O’Toole blâme l’ingérence pour une perte de sièges en 2021

L’ex-chef conservateur Erin O’Toole a été surpris, le soir des élections fédérales de 2021, lorsque le décompte des voix était bien inférieur à ce que son parti avait projeté dans un certain nombre de circonscriptions.

M. O’Toole témoigne mercredi aux audiences de la commission d’enquête sur des allégations d’ingérence étrangère lors des deux dernières élections au Canada.

Il affirme que les instances du parti ont soulevé des inquiétudes quant à une éventuelle ingérence dans neuf circonscriptions et que son équipe a transmis ces inquiétudes au Groupe de travail sur les menaces en matière de sécurité et de renseignements visant les élections.

L’ex-chef conservateur affirme que lorsque les résultats ont commencé à être connus le soir du scrutin, le taux de participation dans ces circonscriptions était plus faible que prévu, ce qui lui a fait soupçonner que des tactiques de « suppression de votes » étaient en jeu.

Un rapport des services de renseignement déclassifié, présenté à la commission d’enquête, souligne des inquiétudes selon lesquelles M. O’Toole et le Parti conservateur auraient été la cible d’ingérence chinoise visant à promouvoir de faux récits en ligne sur la position du parti à l’égard de Pékin.

Les conservateurs affirment que les responsables de la sécurité n’ont pas informé le parti de leurs préoccupations et que M. O’Toole n’a été informé qu’au printemps dernier qu’il était la cible de tentatives d’ingérence.

M. O’Toole estime que l’ingérence présumée aurait fait perdre aux conservateurs jusqu’à huit ou neuf sièges et que les Canadiens doivent pouvoir exercer leur droit de vote sans entrave.

Il a admis mercredi devant la commission que ces sièges ne lui auraient pas fait gagner les élections, mais il croit qu’ils lui auraient peut-être permis de demeurer chef du parti.

Le rapporteur spécial du gouvernement, David Johnston, n’a trouvé que peu de preuves d’un lien entre les présumées tentatives d’ingérence et le résultat des élections fédérales.

Interrogé là-dessus mercredi à Toronto, le premier ministre Justin Trudeau a souligné que « les experts et les fonctionnaires haut placés indépendants ont conclu définitivement que les élections en 2019 et les élections en 2021 n’ont pas été affectées par l’ingérence étrangère ».

« Je comprends que pour M. O’Toole, il aimerait regarder des raisons autres que sa propre performance qui a mené à leur échec dans les élections », a-t-il dit.

D’autres députés se disent victimes

L’ancien député conservateur Kenny Chiu devrait témoigner devant la commission mercredi après-midi, suivi de la députée néodémocrate Jenny Kwan et du porte-parole conservateur en matière d’affaires étrangères, Michael Chong. Tous trois croient que la Chine les a pris pour cible en raison de leur défense des droits de la personne.

Ottawa a expulsé un diplomate chinois en mai dernier lorsque le service d’espionnage canadien a allégué que Zhao Wei était impliqué dans un complot visant à intimider les proches du député conservateur Chong à Hong Kong.

La députée néodémocrate Kwan affirme que le Service canadien du renseignement de sécurité lui a dit que la Chine l’avait ciblée lors des élections de 2019, d’une manière qu’elle ne pouvait pas divulguer, en représailles à son plaidoyer en faveur des droits de la personne à Hong Kong et pour la défense de la minorité musulmane ouïghoure en Chine.

Quant à l’ex-député conservateur Kenny Chiu, il allègue que les autorités chinoises ont travaillé contre lui lors des élections fédérales de 2021 après qu’il a proposé la création d’un registre des agents étrangers.

Le rapporteur spécial David Johnston a déclaré qu’il était clair que M. Chiu avait irrité les diplomates chinois et qu’il y avait eu de la désinformation en ligne sur un tel registre pendant les élections, mais il a ajouté qu’il n’était pas clair que Pékin était à l’origine de ces publications.

La Chine nie fermement toutes les allégations selon lesquelles elle s’ingérerait dans la démocratie canadienne.

Les travaux de la commission d’enquête, présidée par la juge Marie-Josée Hogue, de la Cour d’appel du Québec, visent à identifier une possible ingérence étrangère de la Chine, de l’Inde, de la Russie ou d’autres pays lors des deux dernières élections générales fédérales.

La commission Hogue devrait entendre les témoignages d’une quarantaine de personnes, dont des membres de communautés culturelles, des représentants de partis politiques et des responsables des élections fédérales.

Le premier ministre Trudeau, des ministres et divers hauts responsables du gouvernement devraient également témoigner aux audiences publiques, qui devraient se terminer le 10 avril. Un premier rapport sur les conclusions de la commission est attendu le 3 mai.

L’enquête de la commission Hogue s’orientera ensuite vers des questions politiques plus larges, en examinant la capacité du gouvernement à détecter, dissuader et contrer l’ingérence étrangère. Un rapport final est attendu d’ici la fin de l’année.

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