«Nouveau départ»: Karin Viard, sans complaisance ni gaudriole

Diane et Alain viennent de dire au revoir à leur fils unique qui, non content de quitter le giron familial, part travailler au Japon. Or, les parents vivent cette étape de manières divergentes. Alors qu’Alain est enchanté à la perspective d’un regain d’intimité avec sa conjointe, Diane, elle, affiche une morosité tous azimuts. Cela vaut aussi pour son travail de journaliste, où elle se sent invisible aux yeux de ses collègues novices. Lasse d’être traitée comme une relique par ces derniers, Diane s’invente un jeune amant. Mais voici que, blessé par ce mensonge révélateur, Alain la quitte. Et ça ne fait que commencer dans le bien nommé Nouveau départ, où brille Karin Viard.

« Quand on me l’a proposé, j’ai trouvé le scénario assez efficace, assez drôle, avec de bonnes punchlines et tout, mais là où ça m’a réellement intéressée, là où j’ai reconnu une démarche, c’est dans l’approche sensible et sincère », explique l’actrice française, rencontrée l’automne passé lors de son passage au festival Cinemania.

Coécrit par Maria Pourchet et Philippe Lefebvre, qui réalise, Nouveau départ met également en vedette Franck Dubosc, en mari déconfit. Dans ce film qui va dans toutes sortes de directions inattendues, on rit autant qu’on réfléchit.

« Ce qui arrive aux personnages fait rire, mais il n’y en a pas moins un véritable enjeu pour eux, souligne Karin Viard. Et ça, j’aime beaucoup : c’est comme si la comédie arrivait par effraction. C’est de la comédie exempte de complaisance. Ça amène une profondeur. C’est ce qui permet de se reconnaître dans les personnages et dans les situations proposées », résume la vedette des films La nouvelle ÈveHaut les coeurs ! (César de la meilleure actrice) et Polisse.

Lesdites situations concernent les volets tant personnel que professionnel de l’existence de Diane. À ce propos, le film a des choses fort intéressantes à dire sur l’âgisme en entreprise.

« Le film montre l’exclusion que Diane subit au travail, et qui la frustre, à raison. Ça la cantonne dans son âge : elle a la cinquantaine, et elle a été mise sur une voie de garage. On a estimé qu’à cet âge-là, elle est à présent moins pertinente. Mais elle, elle se sent encore très vivante et a justement envie de changement de nouveauté. Elle ne se voit pas comme ces collègues ou son mari la voient. »

Un parcours doux-amer

 

De poursuivre Karine Viard, ce n’est pas étonnant que les problématiques du travail et de la vie personnelle se rejoignent chez Diane. En cela qu’après s’y être momentanément résignée, Diane refuse désormais de se contenter d’être celle qu’on s’imagine qu’elle est. À la principale intéressée de se réinventer comme elle l’entend !

« Diane, c’est un personnage qui fait des allers-retours dans sa tête et dans son coeur, et tous les vieux couples connaissent ça : quand il n’y a plus la magie des premières années. Et il y a les enfants : les enfants, c’est assez anthropophage pour le couple — le film traite intelligemment de cette question-là, je trouve. Et donc, voilà : tu passes ce contrat avec ton conjoint de fonder une famille, vingt ans passent, les enfants partent… Et là, tu te retrouves face à face avec ton conjoint, et tu te demandes si tu signes un second contrat ; tu te demandes si tu continues cette histoire d’amour. Cette histoire d’amour existe-t-elle toujours ? En vingt ans, tu peux t’oublier… Beaucoup de couples, et j’en suis un exemple parfait, explosent à ce moment-là », confie Karine Viard.

En cela, il est très facile de s’identifier à Diane ou à Alain, voire aux deux, selon le moment, au regard non seulement de ce qu’ils vivent, mais de la façon dont ils le vivent. Certes, les tribulations de Diane suscitent maints fous rires, mais de décisions intempestives en désillusions subséquentes, son parcours est doux-amer. 

« Diane est un très beau personnage. On comprend son drame, qui est légitime, même si ce qu’elle en fait ensuite est discutable. Mais justement, j’aime bien les personnages qui portent en eux une certaine complexité ; des humains pas forcément formidables. J’aime quand il y a des failles dans le personnage, parce que des failles, tout le monde en a. J’aime les personnages qui ressentent une certaine impuissance, qui sont parfois un peu lâches, parce que je reconnais là-dedans plus d’humanité que chez les personnages qui réussissent tout et ont toujours raison. »

Salutaire introspection

 

Un autre aspect du projet qui plut à Karin Viard est la teneur de l’humour.

« Ce n’est pas de la gaudriole. On dit ça, en France : la gaudriole, c’est un truc rigolo, mais complaisant. On donne beaucoup là-dedans, au cinéma : on sait que c’est efficace, que ça fait rire, alors on s’y complaît. Moi, j’aime pas : je trouve que c’est paresseux. »

Cette exigence en matière de qualité — pas qu’humoristique — s’est en l’occurrence renforcée depuis une quinzaine d’années chez Karin Viard. Un jour, en effet, elle fit le douloureux constat qu’elle s’était peut-être perdue, qu’elle s’était peut-être « oubliée », en cours de route, dans ses choix de projets.

« Je me suis rendu compte que je m’ennuyais un peu dans mon métier, et que je tenais parfois des premiers rôles dans des films que je ne revendiquais pas tant que ça. Puis, il y a eu Paris, de Cédric Klapisch, et Potiche, de François Ozon, dans lesquels j’ai des rôles de soutien, et que j’ai adorés. À partir de là, je me suis vraiment mise à prioriser les scénarios et les metteurs en scène, plutôt que la valeur intrinsèque des rôles. »

Résultat ? L’étoile de l’actrice s’est remise à briller comme jamais : rien qu’en 2023, elle a tenu la vedette de trois longs métrages contrastés, soit la comédie dramatique qu’est Nouveau départ, le policier mystique Magnificat (à paraître chez nous le 5 avril) et le drame romantique intimiste Une nuit. Comme quoi, à l’instar de Diane, Karin Viard a su faire un pas de côté pour mieux se réinventer.

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author