criminelle locale en conflit avec une autre organisation criminelle de Kansas City. Plutôt que de prévenir la police, Peggy rentre chez elle en état de choc, avec le corps de Rye sur son capot. Forcément, la situation dérape et les cadavres commencent à s’empiler. 

Pourquoi c’est la meilleure saison de la série ? Parce qu’après l’adaptation sans fausse note du film Fargo des frères Coen, Noah Hawley a fait un pas de côté dans la saison 2, toujours aussi minutieuse en termes d’écriture, mais cette fois plus cruelle que cynique. Celle-ci reprend les mêmes bases (un malentendu qui s’envenime, des chassés-croisés entre criminels, des flics qui mènent l’enquête et de la neige), mais s’enfonce plus profond encore dans l’extravagance et l’invraisemblable.

 

Fargo saison 2 : Photo Patrick WilsonEncore aujourd’hui, un des meilleurs rôles de Patrick Wilson

 

Pour ça, le récit se superpose plus explicitement à l’esprit embrumé et pathétique de sa protagoniste, qui s’avère de suite plus nuancé et insondable que Lester. Si l’anti-héros de Martin Freeman perdait rapidement son auréole de bougre malchanceux pour dévoiler sa vraie nature, Peggy traverse la saison comme une funambule, en équilibre entre deux états, entre la culpabilité et l’innocence, la lucidité (sur sa condition de femme notamment) et le pur délire narcissique. Alors qu’elle se rêvait en miss parfaite, en protagoniste de l’histoire, elle devient dès le départ la pire version d’elle-même, sans pour autant que la série parte en expédition punitive ou impose un réel jugement. 

Cette double perspective permet quelques fulgurances inattendues, telles des OVNIS qui survoleraient le scénario (littéralement), pour bousculer la notion de crédibilité, de véracité (celle annoncée à chaque début d’épisode) et de sa place contradictoire dans la fiction, qu’on parle de la série en elle-même ou des fantasmes de Peggy. Et puis, n’oublions pas l’incroyable casting composé de Kirsten Dunst, Jesse Plemons, Jean Smart, Patrick Wilson, Zahn McClarnon, Bokeem Woodbine ou encore Angus Sampson.

 

saison 2 : Photo Jesse PlemonsLe mauvais endroit au mauvais moment, sauf pour les scénaristes

 

Une scène culte ? Dans l’épisode 2, quand Ed transporte le cadavre de Rye à la boucherie pour en faire du hachis, n’ayant absolument pas prévu que le policier Lou Solverson débarquerait à l’improviste acheter du bacon. Ed voit qu’un doigt de Rye a glissé jusque dans la boutique, ce que Lou ne remarque pas du tout alors qu’il avait mille occasions de poser les yeux dessus.

Non seulement cette scène renoue avec l’humour cynique et exubérant des Coen, tout en maintenant une tension insoutenable, par les angles choisis, le jeu figé de Jesse Plemons et notre complicité flagrante en tant que spectateur. 

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