on a classé tous ses albums, du pire au meilleur

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Crédits photo : Parkwood

7. “I Am… Sasha Fierce” (2008)

Que l’on soit clair, aucun album de Beyoncé n’est mauvais. Mais puisque nous avons accepté de jouer le jeu du classement, c’est donc “I Am… Sasha Fierce”, sorti en 2008, qui nous a le moins séduit. Le disque n’est pas médiocre mais il a terriblement mal vieilli. Scindé en deux parties, Beyoncé nous présentant son alter ego nommé Sasha Fierce sur une deuxième face plus mainstream, l’album possède certes des titres qui ont compté dans la carrière internationale de la chanteuse, dont l’immense “Halo”, qui nous colle des frissons encore 14 ans après, et le ravageur (ou irritable, c’est selon) “Single Ladies (Put A Ring On It)” qui est encore dans toutes les mémoires (à cause d’une overdose, c’est vrai). Mais avec le recul, “I Am… Sasha Fierce” souffre de productions datées, notamment celles de “Sweet Dreams” et “Video Phone”, de chansons sans relief comme “If I Were Boy”, pas à la hauteur du statut de Beyoncé, et d’un manque cruel de vision. Cependant, l’album aura permis à la chanteuse, qui se cherchait clairement, d’embrasser véritablement son statut de “Diva” (« Diva is a female version of a hustla ») et de proposer les plus belles ballades de sa carrière (“Broken Hearted Girl”, “Halo”). Rien que pour ça, on ne peut pas totalement le rejeter !

A écouter d’urgence : “Halo”, épique
A zapper : “If I Were Boy”, trop facile pour Beyoncé

Le player Dailymotion est en train de se charger…

6. “4” (2011)

Who run the world ? Pas vraiment l’album “4” de Beyoncé. Né après un break pour mieux se retrouver, le projet, nommé de ce chiffre fétiche dans la vie de la chanteuse et ses proches, la voit jeter au feu son alter ego Sasha Fierce (merci !) pour mieux assumer les multiples facettes de sa personnalité (de sa féminité plus précisément), tant intime que musicale. Globalement de bonne facture mais assez sage, “4” offre encore à l’artiste une certaine évolution, affinant son univers et expérimentant ainsi une alliance entre R&B et influences rock, sans oublier d’agrémenter ses productions d’éléments électroniques et de synthés. Sans doute pour capter une essence intemporelle, “4” est finalement plombé par une première partie sans trop d’aspérité (sauf l’intense “I Care” !), et Beyoncé donne enfin un véritable coup de pied dans la fourmilière à partir de la huitième piste “Love On Top”, l’une des meilleures chansons de sa carrière. Et c’est ensuite que l’album nous passionne véritablement, avec un final en apothéose grâce aux explosifs “Countdown”, “End of Time” ou encore “Run the World (Girls)”. Qu’on l’aime ou non, ce dernier titre marque d’ailleurs un basculement dans l’engagement féministe de la chanteuse, climax de ses textes autour de l’empouvoirement. Et en ça, elle était bien en avance sur son temps. (On vous conseille aussi l’éclatant et revival “Schoolin’ Life” sur la version deluxe, irrésistible !)

A écouter d’urgence : “Love On Top”, un grand oui !
A zapper : “1+1”, piste d’ouverture d’un ennui…

5. “B’Day” (2006)

Pour son deuxième album, Beyoncé, alors âgée de 25 ans seulement, avait sans doute à coeur de prouver et de confirmer son succès en solo après l’excellent “Dangerously in Love”, le retour en grâce des Destiny’s Child sur “Destiny Fulfilled” (2004) et son rôle dans “Dreamgirls”. C’est sans doute pour cette raison que le disque se révèle plus produit, avec de véritables instruments, mais aussi beaucoup plus agressif. Dans le son ou dans la voix, l’artiste, pleine d’ambitions comme jamais, ne fait pas dans la dentelle et passe la quasi totalité du projet à pousser sur son timbre, parfois jusqu’à l’écœurement. Dommage quand on sait la beauté de sa voix, capable de merveilles et de nuances, elle qui est encore aujourd’hui l’une plus grandes voix de l’industrie. Cependant, on préfère y voir là le chemin de la confiance en soi, elle qui agrémente son R&B d’effusions funk et soul, qui font passer son répertoire à un stade supplémentaire de maturité. Enregistré en trois semaines seulement et contenant trois feats avec JAY-Z, “B’Day” aurait mérité un peu plus de soin dans les détails, même s’il renferme quelques pépites (“Déjà Vu”, “Kitty Kat”, “Irreplaceable”, cheesy mais imparable), mais aussi sur la réédition entre le bop “Beautiful Liar” avec Shakira, ou “World Wide Woman”.

A écouter d’urgence : “Déjà vu”, on ne s’en lasse pas !
A zapper : “Ring the Alarm”, insupportable

4. “Lemonade” (2016)

Pour être honnête, “Lemonade” et “BEYONCE” ont fait la course dans notre classement pour se retrouver deuxième. Le second a finalement eu la primeur de notre classement grâce à son impact sur l’industrie et le public, avec son album visuel, sorti par surprise, et l’atmosphère cohérente qu’il présente. Cependant, selon nous, “Lemonade” est musicalement plus riche, et donc plus intéressant. Sur ce projet, la chanteuse a eu envie de repousser ses limites, de briser l’armure (elle y évoque l’infidélité de JAY-Z avec “Becky with the good hair” et se fait vulnérable) tout en tentant des choses nouvelles, comme de fusionner les genres pour se les approprier avec brio, n’ayant pas peur, à de rares occasions, de rater la marche. Libre comme rarement, Beyoncé ne s’interdit rien ici, passant du R&B à la country (“Daddy Lessons”), sans oublier le reggae ou le rock (“Don’t Hurt Yourself”), tout en brillant sur de magnifiques ballades (“Sandcastles”, “Pray You Catch Me”) et en faisant monter le mercure sur des incontournables comme “All Night”. Pour accompagner cette mue, elle collabore avec des artistes aussi variés qu’inattendus : Jack White, The Weeknd, Kendrick Lamar et même James Blake ! Proposant là encore un album visuel très fort, l’artiste mise sur un univers marquant et foisonnant, célébrant son histoire et ses racines, emmené par “Formation”, s’engageant alors frontalement contre les violences policières envers la communauté afro-américaine. En ça, l’album marque aussi un tournant dans l’aura et l’influence de la diva.

