“On va massacrer nos paysages”

3 min read

"On va massacrer nos paysages" - La nouvelle trouvaille des industriels fait peur dans les campagnes

Des champs de nouvelle génération commencent à apparaitre dans les campagnes et pourraient bientôt se multiplier. Les opposants crient au “massacre du paysage”…

Dans le petit village de Brumath, dans le Bas-Rhin, l’exploitation “Au Pays des fraises” devient le théâtre d’une première nationale qui suscite autant d’espoir que d’appréhension : l’installation d’un parc agrivoltaïque. Cette technologie, encore peu répandue en France, permet de continuer à cultiver des plantes ou à faire paître des animaux sous des panneaux solaires très hauts, de 4 ou 5 mètres.

Rosalie Guth, copropriétaire de l’exploitation avec sa sœur, évoque sur France 3 un sauvetage face aux caprices du climat qui ont plombé leurs dernières récoltes. “Il nous fallait une solution,” confie-t-elle, témoignant des contacts positifs avec l’énergéticien BayWa r.e., aux Pays-Bas. La compagnie prévoit d’implanter environ 1440 panneaux sur une surface de 4900 m2. La structure, composée de panneaux semi-transparents, permettra le passage de 49% de la lumière tout en produisant 464 mégawattheures (MWh) par an, l’équivalent de la consommation de 100 foyers.

Cette technologie innovante est appelée à se propager à grande échelle dans les campagnes et fait déjà beaucoup de bruit dans les médias locaux ou dans la presse spécialisée. Il faut dire qu’Emmanuel Macron a évoqué le 25 septembre dernier l’agrivoltaïsme comme un des “mécanismes de revenus complémentaires, en réponse à la baisse des rendements” agricoles. Les industriels sont de plus en plus nombreux à se positionner, attirant de plus en plus d’agriculteurs soucieux de “participer à la transition énergétique du pays” et de trouver un complément de revenus. Un agriculteur en Haute-Marne évoque un loyer de 2750 euros versé par hectare et par an par une de ces sociétés, Engie Green, pour son parc.

Des surfaces énormes évoquées

Des voix s’élèvent contre cette appropriation des champs par les énergéticiens, comme celles de la Confédération paysanne. Le président de la Normandie Hervé Morin a aussi fait savoir sur France Bleu récemment qu’il s’opposera à tout projet dans sa région, évoquant “des paysages qui vont être absolument massacrés par des champs de panneaux photovoltaïques” et des installations qui vont “réduire la production agricole et la production laitière”.

L’association France Agrivoltaïsme et la Fédération française des producteurs agrivoltaïques (FFPA) tentent de rassurer. “La campagne ne sera pas recouverte entièrement de panneaux photovoltaïques”, assure l’organisation, qui évoque quelque 1000 projets en cours en France et craint au contraire qu’ils soient bloqués par les nouvelles règles.

Alors quelle ampleur va prendre le phénomène ? L’objectif de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2023-2030 est de multiplier ces installations pour atteindre  30 000 à 40 000 hectares. Mais la législation récente, avec la loi relative à l’accélération des énergies renouvelables du 10 mars 2023, encore floue, provoque l’incertitude.

Un décret doit être pris en fin d’année pour préciser ce que doit être l’agrivoltaïsme en France. Le taux de couverture maximum d’une parcelle fait notamment débat : les Jeunes Agriculteurs réclament que celui-ci ne dépasse pas les 20%, mais le ministère de la Transition énergétique souhaite aller jusqu’à 40%. Certaines organisations comme la Coordination rurale, veulent même grimper jusqu’à 45% !

You May Also Like

More From Author