A écouter d’urgence : “All Night” et “Sorry”, deux bombes
A zapper : “Don’t Hurt Yourself”, une expérimentation rock ratée

3. “RENAISSANCE” (2022)

À l’origine, Beyoncé avait prévu de publier ”Cowboy Carter”, son nouvel album 100% country, bien plus tôt. Mais la pandémie est passée par là, et les objectifs de la diva ont alors shifté vers un besoin de guérir les maux, les autres, à travers la musique : « Nous voulions danser. Nous méritions de danser ». Une promesse qui se matérialise dès la première seconde de ”Renaissance”, sur les beats enivrants du très sensuel ”I’m That Girl”, et ne se trahit jamais. Parsemé d’harmonies à tomber par terre, ce septième opus impose définitivement Queen B comme l’une des rares artistes de la planète capable d’unifier les genres et les époques en créant sa propre mythologie. Une icône « unique », comme le dit ”Alien Superstar”, qui a parfaitement conscience de son influence et décide de l’utiliser à bon escient – ici pour fédérer et éduquer. La force de l’album, son premier numéro un en France, tient à son équilibre subtil. Les 16 pistes, à la fois audacieuses et brûlantes, sont suffisamment accessibles dans leurs mélodies – les tubes instantanés “Break My Soul” et ”Cuff It”, mais aussi ”Energy’, ”Heated’… – pour groover sans réfléchir, mais si l’on se penche un peu plus sur les artistes conviés de près ou de loin (Big Freedia, Grace Jones, Diana Ross…), c’est en fil rouge l’histoire du disco, de la house, de la culture queer et de la musique afro-américaine dans son ensemble qui se dessinent. Ce qu’il manque au disque pour véritablement devenir un classique ? L’épreuve du temps, tout simplement !

A écouter d’urgence : ”Virgo’s Groove”, absolument étincelant
A zapper : “Plastic Off The Sofa”, en décalage avec l’énergie du reste

2. “BEYONCE” (2013)

Peu d’albums, tous artistes et toutes époques confondus, auront à ce point impacté et refaçonné l’industrie de la musique. Car lorsque Beyoncé dégaine son cinquième album le 13 décembre 2013 sur iTunes, personne n’est au courant de sa manoeuvre. Aucune annonce n’a été faite au préalable et le public, pris au dépourvu et embarqué dans une espèce d’hystérie collective sur les réseaux sociaux, découvre une véritable oeuvre repoussant les limites de l’ambition. La superstar le présente comme un « album visuel » car elle a tourné pas moins de 17 clips, tous pensés comme de véritables court-métrages, pour accompagner ses 14 nouvelles chansons. Une réédition, renfermant le titre viral “7/11” (du TikTok avant l’heure), paraitra l’année suivante. En abolissant toutes les frontières, et en embrassant peut-être enfin sa condition de femme noire avec ce disque brûlant, sexuel et engagé, mettant notamment en lumière l’écrivaine et militante nigériane Chimamanda Ngozi Adichie sur “***Flawless”, Beyoncé réalise un coup de maître et assoit son contrôle créatif absolu. Elle fera même pencher la balance en faveur d’une harmonisation des jours de sortie des albums à l’échelle internationale, décrétée deux ans plus tard… au vendredi !

A écouter d’urgence : “Partition”, une masterclass !
A zapper : “Superpower” avec Frank Ocean, loin d’être le duo rêvé qu’il promettait

1. “Dangerously In Love” (2003)

Dès son premier album, Beyoncé entre avec fracas dans la cour des grands. Coup d’éclat intemporel, “Crazy In Love” reste à ce jour son meilleur lead single et peut-être la meilleure incarnation de tout ce qui fait l’essence même de Queen B : de l’énergie capable de soulever les foules, du perfectionnisme jusqu’au bout des ongles, une aura de puissance qui n’appartient qu’aux légendes. La somptueuse pochette du disque, luxueuse et étincelante, renferme un projet abouti lorgnant sur le R&B et le hip-hop, avec JAY-Z (présent sur trois titres en incluant le génial “03′ Bonnie & Clyde”), Sean Paul, Big Boi ou Missy Elliott en contributeurs. Langoureux à souhait, le disque, empreint aujourd’hui de nostalgie d’une époque musicale révolue, fait l’habile transition avec les Destiny’s Child en reprenant certains codes du trio comme les refrains à plusieurs voix sur “Me, Myself and I”, tout en imposant Beyoncé en solo sur les ondes et dans les charts (“Naughty Girl”, “Baby Boy”). Tout ne fait pas mouche (“Signs” tombe à plat, “Hip Hop Star” est une bouillie hybride rock et rap) mais ce premier effort offre suffisamment de glorieux moments (les vocals de “Work It Out” !) pour mériter cette place d’excellence dans notre top. Où se classera son nouvel album “Renaissance” dans notre classement mis à jour ? On se laisse quelques semaines pour l’apprivoiser, et on vous dira ça !

A écouter d’urgence : “Be With You”, merveille de sensualité
A zapper : “Hip Hop Star”, erreur de casting

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